Haïti-Sécurité : Des organisations de droits humains réagissent au dernier communiqué du BINUH

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A la suite de la publication du communiqué du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) sur la situation sécuritaire préoccupante dans le pays notamment la prolifération des gangs, des défenseurs de droits humains saluent la position de l’ONU qui, selon eux, a rectifié le tir après que le secrétaire général de l’organisation mondiale, Antonio Guterres a déclaré que la fédération des groupes armés a aidé à la réduction des meurtres dans la capitale à travers le pays.

 

Les Nations Unies soufflent le chaud et le froid dans ce dossier, selon Abdonel Doudou de l'Observatoire citoyen pour l'institutionnalisation de la démocratie (OCID), qui livre ses impressions sur les précédents rapports des nations unies sur l’insécurité en Haïti. Il met l’emphase notamment sur l’impunité dont le BINUH a fait mention dans le communiqué. Le laxisme des autorités profite aux gangs malgré les recommandations de la communauté internationale exigeant l’arrestation des chefs de bandes armées particulièrement l’ancien agent de la PNH, Jimmy Chérizier alias Barbecue, a-t-il insisté.

 

La dernière position exprimée par le BINUH suscite de nombreuses réactions de la part du secteur des droits humains. Alors que la position de la communauté internationale semble évoluer au point de rejoindre celle des opposants au pouvoir en place, en ce qui concerne le climat d’insécurité qui pourrait nuire au bon déroulement des prochaines opérations électorales, le débat est relancé sur la méthode idéale pour éradiquer les gangs à travers le pays.  Si le BINUH se dit inquiet et veut surtout que l’impunité cesse, sa confiance en la capacité de la justice haïtienne se désagrège progressivement à cause de l’intensification de l’insécurité qui a emporté la vie de nombreux citoyens dont celle de l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval et celle de l’étudiant à l’Ecole Normale Supérieure, Grégory Saint Hilaire.

 

La Justice haïtienne est impuissante face aux violations des droits humains

 

Me Gédéon Jean du centre d’analyse et de recherche des droits humains (CARDH) va plus loin précisant que selon les différents rapports de l’ONU sur les violations des droits de l’homme, des instances internationales don’t la commission interaméricaine des droits de l’Homme, ont la possibilité d’intervenir en raison de la faiblesse de l’appareil Judiciaire. Sachant que le Conseil de sécurité des nations unies peut constituer des tribunaux ad hoc pour des crimes contre l’humanité comme ceux qui ont lieu au Bel-Air, à La Saline et à Grand-Ravine, s’impliquer dans la résolution du problème peut s’avérer une simple formalité.

Le problème lié à l’inefficacité de la Justice réside surtout dans le rapport que des politiques développent avec des groupes armés. Selon Me Gédéon, c’est aussi une manière subtile pour le BINUH de lever le voile sur le lien qui existe entre les bandits et le pouvoir en place. Une telle situation ne va pas faciliter la tâche aux autorités judiciaires si toutefois elles veulent mettre fin à l’impunité.

 

Un plan réel de démantèlement des gangs armés est nécessaire

 

Les exactions des bandits ne datent pas d’hier et la solution ne va pas arriver demain la veille. Pourtant, résoudre le problème de violations des droits humains n’est pas sorcier. Pour le protecteur du citoyen, Me Renan Hédouville un plan réel de démantèlement des gangs est nécessaire pour y parvenir. Il soutient également qu’il faut repenser la façon don’t on procédait pour réinsérer les bandits dans la société.

« Il faut poursuivre les bandits pour les actions répréhensibles qu’ils ont commises. Parallèlement, il faut créer un climat propice à la jouissance des droits sociaux, économiques et culturels dans les quartiers populaires où s’effectue généralement la prolifération des gangs », a martelé Me Hédouville.    

 

Faut-il penser à une éventuelle intervention militaire ?

 

Si des défenseurs de droits humains relèvent des incohérences dans les différents rapports de l'ONU sur l’insécurité en Haïti notamment quand le secrétaire général de l’organisation déclarait que la fédération des groupes armés a aidé à la réduction des meurtres dans la capitale, le dernier communiqué suscite des doutes sur les motivations réelles des Nations Unies. Alors que certains redoutent un retour de la présence militaire des casques bleus, Abdonel Doudou de l’OCID et Me Jemps Déralus du Collectif Défenseur Plus sont d'avis contraires.

 

Alors que M Doudou estime qu’il s’agirait d’une faute diplomatique grave si les responsables avaient envisagé un tel scénario immédiatement après le renouvellement du mandat du Bureau politique des nations unies en Haïti, Me Déralus, lui, croit plutôt que ces derniers n'ont pas appris de leur échec pendant les 15 dernières années. On ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité et de la prolifération des gangs par une intervention militaire internationale, a soutenu Me Jemps Déralus.  

 

Les cas de violations de droits humains sont en hausse malgré les différentes opérations policières visant à mettre les bandits hors d'état de nuire. Alors que les autorités haïtiennes veulent à tout prix organiser des élections dans un avenir proche, les désaccords à propos le climat d’insécurité semblent se renforcer, et la communauté internationale n'est pas exempte de critiques.  

 

Marvens Pierre

 

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