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Haïti-enfance :l’enfance import-export ! (commentaire)

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Ce 20 novembre marque la énième journée internationale des droits de l’enfant. On en parle avec de grands mots dans de beaux discours qui font applaudir même l’innocence. Mais entre les verbes et la réalité, le néant s’installe sans inquiétude presque.



En écrivant ce texte, je songe à cet enfant qui actuellement ne rêve ni d’Einstein ni de Spiderman mais d’un morceau de pain pour ne pas crever de faim, alors que son regard et son visage miséreux font les belles affiches décorant les plus beaux sites de levée de fonds d’ici et d’ailleurs. Cet enfant-star des grands évènements où les dollars pleuvent par milliard en son nom mais qui jongle avec les cafards dans son taudis à La Fossette, à Jalousie…

D’année en année, le secteur des enfants en situation difficiles se classe en tête de liste des plus rentables. Les pays les moins avancés, comme Haïti, constituent donc des usines que les mastodontes du secteur entretiennent avec élégance. Par-ci par-là ils font des dons, ici et là des distributions de nourriture, de temps à autre des campagnes de vaccination… : le tout ne représentant même pas 5% de leur chiffre d’affaires. Pourtant, ils investissent à cœur joie de très forte somme dans le mobilier et l’immobilier.

Par exemple on apprend qu’après le séisme, une grosse organisation du secteur a loué, pour deux ans, à Pétion-Ville, un immeuble pour plus d’1.5 million de dollars ($1.500.000.00 USD) afin de loger ses bureaux  et un parking pour sa flotte de véhicules.

Qui pis est, cette organisation est en train actuellement non seulement de compresser son staff national mais aussi de diminuer ses actions sur le terrain, faute de budget, dit-on. Un paradoxe malsain.

Au nom des droits de l’enfant, difficile de savoir combien de nouveaux riches, étrangers à plus de 95%, qu’Haïti  produit chaque année, alors que ses enfants meurent de tous les maux liés à la malnutrition. Ce tout petit pays demeure définitivement une mine intarissable pour les organisations en quête de rentabilité.

Mais en ce temps sombre et funeste où l’enfance en Haïti est un coli import-export, ça vaut la peine de revisiter deux compatriotes haïtiens qui interpellent notre conscience par leurs sensibilités: Roussan Camille et René Depestre.

Le premier nous conte Nedje avec douleur et émotion. Comme pour proclamer l’urgence de la poésie dans ce procès permanent des hommes contre l’Homme, Roussan Camille parle à Nedje d’une voix triste et profonde : « ta souffrance et tanostalgie étaient connues de tous les débauchés. Les marins en manœuvre, les soldats en congé, les touristes désœuvrés qui ont broyé ta poitrine brune de tout leur vaste ennui de voyageur… ». Au creux de cette mésaventure, l’encre de Roussan laisse quand même bourgeonner une lueur d’espoir à cette petite fille qui n’avait pas seize ans mais que les blancs pervers gavaient d’anis et de whisky dans un dancing fumeux de Casablanca.  Il croit, comme elle, viendra le temps qui rouvrira son cœur au bonheur lorsqu’aux aurores nouvelles, baignant le désert natal, elle retournera danser pour ses héros morts, pour ses héros vivants, pour ses héros à naitre…

Le second, lui, nous fait cueillir seize étoiles dans le ciel de la vie avec cette fille qui agrandit son royaume à la clarté de ses seize étoiles et qui alla de sentier en sentier, de colline en colline, de hameaux en hameaux jusqu’à la ville voisine :là où, nous explique Depestre,la fille rencontra la dame qui la présenta à son époux comme on présente un chien à son nouveau maitre; là où la fille connut le sceau brulant de l’homme cultivé mais qui n’avait  jamais fait de concession; là où l’enfant fitface à cette nuit qui la livra toute entière à la prostitution, à ce métier vilain qui enleva sa vie comme la mer enlève le sable.

Il y a dans ces récits une humanité dénonciatrice du vagabondage humanitaire.  En détruisant et avilissant l’enfance haïtienne, ce dernier forge quotidiennement, pourtant, les circonstances de sa raison d’être éternelle dans le pays.

 



Jean Venel CASSEUS


 

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