Haïti : le gâchis administratif ou la décennie de la corruption

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Le scandale de la gestion des fonds du programme PetroCaribe est sans doute le fait le plus retentissant de la décennie haïtienne, mais la gabegie administrative, les détournements de fonds publics, la corruption demeurent les marques distinctives d’une administration haïtienne comparable aux écuries d’Augias.

Avant de revenir sur le programme PetroCaribe conçu par l’ex-président du Venezuela Hugo Chavez en faveur des pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe, comment ne pas interroger les fonds récoltés auprès de la communauté internationale en faveur d’Haïti au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Ce sont près de 2 milliards de dollars qui ont été recueillis au lendemain du séisme pour venir en aide au pays dévasté.

 

L’argent sera confié à une organisation internationale, la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), mais au final peu de projets ont été exécutés. Dix ans après, l’hôpital général est toujours en chantiers. Certains bâtiments publics sont inachevés. Le grand projet de reconstruction du centre-ville de la capitale est toujours dans les limbes. Si les déplacés et les sans-abris ont été relogés dans des conditions scandaleuses. Des fonds ont été détournés et des projets jamais exécutés de quoi remettre en question l’efficacité de l’aide internationale à Haïti et les promesses de reconstruction. La Croix-Rouge américaine s’est ainsi retrouvée au milieu d’un énorme scandale sur les fonds dépensés après le séisme.

 

Plus tard, l’affaire PetroCaribe va révéler un vaste réseau de corruption impliquant plusieurs gouvernements successifs. Selon plusieurs analystes, il s’agit de la plus importante opération de corruption et de détournement de fonds publics de toute l’histoire d’Haïti. Le programme PetroCaribe est une alliance entre 18 pays de l’Amérique-latine et des Caraïbes et le Venezuela, premier exportateur de pétrole brut latino-américain, leur permettant d’acheter le pétrole à des conditions préférentielles. Après le séisme, Haïti qui achète à crédit du Venezuela bénéficie d’un effacement de la dette et de l’autorisation d’utiliser les montants dans des projets de relèvement. Rien ou presque n’a été réalisé et on estime à 4,2 milliards de dollars les fonds dilapidés. Des sommes faramineuses ont été versées à des firmes bidons pour des travaux jamais exécutés, a révélé la Cour supérieur des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) dans un document d’enquête finalement publié sous la pression de la rue.

 

Un jeune avocat farouche opposant au pouvoir en place, André Michel, prend la tête du mouvement pour réclamer justice. Il réunit un groupe de citoyens qui porte plainte contre l’état forçant les autorités à désigner un juge sur le dossier. Quelques anciens ministres ont été entendus, mais à ce jour aucun procès n’a été organisé.

Des jeunes, des étudiants en particulier, s’emparent depuis de l’affaire et s’organisent en petits groupes de « Petrochallengers » pour relayer une pétition en ligne lancée sur les réseaux sociaux par le cinéaste Gilbert Mirambeau avec le hastag #Kotkob Petrokaribea. Le mouvement prend une allure de révolution et voit déferler dans les rues de nombreuses villes de centaines de milliers de jeunes allant jusqu’à réclamer la démission du président de la République Jovenel Moise dont le nom figure plus d’une soixantaine de fois dans les documents de l’enquête administrative de la Cour des comptes. L’opposition politique prendra le relais dans un vaste « pays lock » qui a duré des mois en vue d’exiger le départ sans condition du chef de l’état Jovenel Moise.

 

En sus de l’affaire PetroCaribe, l’administration publique haïtienne regorge de dossiers de corruption les uns plus retentissants que les autres dans lesquels sont impliqués des personnalités des milieux politique comme du secteur privé. En dépit des faits avérés révélés chaque jour, aucune mesure n’est encore prise pour réprimer la corruption. Il n’est dès lors pas étonnant que les institutions internationales considèrent Haïti comme le pays le plus corrompu de la Caraïbes et l’un des pays les plus corrompus au monde avec une indice de perception de la corruption de 20 sur 100 soit 161 sur 180 pays.

 

 

 

 

 

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