Notre pays est en train de vivre des moments douloureux de son histoire avec au passage des actes immoraux posés par l'Administration en place. Le gouvernement multiplie des erreurs et des bêtises qui ne font aucunement honneur aux citoyens. Même ceux-là qui avaient voté le pouvoir PHTK doivent aujourd'hui se poser des questions sur les mobiles qui portent l'Administration Moïse-Jouthe à prendre ces décisions.

 

Un substitut du commissaire du gouvernement renvoyé pour improductivité et pour absence de performance, qui devient Directeur générale d'une institution placée pour combattre le crime financier, et par dessus tout MINISTRE DE LA JUSTICE. C'est quoi cette affaire ?

 

 

Ce signal, selon certains analystes politiques, montre clairement les intentions de cette administration de jeter le pays dans l'une des plus grandes crises que le pays n'aura jamais connu. La lettre datant du 21 septembre 2017, signée du ministre de la justice d'alors Heidi Fortuné et approuvée par le Premier ministre de l'époque Jack Guy Lafontant est on ne peut plus claire face à l'incompétence de cet homme de loi devenu ministre de la justice de notre Nation. Certains diraient que nous avons fait un bond en arrière de plus de 100 ans.

 

INADMISSIBLE !  Tout simplement inadmissible !

 

Jovenel Moïse est-il en train d'humilier le pouvoir judiciaire, le seul qui existe au coté de l'Exécutif pour le moment en absence du Législatif. Malgré la mise en place de nouvelles structures pour faciliter une bonne articulation entre les trois pouvoirs, la nation assiste toujours à une main mise de l'exécutif sur les deux autres particulièrement le Judiciaire. Les citoyens peuvent-ils accepter l'inadmissible dans une République livrée à elle-même pour laquelle nos braves Héros se sont donnés Corps et âme pour nous la léguer. Sommes-nous en train vraiment de toucher le fond ? Où sommes nous réellement au fond ?

 

Certains diraient que nous faisons tous les préparatifs possibles et inimaginables pour faciliter l'occupation du pays sous une forme plus moderne. Les scandales dans l'appareil judiciaire avec des ministres qui ne sont pas à la hauteur peuvent nous mettre devant une situation de fait qui est la Réforme constitutionnelle particulièrement du système judiciaire.

 

Dans un cas où dans l'autre, on aura compris que les citoyens en ont marre de cette situation qui met chacun de nous dans une telle nervosité qu'on se dit que les élections en Haïti nous proposent que des psychopathes comme dirigeants depuis ces quinze dernières années tellement la stupidité et la médiocrité sont grandissantes.

 

C'est quoi donc cette affaire dans la Première République Noire du monde !

 

 

ET/HPN 

 

 

 

Suite..../

 Par William Jean, Sociologue, Politologue, Professeur à l'UEH

 

Sur le plan diplomatique, des pays de la communauté internationale (USA, Canada, la France et autres) conseillèrent, exigèrent leurs ressortissants de ne pas prendre la destination d’Haïti, et pour ceux et celles qui y sont déjà, de se mettre en zone de sureté. Des organismes financiers comme la BID et FMI rompirent leur aide au développement à Haïti. Même sous les menaces de restriction économique des institutions financières internationales comme : BID, FMI ; et de coupure d’aide extérieurs des agences internationales de développement : USAID, ACDI  et AFD, le président Aristide, au lieu de prendre la voie de la raison, et d’entamer de vraies discussions avec l’opposition en vue de trouver un possible issu, préférait amadouer les grandes masses défavorisées, en cantonnant des adages comme :  wòch nan dlo pa konn doulè ròch nan solèy, yon sèl nou fèb, ansanm nou fò, ansanm ansanm nou se lavalas, ti mari pap monte, ti mari pap desann barik mayi a ap ret nan plas; et tant d’autres pour détourner l’attention des grandes catégories sociales défavorisées sur le problème fondamental provoquant la crise, à savoir les élections frauduleuses tenues à la fin des années 2000. L’usage de ces adages par Aristide au cours de ces différents meetings populaires durant la période de la crise pour mobiliser ses suiveurs et partisans, participe du mécanisme d’esquive habituellement mobilisé en évoquant des adages et locutions proverbiales impulsant l’imaginaire collectif par leur symbolisme et ancrage social, aux fins de s’échapper, de se déresponsabiliser, en concoctant des machinations communicatives.

 

 

Ce type de registre communicationnel de nos politiques et dirigeants, s’agissant de caricaturer les réalités socio-économico-politiques du pays atteste d’une grande supercherie. Leur mobilisation des adages et proverbes en situation de gouvernance participe du mécanisme de refus de leur déplorable bilan et de leur mauvaise gestion de l’Etat. L’utilisation contextuelle des locutions langagières, semble s’accorder, s’accommoder à une logique spécifique ayant rapport aux manières et modalités de synchronisation et d’usage des registres langagiers liés à un certain champ d’évocation, en termes d’espace social, correspondant à des logiques propres, fonctionnelles et distinctives, au sens bourdieusien de la logique discursive. Ainsi, cette réalité nous conduit à nous demander comment fait-on communauté en Haïti ?  Surtout comment fait-on communauté en politique ? Quel sens peut-elle épouser dans l’aggloméra de nos mœurs et valeurs rejoignant nos façons de dire, de communiquer ? Peut-elle impérativement s’aligner sous les représentations occidentales d’unité de sens, de valeurs et de raisons ? Y a-t-il une spécificité haïtienne anthropologiquement saisissable, repérable à travers une forme de controverse langagière, provenant de notre passé colonial, se réhabilitant à travers des expressions et/ou locutions comme nos adages, dictons et proverbes ?  L’investigation dont nous comptons mener sur les liens entretenus entre les modes expressifs spécifiques, contextuels en rapport aux velléités de construction d’un ensemble ou des ensembles, socialement situés, construits – rejoint des socles multidimensionnels rodés autour des intérêts qui unissent, qui engendrent des formes de solidarité donnant sens aux logiques de fonctionnement de groupe, de clan interpellant la dynamique du symbolisme usagé de nos adages et proverbes.  

 

Les formes consensuelles et controverses de nos adages

La logique d’unité de sens, de valeurs, de symboles, de croyances, de techniques et de pratiques soutenant les formes représentatives communes d’un groupe d’individus, partageant un même espace géographique, poursuivant des objectifs communs constitue le socle de toute communauté, selon l’ethnologue britannique Edward Burnett TAYLOR. Cette conception de la communauté au niveau des sciences humaines (sociologie, anthropologie) est amplement partagée entre les chercheurs anglo-saxons et aussi bien par une frange considérable de francophones. Le concept de communauté, déjà chez Tönnies évoquait un tout, correspondant à un ensemble de pratique, de technique, de croyance et mœurs insérés dans les rapports traditionnels, excluant la distinction des parties. L’enracinement communautaire des sociétés européennes et occidentales, selon Georges CORN, « se base sur une logique d’harmonisation des cultures et de leur spécificité, que l’on qualifierait d’anthropologique ; lequel schéma est cimenté par la croyance dans la permanence d’archétype immuables qui font de la culture, du peuple, de la langue ou de la race une essence ». Cette manière à l’occidentale de faire communauté, poursuit-il, répond à l’épineuse quête de paix, de progrès social et scientifique, de tolérance soutenue par la pensée judéo-chrétienne exclusivement, et en confrontation avec toute autre catégorisation représentationnelle possible.

 

Dans cette perspective, communauté dans le sens occidental désigne une vision du monde communément partagée, articulée par un ensemble de mécanisme lié à sa reproduction par l’écrit, traversant des siècles ou de longues périodes historiques. Dans le contexte haïtien, la communauté ou du moins faire communauté ne suit pas toujours cette logique linéaire, d’univocité des représentations socio-politico-culturelles, ancrées dans la judéo-christianité, articulant des principes et normes positifs, codés, appelé à être reproduit pour pérenniser l’harmonie, la paix entre les différents groupes. L’invention communautaire d’Haïti est consubstantielle à la formation sociale du pays. Autrement dit, l’exploration de notre passé colonial s’avère être incontournable, pour saisir les différentes logiques traversant les modes d’action des anciens esclaves et d’autres catégories sociales ayant survécu l’ère de l’esclavage. Contrairement au canevas occidental, la communauté dans le contexte haïtien et peut être pour bon nombre d’anciennes colonies a pris naissance dans la remontrance, le désaccord et la guerre.

 

 

L’espace colonial de Saint-Domingue, de par la violence et la maltraitance dont les captifs africains faisait l’objet n’offrait pas un cadre représentatif possible de la façon dont les occidentaux concevaient communauté entre blanc-dominant. Du coup, la première communauté de la part des noirs captifs construite à St Domingue peut être assimilée à une communauté de résistance, c’est-à-dire une catégorie de gens ayant fait montre d’une conscience inouïe des horreurs de l’esclavage. De cette conscience, un ensemble de changement allait s’opérer dans l’espace colonial. Les captifs, Bien qu’ils viennent d’horizons distincts d’Afrique, partageant ensemble le calvaire de l’esclavage s’organisaient, optaient pour la résistance dans le but de saboter l’ordre esclavagiste en inventant des mécanismes de résistance contre le système allant du contournement des milieux esclavagistes : marronnage, avortement, empoisonnement ; et de sa destruction totale avec la disparition de l’administration coloniale et la création d’un nouvel Etat par la guerre de l’indépendance. L’acquisition de l’indépendance engendrant l’Etat-nation en Haïti n’a pas tout réglé. L’urgence et la nécessité du traitement, de l’adresse et de mise sur l’agenda des revendications diversifiées des groupes d’anciens esclaves parvenant à la liberté ont été quelque peu négligées par les dirigeants. La notion de liberté, telle qu’elle a été articulée dans les anciennes colonies de St Domingue, était représentée de diverses manières par les catégories sociales sorties à peine de l’esclavage.

 

 

Les diverses représentations de vivre en liberté, allait non sans difficulté accoucher des communautés en fonction des symboles, moyens de communication, intérêts et croyances dans lesquelles chaque groupe ou catégorie sociale se retrouve, évolue et est insérée. Et d’autant plus que les différents acteurs sur l’échiquier politique nouvellement libéré de la domination coloniale : mulâtres, anciens libres et nouveaux libres cherchèrent à construire une certaine hégémonie catégorielle visant leur groupe d’appartenance immédiat. Ainsi, la formation des communautés en Haïti depuis l’acquisition de l’indépendance rejoint toujours une logique d’antagonisme, de controverse, n’articulant pas au premier abord la recherche de cohésion sociale. Les communautés constituant les diverses catégories sociales après l’indépendance, sont avant tout des groupes de rivalité en quête de prééminence, du contrôle et de la gestion de la jeune nation nègre – et non un projet collectivement discuté afin de parvenir à la cohésion sociale par concession et consentement amenant la paix et le progrès traversant toutes les couches sociales pour la promotion du bien-être de tous et de toutes.

             

            

Gérard BARTHELEMY évoque avec beaucoup de perspicace cette manière, cette tendance à faire communauté en Haïti par opposition à l’autrui ou du moins par rapport à une autre catégorie. Il décrit les formes représentationnelles conflictuelles toujours en gestation provoquant, engendrant l’invention d’ennemis, s’agissant de se maintenir en face de l’autre, de ses intérêts et opinions pour l’assise de l’intérêt de soi, de son groupe ou catégorie sociale par négation à l’autre. Il écrit: « Le regard de l’autre et celui porté sur autrui, le langage du rythme, le poids de la présence physique, la fixation sur la relation entre les individus à l’exclusion de tout intérêt réel pour l’individu lui-même, l’incapacité de s’imaginer à la place de l’autre, le refus de toute initiative individuelle dans ce qui relève du domaine du collectif, et le tout dans une dimension excluant toute idée de compétition ; voilà quelques-uns des traits intriguant qu’il faut essayer de voir, d’accepter et de prendre en compte, si l’on veut pénétrer un tant soit peu dans cet autre univers. »

 

 

 

Dès la construction du premier gouvernement de l’Etat haïtien sous la direction de Jean Jacques Dessalines, les frictions communautaires s’étalaient, se déballaient déjà sur la scène politique. Les lubies et fringales de toute sorte s’emparaient, délestaient déjà les diverses catégories et couches sociales qui y vivaient. Les nouveaux libres entendaient jouir et profiter pleinement de l’indépendance du pays s’agissant d’avoir accès à la propriété, de pratiquer librement leur tradition, mœurs, croyances, modes d’expression et de communication sans être intimidé par l’oligarchie mulâtresse et des anciens libres hauts gradés de l’armée constituant l’entourage de Dessalines. Toujours du côté des nouveaux libres, la fin des travaux forcés et de l’accès à la petite propriété constituait une revendication spécifique à ce groupe. Par-delà des revendications des nouveaux libres, viennent celle des hauts gradés de l’armée, majoritairement mulâtres, voulant perdurer la grande propriété et le travail agricole sous des formes et pratiques, rappelant le joug de l’esclavage et de tous ses méfaits. Voulant se mettre au-dessus de toutes ces frictions, par la mise en œuvre d’une politique de redistribution de propriété et de restitution de l’autorité de l’Etat, en vue de procurer sécurité et service à tous, dépassant l’ordre revendicatif sectaire, groupal, Dessalines a laissé sa peau, car les tendances partisanes et communautaristes subsumaient la quête d’une commune humanité.

 

 

Cet imaginaire ou cette tendance de procéder par la négation pour interpeller l’existence de l’autre, du fait de ne pas partager les mêmes origines sociales, les mêmes représentations, symboles et valeurs continue de s’imposer dans nos pratiques et coutumes. Le fait pour la majorité de la population de s’exprimer dans une même langue, de partager les mêmes symboles, de vivre les mêmes précarités et manques quotidiennement n’a jamais garanti aucune possibilité de conscientisation collective des défis et tracas dont le pays a toujours fait face. Dans le cosmos, dans l’univers social haïtien, les faits et événements, qu’ils nous surprennent ou pas, ne nous ramène guère à conjuguer énergie, conviction, position commune faisant de nous un peuple soudé et responsable dans les difficultés et l’adversité. L’on interpelle la vie, la joie, le mal-être, la disgrâce et autres avec les mêmes vocables, on mobilise des locutions et adages symbolisant des coutumes et valeurs communes, pourtant l’on désigne différents faits et réalités tout dépend du lieu du locuteur, de son groupe d’appartenance, de l’intérêt qu’il poursuit, de la façon dont il se représente son interlocuteur et/ou interpellateur immédiat. Les éventualités et circonstances, permettent de retracer l’ombre communautariste dans nos communications et dialogues.  Par exemple, l’adage zafè pam (mon affaire) peut traduire une possession mais dans l’enclos social et langagier contextuel, il peut tout aussi bien évoquer l’empathie, de la bienveillance éprouvée pour quelqu’un, pour sa famille, ses intérêts et biens. A contrario, tout ce dont n’étant pas zafè pam, ne mérite pas un tel traitement, qu’il soit honnête, sérieux et responsable envers lui-même et envers les autres. Et cet adage se trouve dans une famille d’expression charriant la même réalité anthropologique, tels que : zanmi pam, nèg pam, moun pam et j’en passe.

 



 

 

 

 

 

 

Hancy PIERRE

 

 

 

 L’enfance, soit un moment marqué par diverses phases de socialisation est dans les tourmentes, dans le contexte de la pandémie du COVID19. Les enfants tant ceux qui fréquentent l’école, les champs ou la rue s’accrochent aux loisirs. Ceux ou celles ayant à leur disposition des gadgets électroniques ne compensent pas pour autant ce besoin.  Aussi le rationnement drastique de l’électricité est un manque sévère pour profiter de ces gadgets. Ils ou elles ont nécessité du rapprochement de ses pairs et de s’échapper du même coup du contrôle souvent autoritaire des parents ou d’autres proches. 

 

Le temps de confinement loin de garantir et satisfaire les besoins en loisirs s’apparente plutôt à l’oisiveté. Les enfants sont sur le choc. Les enfants placés en institution sont doublement contraints à souffrir du carcan institutionnel. 

 

Leur rythme de vie s’est brisé avec la fermeture de l’école. Il doit être clair que l’école renvoie au temps libre. C’est aussi un lieu de socialisation qui alimente entre autres l’identité de l’enfant. Des parents se plaignent aussi de la présence imposée de l’enfant à la maison pour avoir délégué leur rôle aux éducatrices et éducateurs. Ce, en dépit du bien fondé de mesures de distanciation physique par rapport aux enfants qui se seraient révélés de porteurs asymptomatiques du virus et le transmettre éventuellement aux grandes personnes. 

 

Il y a une perception que Le budget de consommation devienne alors plus important même dans ce moment de rationnement forcé. Entretemps, la proximité des parents est bien bénéfique sur le plan affectif. Il y en a (des enfants) qui ont beaucoup souffert de ce manque quand des parents sont des cadres professionnels très absorbés par les soucis et pressions du travail. Quant aux enfants dits de rue, ils se sont livrés à eux-mêmes. Ils/elles sont en proie à l’insécurité de rue en période de couvre-feu. Le confinement c’est pour ceux ou celles qui ont un toit où se loger. Les enfants dits de Rue sont concernés plutôt par des mesures d’effacement social ou de nettoyage social. Ce qui devrait interpeller l’Institut du Bien-Être social et de Recherches. La liste de groupes marginaux d’enfants sera longue si nous devons y ajouter les enfants à mobilité réduite, les déficients mentaux, ceux infectés au VIH-Sida qui sont beaucoup plus vulnérables. Les nourrissons sont une catégorie dépendante, comment les protéger de la proximité d’une mère ou d’un proche qui revient des rues étant dans les difficultés d’observer un confinement strict ?

 

Aussi, dans le secteur populaire, les proches sont-ils retenus dans des activités de débrouillardise, le commerce, le travail domestique et l’auto emploi de l’économie populaire qui exigent un fort investissement en temps. Il s’installe des situations de violence intra familiale qui ne sont pas en hibernation du simple fait de la panique créée par la pandémie du COVID19.Combien le confinement peut-il aussi renforcer les problèmes de maltraitance souvent dus à des manquements économiques dans les foyers, dans des contextes de machisme certes. Beaucoup de cas de fugue d’enfants sont liés à la maltraitance de la part des parents. Le confinement n’offre aucune issue malgré les conséquences néfastes associées à la fugue et aux situations d’enfant dans la rue.

 

En effet, les réseaux d’amis et de voisins participent dans la socialisation des enfants à leur phase de recherche d’autonomie, dans la formation de leur personnalité. Le milieu de vie de la rue ou de l’école est source de plaisir. Il n’est pas facile d’en trouver un substitut malgré l’inondation de groupes virtuels. Il semble dans les quartiers populaires, la séparation entre le « dedans » et le « dehors », entre l’intérieur » et l’extérieur soit moins tranchée que celle que l’on observe dans les quartiers « dits privilégiés » et surtout les zones. Les enfants ou les jeunes dans ces quartiers ont à leur disposition des équipements privés comme des gymnases, des terrains de tennis, de basket-ball, de clubs ou bistrots de proximité pour se réunir. Les salons servent aussi d’espace de rencontres sociales et d’interaction. Dans le cas de la zone les rapports sont marqués par une quasi-unicité. Il y a une masse instable de familles dans les zones qui peut varier. Les places, les points de stationnement et la rue viennent compenser des manques et occupés par des adolescents. Il s’agit de lieux où le contrôle des adultes est bien faible. D’autres enfants peuvent aussi se rencontrer dans des fontaines publiques ou des bassins d’eau dans des attroupements souvent sujets à de bagarres. Cela vaut le plaisir pour exercer leur force et leur bravoure. Les coins de rue sont achalandés, les points dans les bourgs, les galettes à la rivière, les bassins de captage d’eau participent aussi dans ces interactions. 

 

Des pratiques dans les villes se sont transposées en termes de « glocalisation » dans ces bourgs quand on écoute les tubes de Rap, parlent de tout et de rien comme des championnats d’Espagne ou d’Italie qui sont différés à cause du confinement exigé dans ces pays très frappés de la pandémie du COVID19.Les coins de rue représentent le principal espace de reproduction de bandes d’adolescents. Les filles, elles-mêmes, se sont conformées à des travaux domestiques sous prétexte du confinement. Elles s’adonnent quelque fois à échanger avec leur communauté virtuelle. Dans les quartiers populaires, les policiers auraient moins de travail d’arrimage et de contrôle en rapport à des formes d’abus apparentés au « nettoyage social » si le confinement avait réussi. 

 

La jeunesse est un groupe social qui établit une relation très intense avec l’espace.

 

Il y a lieu de voir comment revaloriser des jeux traditionnels dans des espaces adaptés tout en respectant les consignes de distanciation physique. Nous voudrions parler des jeux de marelle, les parties de billes, les sauts de corde, la lance javelot, le jeu au cercle, la toupie, le lancement de balle de basket-ball. Je ne cite que ces jeux. D’autres parties qui réunissent que de bandes de quatre ou cinq adolescents peuvent aussi être expérimentées. Des clubs littéraires ou des jeux de correspondance, c’est le moment de les redynamiser. Des ateliers de danse pourraient s’exercer dans les conditions établies pour la protection mutuelle contre la pandémie du COVID 19. A ces propos, des travailleurs sociaux, psychologues et animateurs ou animatrices seraient à même de créer l’ambiance dans les quartiers, villages, lakou ou bourgs. Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et du Service Civique aussi bien que le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle associés à l’Institut de Bien-Être Social et de Recherche ont un rôle moteur dans cette dynamique. Ces instances pourront profiter pour assurer l’éducation des enfants et des jeunes face à la prévention de la pandémie du COVID 19.

 

Tout ceci indique que la routine devrait céder la place à la pratique de créativité en garantissant le professionnalisme et le sens d’engagement citoyen dans un contexte de crise. D’où la nécessité de dépasser la tendance à la médicalisation de la prévention de la pandémie du COVID19 au regard des enjeux posés en la circonstance pour des parties prenantes comme les groupes d’enfants et de jeunes.

 

 

 

Hancy PIERRE

 

Professeur Travail Social

 

Université d’Etat d’Haiti

 

The University of Findlay, Ohio,USA

 

 

 



Par JEAN WILLIAM, sociologue, politologue, Professeur à L’UEH

 

 

 Très souvent, dans la société haïtienne, les citoyens-nes ne se représentent l’Etat que par désobligeance et désengagement. Les réflexions et critiques souvent émises par des intellectuels haïtiens et étrangers pointent toujours l’Etat comme une structure accumulant échec, inefficacité et irresponsabilité. Les manques de sérénité et de volonté manifeste de nos dirigeants périodiquement, en ayant la gouverne du pays attestent d’une lamentable désinvolte. La culture de nonchalance et de détournement de toute sorte caractérise abjectement le comportement des plus hauts responsables jusqu’à la plus petite catégorie fonctionnaire de l’administration publique. Les relations entre la population et ses dirigeants sur la manière d’aborder les défis et handicaps sociétaux dans la majorité des cas, ne relèvent que d’embrouille et de tergiversation. Les décideurs et ordonnateurs de l’Etat se parent de démagogie et de déloyauté, une fois arrivé aux plus prestigieux postes de responsabilité dans l’administration publique. Le réflexe de râpasse, la conception jouissive des officiels haïtiens circonscrivant l’étoffe étatique, frôle, titille son quasi-inexistence.  Lorsqu’on observe la récurrence des pratiques partisanes de gouvernance des autorités d’Etat, l’on peut saisir l’imaginaire de cartel traversant la conception des fonctionnaires de l’administration publique.

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Lesly Jules, PhD

 

 

Certains pensent à tort que la crise sanitaire mondiale porte un sacré coup à la foi en Dieu. Tout au contraire, Covid-19 confirme Dieu. En effet, le Dieu qui ne ment point avait averti Adam & Eve dans le jardin ce que serait la conséquence de leur désobéissance. Parmi ces conséquences, la mortalité et le mal naturel résultant des catastrophes naturelles représentent les faits les plus évidents dans toute l’histoire de l’humanité. S’il en était autrement, c’est-à-dire, si l’homme était maitre de son souffre pour le retenir et que tout dans ce monde fonctionnait comme sur des roulettes Dieu pourrait-être qualifié de menteur. Et, comme « Dieu » ne peut mentir, alors la conclusion logique serait qu’il n’existe pas. Mais, la doctrine du péché originel avec pour conséquence la dépravation de la race humaine et son assujettissement aux déchaînements de la nature est l’une des vérités les plus palpables dans toute l’histoire de l’humanité. 

 

Toutefois, certains veulent feindre l’ignorance en niant ces faits. Ils ont recours à des arguments fallacieux comme la toute-puissance et la souveraineté de Dieu seraient incompatibles à l’existence du mal moral et du mal naturel comme Covid-19. Le fait est qu’ils ne savent pas ce que veut dire « Toute Puissance et Souveraineté ». Permettez que je fasse, brièvement, la lumière sur ces concepts et conclure mon exposé en clarifiant la réalité de l’homo religiosus que les temps moderne et ultra-moderne n’ont pas pu supprimer tout aussi bien que le Créateur. 

 

1. La Toute-Puissance de Dieu

Tout être est limité par sa nature. La nature humaine impose des limites à l’homme. A titre d’exemple, quelqu’un ne peut pas sauter du sommet d’un immeuble au vingtième étage et atterrir comme une plume sur le sol. Dieu aussi a des limites en vertu de sa nature. Par conséquent, il existe des choses que Dieu ne peut pas faire. Par exemple, Dieu ne peut pas mentir. Le mensonge ne fait pas partie de caractère. Quand Dieu parlait à Adam & Eve dans le jardin, il est évident qu’il disait la vérité concernant ce qui arriverait au cas ou ils désobéiraient. Vouloir vivre dans un monde où nos actions n’ont pas de conséquences serait un monde immoral. Ainsi, même dans sa toute-puissance, Dieu ne saurait créer tel un monde.  Il est évident que certains voudraient habiter dans un conte de fées. Je vous invite à vous réveiller. Notre monde est réel. 

 

Nos idées et nos actions ont des conséquences malheureusement pour nous et pour nos semblables. S’il n’en était pas ainsi aucun apprentissage ne serait possible. La cause de tout effet resterait sans explication aucune. Alors il n’existerait pas de science ni de technique. Et les lois de la nature quant à elles ne seraient plus des lois qui par leur régularité facilite l’existence. Aucune forme de vie ne serait possible dans un monde où nos actions n’ont pas de conséquences. 

 

Certains souhaiteraient voir Dieu opérer des milliards de miracles à la seconde pour empêcher que nous récoltions ce que nous semons. C’est un vœu pieux qui est le fruit d’un manque de maturité.  

 

Le Covid-19 n’est pas la première pandémie qui frappe le monde et elle ne sera pas la dernière. Ceux qui connaissent l’histoire savent que l’humanité a dû faire face à plusieurs pandémies. En voici quelques-unes : 

 

• PANDEMIE DE GRIPPE (1968) - Nombre de morts : 1 million

• GRIPPE ASIATIQUE (1956-1958) - Nombre de morts : 2 millions

• PANDEMIE DE GRIPPE (1918) - Nombre de morts : 20 à 50 millions

• SIXIÈME PANDÉMIE DE CHOLÉRA (1910-1911) - Nombre de morts : 800 000+

• PANDEMIE DE GRIPPE (1889-1890) - Nombre de morts : 1 million

• TROISIÈME PANDÉMIE DE CHOLÉRA (1852–1860) - Nombre de morts : 1 million

• PESTE NOIRE (1346-1353) - Nombre de morts : 75 - 200 millions

• PESTE NOIRE (541-542) - Nombre de morts : 25 millions

• PLAIE ANTONINE (L’AN 165) - Nombre de morts : 5 millions

 

Ces pandémies n’ont pas évincé la foi alors, alors Covid-19 et ce que le monde connaitra par la suite ne saurait éteindre la foi ni menacer l’église de Jésus Christ contre qui les portes du séjour des morts sont carrément impuissantes. Malheureusement, certains prennent les bâtisses pour l’église de Dieu. Dans le Nouveau Testament, nous ne voyons aucune prescription des apôtres pour ce qu’il s’agit des bâtisses comme étant une condition nécessaire et suffisante au fonctionnement de l’église. Dieu n’habite pas dans des temples fait de mains d’homme. 

 

Il est évident que certains se réclament de l’église de Jésus Christ et affirment détenir un pouvoir surnaturel pour opérer des guérisons. Mais l’homme n’a jamais été un guérisseur tout comme le bistouri dans la main du médecin n’est pas l’auteur de la chirurgie. Alors, faire référence à ces prétendus guérisseurs dans un contexte de mise en cause de la toute-puissance de Dieu est une erreur de catégorie. 

 

2. La Souveraineté et la Gouvernance de Dieu

 

La souveraineté de Dieu indique le fait qu’il n’a aucune obligation eu égard à sa transcendance. Il est au-dessus et au-delà de l’univers. Il est le seul être nécessaire. Tout est contingent et donc soumis à l’usure du temps.  Toutefois, la doctrine Chrétienne, présente Dieu comme étant aussi immanent. C’est-à-dire, il intervient dans l’histoire de l’humanité. Ceci est une distinction fondamentale entre l’Islam et le Christianisme malheureusement certains confondent la notion de Dieu dans les religions monothéistes. Le premier perçoit Dieu comme étant uniquement transcendant alors que dans le second, Dieu possède les deux attributs. Dans providence, Dieu intervient dans le monde de deux manières : directe et indirecte.

 

De manière directe, Dieu gouverne l’univers à travers les lois de la physique qu’il a établi. La régularité de ces lois maintient le fonctionnement de l’univers. Il arrive que Dieu intervienne de manière surnaturelle dans un contexte qui requiert la suspension momentanée de ces lois. C’est ce que les Ecritures appellent « miracle ». Toutefois, le miracle n’est pas le mécanisme de gouvernance classique de Dieu. C’est pourquoi la Bible insiste sur le fait que les miracles sont réalisés dans la plupart des cas pour confirmer le messager de Dieu ou son message. D’une certaine manière, un miracle est un signe qui pointe le doigt vers le surnaturel. 

 

De manière indirecte, Dieu gouverne l’univers à travers les hommes qu’il a établi sur la terre et dont il a donné le mandat de gérer la création. Il est évident que ce travail de gestionnaire requiert la maitrise des lois de la nature (physique et chimie) pour la survie, le progrès et le plein épanouissement de l’espèce humaine. Aussi, Dieu ne fera jamais pour l’homme ce dont il lui donne la capacité de faire. C’est une réalité que beaucoup ne comprennent pas malheureusement. Dans le cadre de sa relation avec l’Homme, Dieu lui accorder la grâce commune qui lui assure l’intelligence ou des facultés cognitives nécessaires pour remplir sa mission. Une fois de plus, un homme ou une génération qui failli à sa mission entrainera des conséquences pour lui-même et pour la génération future. En effet, Dieu est sur son trône, et Il permettra toujours que nos actions aient des conséquences. Toutefois, Il interviendra pour adresser le problème du mal selon ses termes et en son temps. Le temps où Dieu mettra le mal en échec n’est pas connu. Mais ses termes sont connus. Tout est consigné dans son plan de rédemption et de renouvellement de toute chose.  En dehors de cet espoir Chrétien, la vie est carrément absurde au regard de la fragilité de l’homme et la brièveté de la vie. 

 

3. Le Covid-19 et la vraie nature de l’Homme

 

Le Covid-19, comme toute pandémie, constitue un « wake-up » call pour l’homme quant à la maladie terminale dont il souffre, notamment la mortalité. Cette course contre la montre, personne ne peut la gagner. En temps normal, voici les statistiques en rapport à la mortalité :

 

- 3 personnes meurent chaque seconde

- 180 personnes meurent chaque minute

- 11,000 personnes meurent chaque heure

- 280,000 personnes meurent chaque jour

 

Hélas, l’homme n’y peut rien face à ce rendez-vous auquel nous sommes tous conviés avec ou sans Covid-19. Il est évident que si l’homme était Dieu il aurait pu mettre un terme à cette mascarade que représente la mort et ce, depuis des siècles. L’homme a toujours aspiré à l’immortalité. Quoique la mort soit inéluctable, aucun homme ne veut mourir. Il n’existe aucune civilisation sur la terre ou les vestiges ne témoignent pas cette volonté de l’homme de vivre éternellement. Ce qui fait de l’homme un « homo religiosus », car l’aspiration à rejeter la mort est d’ordre religieux. 

 

Si l’homme ne peut pas éliminer la mort de l’équation, il a quand même le pouvoir de la retarder par la science et la technique. Sinon, la vie ne serait pas possible. C’est cet instinct de survie et cette résilience dont le Créateur a doté sa créature afin qu’il puisse continuer son existence et aussi s’acharner à trouver un baume face à la pandémie de Covid-19 entre autres. C’est ce qui s’est fait durant les pandémies passées et c’est ce qui se fera durant celles à venir. 

 

En dépit du fait que cette résilience soit louable, cela n’empêche pas que notre existence ne rime à rien dans un monde sans Dieu et sans immortalité. Car si la mort est ce qui nous attend les bras ouverts et si ,la mort a le dernier mot, à quoi donc aura servi notre existence éphémère. Dans un pareil contexte, le célèbre biologiste Athée Richard Dawkins n’a-t-il pas raison de dire : « Nous sommes venus de rien, par rien et pour rien. » Les philosophes Albert Camus, Jean Paul Sarthe semblaient avoir compris la triste réalité que la vie est absurde si la mort est autant omniprésente. Dès lors que nos vies n’ont pas de signification ultime, les activités dont nous remplissons nos vies perdent également tout leur sens y compris le fait de prétendre remplacer Dieu. Vanité des vanités, tout n’est que vanité, dit l’Ecclésiaste !

 

Lesly Jules, PhD

 

 

Par William JEAN, Sociologue, politologue et Professeur à l'UEH

 

Du point de vue de la forme, ou du moins dans leur acception au premier niveau, l’emploi, l’usage des adages constituant notre objet d’étude reflètent symboliquement l’affectivité, la réceptivité, le sentiment d’altérité éprouvée dont parle Denise JODELET. Du même coup, ils semblent incarner la malice et s’apparaissent le plus souvent à des mécanismes enjoignant l’alter ego dans sa plus simple expression. Tout comme ils peuvent traduire l’optimisation des stratégies liées à la flatterie, à l’adulation dans le but d’atteindre la sensibilité, le consentement et/ou la conviction de son interlocuteur. Se trouvant dans des contextes et situations difficiles, découlant soit de la perte d’une personne chère, ou du moins, soit à cause des précarités financières, des problèmes politiques, familiales et autres, l’entame d’un dialogue avec quelqu’un en mobilisant l’un des adages constituant notre objet d’étude, pourrait dans des cas, assimiler le subterfuge, la circonlocution pour attirer la bonté, la bienveillance/la faveur d’autrui.

 

La connaissance d’autrui constitue, s’avère être une conquête. Appréhender, comprendre l’univers symbolique et représentationnel de son semblable n’a jamais été chose facile, car seul l’espace social partagé, seule l’entremise des inter-relations, en toute logique, nous ouvre les uns sur les autres. Cette ouverture sur l’autre de par les mécanismes de socialisation et des vecteurs créatifs de sens et de signifiance participe de toute possibilité de construction, d’établissement des premiers liens et contacts. Ainsi, ces liens et contacts exigeraient bien sûr, de la part des acteurs des canevas d’inter-réception et d’intercompréhension facilitant le va-vers l’autre. C’est dans ce sens que la teneur des adages choisis pour cette étude suit la logique clarificatrice, indicative, nuancée en ce qui a trait à la nécessité et aux besoins de cerner, de délimiter et d’élucider leurs charges sociales et valeurs symboliques. Ce niveau d’analyse des adages dont nous venons d’éluder au premier plan, participe d’une démarche de clarification contextuelle, graduelle et graduée des différentes réalités, qu’ils sont susceptibles de traduire, d’épouser dans un cadre sémantique lié à leur évocation et utilisation.

 

Les modes expressifs : actant de nos valeurs et mœurs.

Les adages prennent naissance à partir des référents communs, à partir d’un cadre pluriel de partages et d’expériences faites entre groupes d’individus vivant dans une même communauté ou société. Le summum de vécu et d’expériences conjuguées, étant réalisés et construits le plus souvent dans un vaste et complexe procès de quête de maitrise de son environnement, d’inter-échange, et du besoin de nommer, exigent toujours des individus et des groupes humains d’innovations, de la créativité en termes de conter les épreuves, de raconter les expériences et de se les représenter les uns les autres. La nécessité d’énoncer enveloppant le plus souvent des formes métaphoriques, enjambent un ensemble de caractères prescriptifs, de recommandation allant des acceptabilités et des interdits parmi les individus ou les groupes. Dans cette perspective, Charbonnel et Kleiber avancent que : « une partie importante des énoncés métaphoriques sont à lire, depuis l’antiquité, dans leur dimension prescriptive, c’est-à-dire que le faire-comme-si a une portée non seulement axiologique, comme dans le régime sémantique expressif, mais de devoir-être (c’est-à-dire non seulement de reconnaissance des valeurs mais bien d’incitation à faire advenir ces valeurs).» L’évocation des proverbes et adages de façon générale est souvent présentés comme un genre patrimonial, une parole confortant une position normative. Cependant, on sait aussi que les formules, les maximes issues d’un même contexte culturel peuvent se contredire, voire qu’un même énoncé proverbial peut être utilisé pour argumenter une chose et son contraire.

 

Parmi les sociétés à prédominance de l’oralité, Haïti en fait partie. La tendance à conserver les valeurs et normes par le rappel des maximes et proverbes constitue un des piliers de l’univers mémoriel de nos façons de vivre et de se représenter nos milieux sociaux au quotidien. L’inclination à tout organiser, à tout régler et tout arranger en situation de proximité, semble nous prédisposer, nous pencher vers le racontar, les feux-fou-dire. Le refus ou le manque de formulation de nos exploits, succès, échec, défis et autres tracasseries de la vie par l’écrit contribue à nous imbiber, à nous embuer dans une double logique : Premièrement, cela contribue à l’appauvrissement textuels de nos maximes, proverbes et adages ; en second lieu, elle participe aux renforcements, à la fortification des liens de proximités, et du développement des rapports immédiats, directs et spontanés. En Haïti, l’influx du verbe, la passion de rapporter, le désir d’être écouté surtout chez les grands vis-à-vis des plus jeunes peut être assimilé à un rituel de passation de sagesse, de secret et de décryptage de code langagiers et communicatifs sous formes de métaphores. Ces métaphores étant souché et découlé de nos pratiques et croyances, parviennent à construire des symboles dont nous ne questionnons presque pas, très souvent involontairement, parfois par manque d’esprit critique et/ou par insouciance de remise en question.

 

Devenue une pratique mirobolante, l’attitude sociétale à ne pas prêter attention aux possibles caractères réversibles de nos adages dans nos façons d’énoncer, de formuler nos dires, aboutissent le plus souvent à des conceptions et d’invention d’un ensemble de mode et/ou modèles d’agir flirtant avec tout type de tare, de pervertissement, de malhonnêteté et de corruption. Cette facette quasi non explorée de nos adages et proverbes n’ayant presque pas soulevé la curiosité de plus d’un, surtout celle des sociologues, des linguistes et anthropologues haïtiens, possiblement du fait de leur pleine immersion dans cette culture haïtienne valorisant, octroyant un caractère sacré aux symbolismes de ces derniers. Le comportement fataliste ou l’endossement de posture passive s’agissant d’adresser, de projeter d’analyse critique sur nos valeurs, mœurs et croyances, rejoignant nos proverbes n’est pas sans rapport à un adage haïtien disant : « timoun pa demanti granmoun », les enfants n’ont pas droit de remettre en question ce que disent les vieux. Vraisemblablement, même dans la supercherie, l’irrationnel et le mensonge, l’énoncé de cette maxime est plus important que l’énonciateur. Cet adage illustre fort bien les mécanismes de dressement des palissades préalablement érigés – très souché dans nos représentations mémorielles, ils ( les adages) participent dans la promotion d’un comportement culturel qu’on pourrait dénommer en tant qu’une culture de consensus-injonctif. D’injonction ou d’interdiction, nos adages nous convient à en observer toute une pléiade. Ainsi, toute tentative de projection d’investigation, de quête de compréhension allant dans le sens du dévoilement des impératives symboliques de nos maximes est souhaitable et même incontournable.  Sur ce, nous allons amplement engager le sens critique et l’analyse contextuelle pour projeter notre minutie et compréhension sur les non-dits, les figures antonymiques des adages constituant le centre d’analyse de ce texte.

 

De la signifiance au contre-sens des proverbes et adages haïtiens

 

L’étreinte culturaliste nous empêche très souvent de prendre du recul, de faire du repli sur nous-mêmes et aussi par rapport à nos mœurs et valeurs. Les formes discursives, les registres communicationnels étant des éléments fondamentaux de toute culture, subissent subséquemment ce blocage. Les métaphores auxquels nous renvoient les proverbes haïtiens, le plus souvent, proviennent en grande majorité des valeurs en gestation dans nos pratiques, pourtant qu’on ne s’intéresse pas vraiment à leur implication et enjeu. Par exemple, les adages sous étude renvoient tous suivant une première considération anthropologique à une affirmation, à une confirmation des liens et rapports amicaux, non conflictuel, l’on dirait même d’entraide et de support mutuel avec beaucoup de sentiment de complicité et d’engagement. Dire que quelqu’un est zafè pam, baz pam, zo kòt pam et autres du même registre, est avant tout considéré dans la hiérarchie de nos valeurs et symboles comme une forme d’interpellation et d’invitation à se montrer proche de l’autre.

 

 Ces expressions, comme nous l’avons signalé ci-dessus, dans leur acception première, témoignent d’un garanti de sympathie, d’une confiance placée dans l’autre et en même temps devant être réciproque. Par exemple, kolòn ki bat, encore un adage de la même lignée reprend et renforce les mêmes charges sociales que ceux-là mentionnés ci-dessus, en ce sens qu’il témoigne de la commisération, d’attirance et d’action dans l’intérêt de son ami, des membres de famille et collègues en toute impérative. Nonobstant, au-delà du caractère, du signe de bienveillance, d’inclination que peut épouser cet adage (kolòn ki bat), plus que tous les autres, son évocation dans la paroi communicationnelle et discursive structurant nos dialogues depuis plusieurs lustres, renvoie à une certaine amplification, l’on dirait une sorte de sacralisation au sens durkheimien, de la recherche et de la défense d’intérêt : économique, politiques et autres du cercle familial, amical, cartélaire etc. En même temps, la situation d’énonciation de ces adages relève d’une importance capitale car le contexte d’évocation peut aussi résulter de la mise en œuvre d’échappatoire poursuivant des intérêts unilatéraux par la manigance verbale, intentionnée et de subterfuge connu sous l’appellation de mèt dam dans l’univers symbolique et représentationnel des valeurs haïtiennes. Dans cette perspective, Jose AGUILAR et Malory LECLÈRE dans un ouvrage collectif présentent le côté réversible et parfois même taquin des proverbes et adages, suivant l’objectif fixé par l’énonciateur en quête d’alignement et de consentement de son interlocuteur.

 

Ils écrivent : « sans tenir compte de l’énoncé proverbiale, lui-même, l’acteur recherchant des jonctions visant la construction de sa propre personne, poursuivant le gain de confiance et la quête d’intérêt contribuant à l’hisser au rang des reconnaissances dignitaires, prestigieux et autres, le contexte peut en déduire une situation unilatérale où les symboles se construisant dans les formes communicationnelles, métaphoriques relèvent de subalternisation de l’autre ou de sa mise en appât.»Ces attitudes et habitudes d’amadouement et d’apprivoisement de l’autre par l’usage des figures métaphoriques semblent intrinsèquement lier, s’identifier aux legs, aux héritages coloniaux s’agissant du prolongement des mécanismes mis en place par les anciens esclaves de Saint-Domingue : codes langagiers, canevas communicatifs d’errements et de contournements des règles soutenant l’administration coloniale et esclavagiste. Jean CASIMIR a bien illustré ce phénomène dans l’un de ses travaux, en affirmant : « le créole, étant une langue créée dans la résistance au système coloniale par des ethnies venant de diverses régions d’Afrique, renferment un caractère assez spécifique par rapports aux racines d’autres langues occidentales et orientale. Elle est faite de stratégie de contour et de marronnage, vis-à-vis de la domination coloniale des colons de Saint-Domingue.» Dans cette culture de résistance, le créole haïtien, inventé par un nombre considérable d’esclave, le besoin de communiquer, la transmission de message réglementé entre les damnés se révélait être une vraie nécessité. Etant suivi, observé et surveillé parfois par des contrôleurs noirs, africains originaire de même région que le groupe, il a fallu trouver des créneaux syntaxiques et sémantiques pour parfaire leur communication, remplie de proverbes, de dictons connus de certaines régions d’Afrique, ou du moins forgés tout en étant dans les colonies.

 

Cet héritage langagier, communicationnel à bien des égards, continuent, persistent dans notre système représentatif discursif. Il participe des inventions liées aux envoutantes pratiques de démarquage, de ruse et de fuite dans l’incapacité d’user des argumentaires cohérents et explicatifs face à son interlocuteur. Traversant plusieurs ères de notre sociabilité, l’attitude furtive et instable liée à nos coutumes, nos manières de communiquer, est entravée de simulacre et de farce. Nos reflexes et réflexions, individuelles et collectifs peinent fort souvent à se démarquer des élans de supercherie et de duperie. Nous organisons, nous construisons presque tout dans la société haïtienne suivant une logique de cachotterie, de fourberie, reconnaissable à travers les mots qui les donnent corps, les métaphores et proverbes les symbolisant. On a toujours fait l’Etat en disparate, et monté les institutions de la république dans l’optique d’asseoir les intérêts et avantages spécifiques au détriment du grand nombre, mais toujours en cherchant l’accointance et la grâce du grand nombre, même lorsqu’on ne le calcule en rien. Par exemple, les hauts dignitaires d’Etat prennent toujours fonction en apostrophant les citoyens-nes pour une meilleure redistribution de service et de richesse du pays : peyi a se zafè pa nou, nou se moun pam, fòk nou travay ansanm poun fèl vanse, etc. Pourtant, aux pieds du mûr, ils ne s’importunent même pas des situations de précarité des grandes masses, ils n’assument pas et refusent d’endosser leur responsabilité en ce qui concerne le pacte fait avec les gens pour les aider à trouver une vie meilleure, d’améliorer leur condition d’existence.

 

 

 

Dans presque tous les médias, on entend ce débat sur la crise de confiance que traverse le pays face à des promesses non tenues de nos autorités. Aujourd'hui la situation est  compromettante face à cette menace du Coronavirus. Le premier Ministre Joseph Jouthe tente de calmer les ardeurs avec un discours un peu plus rassurant. Mais cela n'empêche que la population face au COVID-19 a peur. Elle a très peur  ! Et ce n'est pas sans raison car elle n'a plus confiance dans les propos des chefs qui ne tiennent pas leurs promesses de campagne et cela depuis quelque temps.

 

Dans ces conditions, il ne faut pas se poser des questions sur le comportement de cette population qui ne peut plus des mensonges qui reviennent à brûle-pourpoint et qui voit au contraire sa vie se dégringoler après toutes les promesses faites. De la nourriture ! aujourd'hui plus de 2 millions de personnes menacées par une crise alimentaire aiguë. De l’électricité, ! Rien, sinon quelques heures de courant tous les jours dans certains endroits et des anciens alliés du pouvoir l'ont fait savoir, le gouvernement n'avait aucune intention de doter le pays de l’électricité 24/24. Combat contre la corruption ! Jamais Administration n'a connu de scandales comme celle de Jovenel Moïse.

 

Des fonctionnaires impliqués dans des actes de corruption sont  confinés au Palais national au lieu d'être remis à la justice. On a pour preuve l'ancien ministre des affaires sociales Roosevelt Bellevue, indexé dans ce scandale de Kits scolaires surfacturés et qui a été rappelé dans l'entourage du chef de l'Etat. Da'utres sont tout simplement protégés contre d'éventuelles poursuites judiciaires. On pourrait cité Fednel Monchery, Rigaud Duplan, le Sénateur Garcia Delva, un allié du Chef de l'Etat, indexés mais protégés.

 

Et si on parlait du secteur qui concerne le Coronavirus, la santé. Une Ministre qui gouverne depuis la première saison Jovenel Moïse et reconduite au gouvernement sans connaitre la véritable raison.  Des grèves à répétition au sein des structures sanitaires, manque de matériels et de médicaments, des constructions et des reconstructions de centres hospitaliers restent inachevés. Jamais on aura vu l’hôpital de l'université d'Etat d'Haïti dans une telle déchéance et de déshumanisation au point de faire pleurer une journaliste étrangère. Une image qui fait le tour du monde mais qui n'a pas fait bouger les autorités sanitaires du pays. Certains médecins du secteur public a même contredit la ministre face à certaines mesures annoncées. Certains du personnel vont plus loin pour s'interroger sur la véritable mission de cette femme à la tête du ministère. Aucun résultat visible dans ce secteur en proie à une grave explosion.

 

Monsieur le Président, la population veut reprendre confiance dans ses dirigeants au moment où elle s’apprête à faire face à l'un des virus les plus tueurs de notre temps. C'est bien de montrer que "Tires la se pou pèp la" car les citoyens en ont marre d'être pris pour des cons. La vie n'a pas de prix et ce ne sera pas surtout le moment de faire d'autres promesses. Si les propos de Joseph Jouthe et de certains ministres paraissent plus rassurants dans la crise du coronavirus jusqu'à présent, il est bien tant de revoir le cahier du système sanitaire vilipendé par la corruption qui gangrène nos hôpitaux. Il ne faut pas attendre qu'un vilain petit virus, même pas visible à l’œil nu ne vienne  nous rappeler notre situation sanitaire dégradante. 

 

 Et ce serait intéressant de répondre face à la menace à certaines questions importantes que le virus couronné viendra nous poser. Par exemple, Combien de lits d’hôpitaux  nous avons ? combien de personnels formés ? combien de médecins formés à Cuba sont restés au Pays pour soigner la population? Combien de médecins disponibles pour mille habitants ? Combien de centres de santé dans les communes ? Comment fonctionne  la couverture médicale des citoyens ? Comment marchent les services d'urgence dans les hôpitaux? Le Centre ambulancier est-il réellement équipé ? Nos infirmières de campagne sont-elles vraiment en condition pour assister une population qui fait beaucoup plus confiance au prêtre vaudou qu'au personnel médical soignant? comment assister les éventuels septuagénaires frappés du Coronavirus ? Avons nous suffisamment de salles équipées de tube d'oxygène ?

 

Ce n'est certainement pas le moment de faire ces rappels malheureux, mais nos dirigeants semblent ne pas vouloir tirer des leçons de notre passé même récent. La population a payé de sa vie nos insouciances lors du tremblement de terre de 2010. Elle crie à gorge déployée sa faim, mais le prix des produits de première nécessité grimpe chaque jour. La population demande du travail et une assistance sociale plus substantielle mais les scandales reviennent au quotidien et le chômage dépasse la barre record de plus de 60% de la population active. 

 

La crise de confiance de nos citoyens était bien prévisible ! tout compte fait, nous n'en sommes pas encore là, mais c'est bien le moment de trouver les réponses qui seraient d'une grande utilité pour aider les gens à reprendre confiance.

 

ET/HPN

 

 

 

 


Par William JEAN, sociologue, politologue Professeur à l'UEH

 

 

 

 Depuis environ une vingtaine d’années, un ensemble d’adage, néologisme et proverbe (dans une dimension symbolique et représentationnelle beaucoup plus circonspecte), des locutions verbales que nous utiliserons dans le texte de façon équivalente, comme kolòn ki bat, zo kòt pam, baz pam, Zafè pam, blodè pam, zafè fanmi, moun pam et tant d’autres influent l’Univers oral haïtien, plus particulièrement le champ politico-administratif. Ces propos, du fait de leur répétitivité au niveau du parler populaire, semblent charrier à la fois des sentiments d’appartenance, de familiarité et invitent aussi à l’entremise des rapports particuliers, spécifiques, réservés à des groupes d’individus dans des liens et/ou relations interpersonnels. Ils sont d’une telle structuration, au niveau du façonnement communicationnel, ils enveloppent et englobent presque tous les milieux de l’espace social. A longueur de journée on les entend évoquer dans les communications des personnages religieux, dans les réunions de famille, dans les rigolades d’amis et dans le monde professionnel incluant le secteur privé des affaires, dans les rencontres politiques et même dans l’administration publique – susceptibles d’attester de la sympathie, attisant le plus souvent faveurs et privilèges.

 

 

De façon consciente ou inconsciente, rares sont les haïtiens-nes depuis le début de la décennie 2000 n’ayant pas fait usage de ces différents adages/dictons pour synchroniser des rapports, pour témoigner soit son appartenance et/ou son sentiment de retrouvaille dans un groupe et/ou dans une relation personnelle. Ces adages comme bien d’autres, pèsent très lourd, renferment de grandes charges politico-sociales ; du coup, jouent un rôle important dans l’univers symbolique et communicatif de la grande majorité de la population haïtienne. Très souvent, ils incorporent les textes de discours officiels, les conservations des groupes sociaux élitistes, les cours magistraux des professeurs (lycées et universités) ; les dialogues et conversations de marchands ambulants etc. Grosso modo, l’on pourrait dire que ces néologismes participent de l’organisation discursive de presque toutes les institutions structurant la vie sociale haïtienne. Ces adages, se rangeant graduellement dans le socle mémoriel de nos proverbes : actant persuasif du langage, et étoffe de commune représentation sous-tendant des symboles collectifs ; semblent par la force de la répétition cimenter nos valeurs et représentations. Dans cette perspective, Jean Barnabé écrit : « Les langues créoles, ainsi que les proverbes qui y découlent constituent un ensemble de mécanisme, de mélange se rattachant à un ensemble de valeurs et charges sociales, dérivées des expériences coloniales, étreintes de souffrance et de valeurs symboliques, mémorielles. Fors de cela, ils (les proverbes) traduisent le besoin de codage communicationnel, parfois renvoyant à un ensemble de stratégie langagière, discursive de résistance, parfois aussi les ramène à une reproduction des stratégies communicatives sectaires, groupales du monde social de l’époque de la colonisation.»

 

              Les multiples expériences communes, les partages, les rapports entre les individus dans l’espace social, constituent et contribuent en grande majorité à l’enrichissement des formes discursives et communicationnelles qui y sont produites. D’ailleurs, il semble être un exercice incontournable même pour la survie de toute langue. La dynamique sociale, étant altérable et mouvante, force à chaque fois les acteurs nous dit Jean Pierre GAUDIN à un périple de représentation, de construction de symbole et d’invention des dires.  Dans ce procès, l’invention de néologisme, d’adage, de proverbes est un exercice légitime pour toute langue. Toutefois, les charges sociales des proverbes ont tendance le plus souvent à nous échapper. Dans le cadre de notre préoccupation se ramenant autour de ces adages populaires structurant le parler des politiques et administratifs haïtiens, nous nous fixons l’objectif de saisir l’ampleur évolutive et significative de l’usage des aphorismes cités ci-dessus. A force de modeler, de façonner les manières de dire, ils semblent (les adages) avoir une prédominance considérable dans nos communications et échanges, au point de ne pas susciter, ni interpeller le sens critique de bon nombre de gens de la population. Ce constat, vraisemblablement est aussi valable pour les universitaires, les chercheurs en particulier, venant d’horizon divers des sciences humaines et sociales, spécialistes des domaines comme les sciences du langage, la communication, la sociologie et la science politique. 

 

 

Au quotidien, médias radiodiffusés, télévisés et d’autres institutions d’information et de formation massive s’imprègnent de ces dictons sans aucun souci de décrypter les non-dits, ni les dessous des possibles rapports/relations auxquels ils invitent et convoquent. En outre, ces proverbes semblent stipuler, articuler et exposer un ensemble de représentation dont se font les politiques et fonctionnaires haïtiens-nes s’agissant d’échange sociale dont leur statut leur confère. Au-delà des représentations dont ils se font (les fonctionnaires et politiques), ces adages semblent les impulser, les induire et même inciter dans la majorité des cas, à des collusions et interférences des affaires personnelles, claniques, mesquines et groupales aux intérêts étatiques et collectifs ou convient tout simplement les agents de l’administration publique dans des pratiques clientélistes. 

 

 

Les travaux des linguistes haïtiens comme Yves DEJEAN, Pierre VERNET et Michel DEGRAFF sur le créole haïtien ont beaucoup contribué dans le renforcement de la reconnaissance académique de la langue nationale, d’autant plus, participent d’une tentative de systématisation de certaines valeurs et mœurs du terroir par l’étude et le décryptage des proverbes et adages populaires. A côté de ces auteurs, il y a des linguistes caribéens et francophones tels que : Télegrand NOEL, Michel BENIAMINO, Arielle THAUVIN-CHAPOT et autres, ont eux aussi, apporté leur contribution dans l’étude des schèmes langagiers, au système de valeurs et de représentations collectives des proverbes créoles en rapports aux pratiques communes et populaires des anciennes colonies où le créole est devenu langue nationale. En ce qui concerne notre préoccupation, nous voulons établir le rapport entre l’avènement des néologismes, des adages devenant populaires dans une période donnée dans la société haïtienne et un ensemble de représentation collective synchronisant des pratiques corruptrices et clientélaires de groupes dans la sphère politique et au niveau de l’administration publique.

 

 Néologisme au regard de nos pratiques et valeurs

La quête perpétuelle collective de sens à l’existence dans la société haïtienne, depuis sa création, a toujours constitué selon Carlo A. Célius, un défi pour la grande population et les dirigeants politiques en particulier. Car dit-il, les ethos communs sur lesquels se fondent les liens sociaux sont majoritairement trop claniques, inégalitaires empêchant, à chaque fois l’émanation des passerelles d’actions collectives, et en même temps donnant lieu à l’invention des mécanismes de survie sectaire, mesquin amenant très souvent à la construction des représentations collectives populaires, traduction de mécanisme de survie. En ce sens, pensons-nous, les mécanismes de survie, étant l’affaire d’une grande majorité défavorisée des couches populaires, semblent très souvent trouver de la légitimité dans des expressions et de type de communications populaires, symbole d’inventivité et de réinterprétation langagières incarnant une commune appartenance, d’intérêts convergents, tout aussi bien de poursuite d’objectifs partisans codés et de valeurs partagées.

 

 

 Ainsi, dans les années 90, l’école anthropologique des sciences du langage de l’université de Stanford, représentée par des linguistes comme Joseph H. GREENBERG, Meritt RUHLEN, s’est intéressée à la création de néologisme et de schèmes langagiers codés, permettant de saisir des nouveaux liens sociaux entre des groupes d’individus, de par leur origine ethnique (indiens, européens et  asiatiques), vivant ensemble sur le territoire américain avec d’autres américains issus d’ethnie différente des leur, forgeant des expressions et adages dans leur langue d’origine traduisant leur mode de représentation collective  propre, tout en étant des américains comme d’autres.  Dans un article publié dans le Scientific American journal, intitulé Linguistic origins of native American, ce qui peut se traduire en français par ( les origines linguistiques des américains natifs), ils essayent de remonter à l’histoire, aux origines sémantiques d’expressions usuelles populaires traversant différentes ethnies dans la société américaine, qui pourtant synchronisent des modes de représentation propre à quelques-unes, desquels découlent, émanent des formes d’agir, de solidarité, d’intégration et parfois de contestation.

 

 

Les proverbes, étant le ciment d’un ensemble de représentation sociale symbolique, mémorielle de la production d’une société (valeurs, mœurs, pratiques collectives) participent de la construction des liens et rapports qui peuvent être bénéfiques pour la communauté dépendamment de l’agir collectif qu’ils entrainent. Tout aussi bien, les adages peuvent contribuer à pervertir les liens sociaux suivant cette même logique. Dans cette perspective, les adages haïtiens n’échappent pas à la logique d’un possible double-jeu sémantique consolidant, soutenant les modes de rapport amenant parfois aux élans de solidarité, tout aussi bien peuvent participer à pervertir les formes de représentation collective de nos symboles et valeurs. En Haïti, les liens familiaux, les relations amicales, les rapports de solidarité se trouvent à la base des formes de représentation collective traversant la majorité de la population.

 

 

En Haïti, dans la majorité des cas, les modes de vie et pratiques de solidarité, peuvent être considérées comme des mécanismes de résilience issus de notre passé colonial. C’est-à-dire des inventions pour contourner le mode de vie qu’offrait l’administration coloniale. En outre, la tyrannie des colons blancs, les maltraitances et souffrances des esclaves à Saint-Domingue leur contraignaient à en inventer et forger une altérite créole avec des codes et organisations communicationnelles comprenant des connecteurs et modes de dire différents. Les adages et/ou dictons choisis ci-dessus comme cas d’étude peuvent nous offrir toute la latitude pour saisir et esquisser leur poids social en rapport au phénomène de double-jeu sémantique attributif.

 

 

Depuis les recherches de Leonard Bloomfield sur la linguistique structurale, postulant que le langage, tout comme le comportement pouvait être analysé comme une mécanique prévisible, explicable par ses conditions externes d’apparition, l’anthropologie linguistique commence à se construire comme un sous champ des sciences du langage et de l’anthropologie humaine, visant les complexes relations entre langage, culture et expression littéraire. Puis au courant des décennies 80 et 90, les travaux effectués sur cette trilogie allaient apporter de la légitimité, allait propulser l’anthropologie linguistique au rang de discipline académique, grâce aux travaux de nombreux anthropologues, comme G. Calame-Griaul (1987), J. Capron (1988), Dominique Casajus et autres. Dans les années 2000, cette discipline-frontière suivant l’expression de Franck Alvarez Pereyre, allait se renforcer d’avantage, notamment par les travaux d’Alessandro Duranti, s’intéressant aux relations de productions proverbiales et le milieu culturel. Les recherches de Duranti mettent en exergue la délicate relation (langage, culture et expression littéraire), articulant la nécessité de saisir le rapport complexe que les formes de représentation communicationnelle entreprennent avec la production culturelle et discursive de toute société. Ses réflexions à ce propos, semblent se distinguer, vont à l’encontre des approches faites par des linguistes comme Edward Sapir (1968) ou de Benjamin Lee Whorf (1969); pour qui, le langage constitue un moyen neutre de construction d’une vision du monde. Tandis que Pour Duranti, le langage s’avère être une organisation du monde, une différenciation sociale. 

 

 

 En ce qui concerne la création et l’invention d’adage et de proverbe dans la  société haïtienne, l’approche trilogique de Duranti semble bien adapter aux différentes productions culturelles, communicatives relatives à la création des néologismes dans le créole haïtien. En outre, son approche nous permettrait de situer, de camper les acteurs dans leur démarche affective, positionnelle et positionnée dans notre culture au travers des schèmes communicatifs. Ceci étant dit, quelle place faut-il accorder aux proverbes haïtiens dans l’univers symbolique et mémoriel de nos valeurs, de nos formes de représentations collectives ? Comment prennent-ils corps dans l’espace social ? Quelles sont les conditions socioculturelles déterminant, conditionnant leur création parfois les unes différentes des autres, ou parfois se complémentent et se renforcent ? Dans quelle mesure structurent-ils (les adages) nos formes discursives et communicationnelles ? Enfin, pourquoi peuvent-ils à la fois contribuer à illustrer des liens sociaux bénéfiques à tous, et en même temps renvoyer à la fortification a contrario au raffermissement des rapports de groupe, de  clan, d’une ou des catégorie(s) sociale(s) au détriment d’une ou d’autres ? 

 

 

 Pour Duranti, le langage se trouve subséquemment dans un rapport étroit avec la culture et les expressions littéraires. Ses deux œuvres majeures, Language as culture in US (2003) et Language as a non-neutral medium (2011), systématisent sa théorie en évoquant « le langage tout comme les expressions littéraires sont des outils soudés dans des cultures, du coup des instruments au service d’agent qui l’utilisent de manière intentionnelle, soit pour maintenir leur privilège, soit pour contester un système.

 

 

 

 Les possibles réponses à ces interrogations se développeront tout au long de notre démarche, s’agissant de faire montre des diverses implications que les adages/proverbes puissent avoir de part les contextes et référents socio-politico-culturels auxquels ils nous renvoient sous des formes expressives et communicatives. Si notre préoccupation s’attèle sur l’avènement de ces adages créoles (Kolòn ki bat, baz pam, zo kot pam, zafe pam, blodè pam) devenus populaires à partir des années 2000 dans l’univers oral haïtien particulièrement, nonobstant, l’on ne saurait pas d’un plus grand angle ne pas regarder de façon historique, leur existence et présence quasi constante dans les productions culturelles, artistiques et même poétique dans des époques et moments précédant la période délimitant notre objet d’étude.

 

 

D’ailleurs, les œuvres des poètes et romanciers du 19ème siècle et du 20ème siècle haïtien témoignent de la richesse de la production de néologisme, de proverbes/adages dans notre langue vernaculaire.

             

 

Des expressions populaires comme tete doubout, renvoyant aux seins fermes et ronds des femmes haïtiennes ; kadejakè, décrivant l’acte de viol sur des femmes dans l’univers symboliques des valeurs en Haïti ; fè jako pye vèt, symbolisant l’action de courtiser une femme discrètement ; dyòl alèlè, évoquant le fait d’avouer des secrets, personne pratiquant la médisance et le commérage, sont autant d’invention des poètes et romanciers comme Oswald Durand (1840-1906), de Justin Lhérisson(1872-1907), pour ne citer que ceux-là. Ces expressions populaires participent de l’enrichissement de notre macrocosme symbolique et mémoriel de nos mœurs et valeurs s’agissant de doter le créole haïtien de nouvelles façons d’articuler la parole populaire. En dehors de la spécificité de la production littéraire, les vicissitudes de la vie quotidienne prennent part, contribuent beaucoup aussi à leur irruption (les adages) dans la construction de nos schèmes langagiers et communicationnels. 

 

 

Les adages auxquels nous nous intéressons dans ce travail, comme je l’ai déjà mentionné antérieurement, ont envahi les milieux sociaux haïtiens au courant de la décennie 2000 jusqu’à nos jours. Ils résonnent, font écho des lèvres et parois des catégories sociales les unes très différentes des autres, et ceci a un rythme d’usage synchronisant, renvoyant à une certaine forme de dire ou de se dire les uns les autres officieusement les choses. Ils interpellent aussi un certain mode expressif atypique de gens de presque tous les âges et de toutes les catégories socioprofessionnelles sans exception. Au premier degré, l’évocation de ces adages se situerait dans la sphère privée des relations se développant entre membres d’une même famille, parmi des individus se côtoyant depuis un bon nombre d’années, entre collègue de travail, entre camarades de classe etc. Pourtant, à observer de plus près, l’on peut entrevoir un certain effet d’entraînement dans les communications des gens. Les adages tintent très souvent les conversations et dialogues des plus formels au plus fastidieux.  Leur emprise et prééminence dans les rapports/relations engageant le verbe montrent, dessinent à chaque fois une forme de dépendance, de conditionnement oral, facilitant des raccourcis, des topos au niveau de l’expression. Le monde musical haïtien constitue avec les autres tendances artistiques et littéraires un des grands repères de leur usage et de leur invention en quasi-permanence. Nous reviendrons plus tard dans le texte pour développer cet aspect.

             

            

            

 

 

 

 

 

 

 

Dans un précédent article paru le 26 novembre dernier (« Le Mouvement de la Troisième Voie est-il une voie nouvelle ? »), nous nous interrogions sur deux points cruciaux, à notre sens : d’abord, le caractère paradoxal de l’engagement déclaré de Monsieur Réginald Boulos sur la scène politique haïtienne ; ensuite, les perspectives nouvelles que ce parti prétend offrir au peuple haïtien. Notre objectif était de dessiller les yeux de nos lecteurs, ou du moins d’y contribuer et d’éviter ainsi que, à chaque fois, on nous fasse le même coup et qu’on nous roule dans la farine politicienne. Notre conclusion- bien entendu provisoire !- alors était sans appel :  faute d’un cadre conceptuel rigoureux, qui lui permet d’avoir un positionnement clair dans un champ politique déjà assez flottant, le MTV nous semble relever du coup de poker électoral et politique.

 

 

Aussi, le présent papier, tout en s’inscrivant dans la continuité du précédent article, nourrit une double ambition. Au-delà de nos analyses sur les conditions de possibilité d’une troisième voie en Haïti, il s’agit de produire, plus largement, une réflexion sociologique sur la structure du champ politique haïtien ainsi que sur les logiques partisanes dans un espace social marqué par l’atomisation.

 

 

Notre propos ici s’articule autour de deux moments. Dans un premier temps, nous ferons l’historique de la notion de « troisième voie » en la situant dans son contexte géopolitique et économique (I). La réflexion s’enchaînera autour dangers auxquels s’expose la troisième voie en contexte haïtien. A quelles conditions une troisième voie est-elle possible compte tenu de la faiblesse de la structure du champ politique (II) ? Ce deuxième moment nous amènera enfin à ouvrir, en guise de conclusion, des pistes de réflexion sur les conditions de possibilité et les modalités d’adaptation nationales possibles de la notion. En cela, notre propos sera davantage programmatique et ne visera pas à l’exhaustivité. Nous espérons ainsi avoir l’occasion de poursuivre ces analyses dans le cadre de recherches ultérieures et que d’autres chercheurs en sciences sociales du politique n’hésiteront pas à en faire autant.

 

 

 

Bref historique d’une notion aux contours mal définis

 

« Objet politique mal identifié » pour reprendre l’expression du politiste Laurent Bouvet, la notion de « troisième voie » a fait florès en Europe et aux USA durant les années 1990 et 2000 auprès des hommes politiques de gauche ou de centre gauche. Il s’agit, pour les personnalités politiques, de faire preuve de pragmatisme économique et de Realpolik et d’adapter, du mieux que possible, l’idéologie socialiste à l’économie de marché, réalisant ainsi, à la manière du dieu Hermès, une sorte d’union des contraires politico-économiques. Des personnalités telles Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder et, plus près de nous, Emmanuel Macron, ont jusqu’ici représenté, en tout cas en Occident, les principaux promoteurs de la troisième voie dans le domaine politique.

 

 

Dans le contexte britannique, la troisième voie telle qu’elle a été présentée par Tony Blair, vise à refonder, comme le rappelle Zaki Laïdi, une stratégie sociale-démocrate à la suite de l’effondrement du mur de Berlin et face à l’accélération du processus de globalisation. D’où la question de savoir si les cadres nationaux de régulation sont encore adéquats et pertinents pour penser et organiser la régulation politique, par-delà l’économie de marché.

 

 

Cette notion, dont l’économiste tchèque Ota Sik est le premier à lui avoir consacré une approche scientifique au début des années 70, trouvera, à la fin des années 90, son cadre conceptuel dans quelques travaux du sociologue de la modernité Anthony Giddens, tels The Third way. The Renewal of Social Democraty (1998), The Third Way and Its Critics and The Global Third Way Debate (2000). Il n’en reste pas moins que, en dépit d’une conceptualisation plutôt rigoureuse, la troisième voie a été brocardée par des politologues tels Keith Dixon qui y a vu une stratégie de ralliement des néo-travaillistes à la politique économique et sociale de leurs prédécesseurs, notamment de Margaret Thatcher.

 

 

En dehors des cadres analytiques qui ont été fixés par Ota Sik et Anthony Giddens, il n’est pas inutile de rappeler qu’il s’agit d’une notion passe-partout, destinée avant tout, ainsi que le rappelle Laïdi, « à séduire le chaland politique » et qui a été utilisée à droite comme à gauche.

 

 

En mobilisant cette notion dans le champ politique haïtien, s’agirait-il pour le leader du MTV de lancer le débat sur la fondation d’une social-démocratie à l’haïtienne ? Envisagerait-il de mener un combat contre le néolibéralisme destructeur dont Haïti fait les frais depuis déjà au moins trois décennies ? Mieux, proposerait-il de réfléchir aux formes d’adaptation nationale de la troisième voie ?

          

 Une troisième voie dans le champ politique haïtien ?

 

 

Du point de vue bourdieusien, la société constitue un espace de conflictualités, où les acteurs sont constamment en lutte pour l’accumulation de différents espèces capital (capital économique, capital culturel, capital politique, capital symbolique, etc.) inégalement distribués. La sociologie étant une topologie, le monde social est analysé comme un espace de positions sociales en deux dimensions, lesquelles sont au principe de l’homologie structurale entre la position sociale et les prises de position et les pratiques. Ce sont ces capitaux qui déterminent la position de l’agent dans l’espace social.

 

 

Quant à celui-ci, il est composé d’une multitude de sous-espaces dont certains peuvent être considérés comme des champs, c’est-à-dire des champs de force, autrement dit des microcosmes sociaux relativement autonomes (à l’intérieur du macrocosme social) et au sein desquels les agents, dotés d’habitus (système de dispositions durables et de perceptions acquis au cours de la socialisation et à travers le prisme duquel nous percevons les choses du monde social), sont constamment en concurrence et en lutte pour avoir le monopole du champ avec tout ce que celui-ci comporte d’enjeux.

 

 

Comme tous les autres champs, le champ politique ne saurait être réduit aux structures globales de la société dont il fait partie, non plus qu’il ne constitue « un empire dans un empire » (Bourdieu, 1981). S’il constitue, en effet, une région du monde social, régie par des règles propres ainsi que par la poursuite d’un intérêt spécifique (celui d’imposer la vision légitime du monde social), il n’en est pas moins exposé aux contraintes externes « par l’intermédiaire surtout de la relation que les mandants, du fait de leur distance différentielle aux instruments de production politique, entretiennent avec les mandataires et de la relation que ces derniers, du fait de leurs dispositions, entretiennent avec leurs organisations » (Id.). Plus précisément, le champ politique, pour Bourdieu, n’est intelligible que dans « la logique de l’offre et de la demande » dans la mesure où il se caractérise fondamentalement par l’opposition entre, d’un côté, les « producteurs » politiques (i.e les agents en concurrence entre eux pour la domination du champ) et les « consommateurs » qui doivent choisir, le plus souvent sans avoir compris les mécanismes de production de l’offre (Ibid.).

 

 

Sans nous engager dans le débat théorique qui consisterait à se demander si l’espace politique national constitue un champ selon le modèle de Bourdieu et son école (débat qui n’aurait pas vraiment sa place ici, quoique, par ailleurs, nous n’ayons pas l’ombre d’un doute sur sa pertinence et sa capacité à faire avancer, du moins sur le plan de la théorie, la science politique haïtienne), nous affirmons que la structure du champ politique se caractérise par l’opposition entre deux pôles, celui des incumbents (« bénéficiaires ») et celui des challengers (contestataires).

 

En cela, notre analyse s’inspire moins de la théorie bourdieusienne de champs que du concept de « champs d’action stratégiques » élaboré par les sociologues américains Neil Fligstein et Doug McAdam (concept qui, rappelons-le n’en est pas moins d’ailleurs une réélaboration théorique d’inspiration bourdieusienne). En effet, du fait de la faible différentiation sociale des sphères d’activités qui caractérise la division sociale du travail et de son déficit d’institutionnalisation (Hurbon, 2014), le champ politique, comme tous les autres champs d’ailleurs, se trouve être moins stabilisé et se caractérise avant tout par la porosité et la mouvance de ses frontières, en fonction de la définition de la situation et de ses enjeux. Au pôle des incumbents, à fort capital économique, caractérisé par leur tendance au conservatisme (politiciens professionnels influents proches des hommes d’affaires) s’opposent les challengers caractérisés avant tout par leur capital militant (Matonti & Poupeau, 2004) et leur tendance subversive en vue de modifier les règles du jeu politique local ou national. L’opposition entre ces deux pôles ne signifie nullement que les partis relevant du second constitueraient des « agents de rupture », (Id., p. 29). En effet, s’ils ont souvent tendance à se montrer contestataires, l’expérience montre que ce n’est pas tant par souci d’innover ou de renforcer le champ que par désir d’intégrer le champ du pouvoir et de l’administration (notamment parlementaire) où sévit la politique du ventre (Bayart, 1989 ; Fatton, 2002 ; Saint-Paul, 2011). Sous ce rapport, toute modification des règles du jeu ne vise qu’à modifier en même temps le rapport de force en leur faveur, mais en suivant la même logique que le pôle opposé, à savoir celle de l’entrisme.

 

 Une « troisième voie entriste » ?

Jusqu’à preuve du contraire, la caractéristique principale du champ politique, en tant que « champ d’action stratégique » polarisé, est son déficit majeur de structuration et d’ancrage dans la société, du fait de l’absence de vision et de projet d’un monde commun, au sens de H. Arendt. On est en droit de s’interroger sur la substance d’une troisième voie dans une arène politique marquée par la confusion généralisée et où la gauche et la droite ne représentent que des formules incantatoires et n’ont d’existence que nominale. De quelle alternative s’agirait-il de sortir dans un pays où le démantèlement et l’atomisation de l’Etat comme le statu quo bureaucratique s’entremêlent et sont le fait autant de personnalités prétendument de gauche que de celles de droite ? Quels avantages le MTV peut-il offrir ? Réginald Boulos n’a-t-il pas été (et peut-être l’est-il encore !) pendant longtemps l’un des principaux fossoyeurs de la République, s’opposant ainsi farouchement à toute alternative politique ?

Tout porte à croire que ce parti politique, dont le mode de structuration est centré autour de la personne de Réginald Boulos, est condamné à reproduire le champ politique tel qu’il existe depuis des lustres. Avec le MTV, en tous cas, tel qu’il a été présenté dans les médias (on pense aux tournées médiatiques de l’écrivain G. Victor), la part de politique du ventre au sein de l’administration haïtienne ne fera que croître et accroître l’entropie du système politique.

 

 Les risques du mimétisme politique

 

S’il est vrai que la notion de « troisième voie » en politique a toujours suscité des débats du fait de son ambiguïté constitutive et a été utilisée par des hommes politiques autant de droite que de gauche, force est de constater, dans le contexte haïtien, que l’usage qu’entend en faire Réginald Boulos et consort ne fait qu’ajouter à la confusion ambiante. Il convient de réfléchir, compte tenu de la structure des opportunités politiques, davantage sur le mimétisme ambiant caractérisant le champ politique en général et le MTV en particulier.

 

 

Il n’est pas inutile de rappeler, à la suite de Harald Wydra dans les Structures mimétiques du politique (2013), qu’aucun système de pensée ne saurait prétendre changer l’ordre social s’il ne se met à penser sa propre institution. Car s’incliner aux réalités contingentes d’un ordre extérieur ne fait que renforcer sa propre incompréhension et ne renvoie qu’au simple effet mimétique. Sous ce rapport, certains travaux s’avèrent fort éclairant à propos « singisme » institutionnel et politique des pays du Sud vis-à-vis des pays du Nord, attitude qui se caractérise notamment par la volonté des premiers à calquer leur comportement sur ces derniers ou à prétendre poursuivre des objectifs similaires à ceux des pays occidentaux, dont les principes fonctionnels se sont pourtant construits sur le long terme.

 

Ainsi, dès qu’il s’agit d’importer des notions ou des concepts politiques, il est toujours bon de garder à l’esprit que le mimétisme comporte toujours une part de risque et donc réfléchir aux conditions de possibilité de la greffe, au risque de rejet (Mény, 1993) ainsi qu’aux différentes possibilité d’adaptation. Autrement, l’on s’expose, faute de pouvoir innover conceptuellement et politiquement, à verser continuellement dans la dynamique caricaturale caractéristique de tout l’espace politique. Jusqu’il, il semble que le MTV ne soit pas encore à prêt à sortir du prêt-à-penser politique ambiant et contribuer à la construction de structures démocratiques efficaces et donc à recoller les morceaux de cet Etat en miettes. Appeler un parti politique « Mouvement de la Troisième voie » dans un espace politique idéologiquement exsangue et aux contours aussi brouillés, autrement dit, à la manière d’un simple slogan, revient à l’inscrire dans la logique de la political fashion branding décrite par Alex Marland à propos du contexte politique canadien. A travers cette notion, il s’agit pour l’auteur, de décrite la tendance à récupérer ou à importer idiotement des noms de partis ou de mouvement politiques ayant existé dans d’autres réalités sociopolitiques. Sous ce rapport, le MTV ne fait que marcher sur les traces de la plupart des partis politiques haïtiens, traversés qu’ils sont, en tout cas pour la plupart, par cette tendance à la nomination exotique.

 

 

Il ne saurait y avoir de troisième voie véritable que moyennant d’exclure toute idée de faire cavalier seul dans le champ politique, sur fond d’une quelconque légitimité populaire. On sait, depuis les analyses d’Alix René à propos du phénomène Aristide, que la séduction populiste hante jour et nuit celles et ceux qui aspirent au pouvoir. Il serait toutefois erroné, de la part des dirigeants du MTV, d’espérer accéder au pouvoir, uniquement sur la base de leur prétendue légitimité populaire (il paraît, soit dit en passant, que le fondateur du parti souhaite atteindre la barre des 1 million d’adhérents. Encore faudrait-il s’interroger sur ce que veut dire adhérer en politique en Haïti !), sans se structurer au préalable, ni exhorter les autres parti politiques à se structurer eux aussi.

 

 

A la question (qui reste ouverte d’ailleurs) de savoir quelles modalités nationales de la troisième voie sont envisageables, nous sommes tentés de répondre que, du fait du caractère inchoatif du champ politique (sa faible structuration et son faible droit d’entrée jusqu’ici), toute adaptation appelle nécessairement et préalablement un renforcement des autres éléments constitutif du champ (car il y a interdépendance pour parler comme N. Elias). L’activité politique ne devant pas être un jeu à somme nulle, la troisième voie ne pourra advenir que si les partis politiques -dont le MTV- réussissent à s’institutionnaliser, c’est-à-dire à devenir des partis dignes de ce nom, contribuant ainsi à faire advenir un nouvel ordre politique ( au sens de Max Weber), cette fois républicain et œuvrant pour le bien commun.

 

Lukinson JEAN,

PhD., Sociologue et anthropologue,

William JEAN, MA.,

Sociologue et politiste, Université d’Etat d’Haïti

Par JEAN WILLIAM

politiste et sociologue, professeur à l’Université d’Etat d’Haïti

 

D’entrée de jeu, dans une première acception, la notion de « crise » renvoie à tout évènement social ou personnel qui se caractérise par un paroxysme des souffrances, des contradictions ou des incertitudes, pouvant produire des explosions de violence ou de révolte. La notion de crise peut être aussi saisie comme la rupture d’équilibre. Dans cette perspective, l’humain ou du moins les sociétés humaines en ont toujours connu. Cependant, Les crises, quelle que soient leur nature : économique, sociale, financière, sanitaire et autres, ont de l’ampleur et de considérations dépendamment des sociétés, des régions, des groupes elles sévissent. Hégémonie, Médiatisation et constellation d’intérêt y sont pour beaucoup.

 

En effet, si l’attention, le regard légitimant, participe du processus définitionnel du paroxysme des souffrances et d’incertitudes – toute crise sociale, économique, financière et politique, résulte de l’étrange réalité du lieu et aussi des capacités et moyens de projeter des situations, des phénomènes en tant que crise. Et ceci, depuis l’opulence et le triomphe du système capitaliste à l’aube du 19ème siècle, indépendamment de ses différentes phases historiques : industrielle, économique et financière, il (le système capitaliste) en a généré pas mal. Depuis le crash financier américain de 1929, appelé aussi « jeudi noir », résultant outre mais de la surproduction industrielle, mais aussi de la spéculation boursière et du crédit. Les gens empruntent de manière excessive pour investir en bourse – quand les prix viennent à baisser, les actionnaires s’empressent de revendre leurs titres avant qu’ils ne perdent trop de valeur. Cette crise financière américaine allait résorber les économies européennes et tant d’autres nations d’Asie, entrainant de nouvelles considérations hégémoniques des politiques en occident, jusqu’à déboucher sur la seconde grande guerre de l’ère moderne. Le dénouement de cette grande guerre a changé la configuration des pôles de pouvoir parmi les puissances économiques et militaires mondiales, du coup l’ordre hégémonique entre les pays vainqueurs. De-là s’est aussi advenu de nouvelles modes et mécanismes de domination des pays tiers par les puissances américaines et européennes.

 

La crise pétrolière de la fin de la décennie 80 et du début des années 90, engendrant l’envahissement du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, était le prétexte tant attendu pour les multinationales américaines et européennes, avec l’exutoire de rétablir la paix dans la région du Golf, de faire mainmise sur les gisements pétroliers et de renforcer leur domination dans le secteur par le contrôle et l’accaparement des gisements pétroliers dans la région. Les prix, la régulation du marché pétrolier depuis lors passe par la concertation hégémonique des puissances hégémoniques du nord.

 

La crise financière de 2008, connue sous l’anglicisme « Great Recession », une récession dans laquelle sont entrés la plupart des pays industrialisés du monde, mis à part le Brésil, la Chine et l’Inde, à la suite du « krash de l’automne 2008 », lui-même consécutif de la crise des subprimes de 2006-2007. Elle est aussi marquée par une forte hausse des prix du pétrole et des produits agricoles. De cette crise, de grands groupes de marché de l’immobilier américain tels que : Simon Property Group et DeBartoloo Realty, qui aujourd’hui sont fusionnés, sous l’appellation Simon DeBarteloo Group, ont vu leur chiffre d’affaire accroitre de plus de 2,7 milliards de dollars US. Tandis que plus de 7 millions d’individus des classes moyennes confondues ont dû constater impuissamment à leur perte de maison faute de solvabilité financière. Donc, cette crise financière, comme d’habitude, favorise le capital au détriment du bien-être humain.

 

En ce qui concerne la crise sanitaire majeure qui traverse beaucoup de sociétés mondiales, et qui sévit surtout les groupes sociaux mondialement défavorisés, en occurrence, la pandémie de Covid-19, les grandes économies mondiales se montrent consternées par le ralentissement des marchés financiers plus que de s’empresser pour la concertation autour d’un traitement. Les catégories sociales défavorisées, les sacrifiés du système de soin américain sont de loin, les plus victimes. En Europe la situation est quasi similaire, ajoutée aux gens de catégorie d’âge autour de la soixantaine et plus. Les situations que nous appelons, que nous étiquetons de crise, surtout en pleine quête de reconfiguration du capitalisme prédateur[1], ne semble que concourir à conforter, à renouveler les stratégies et mécanismes des dominants. Comme l’a si bien dit Colucci :

« Il parait que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise, depuis que je suis gosse, c’est comme ça[2]. »

Il importe beaucoup de se préoccuper à chaque fois des périodes de crise autant des mécanismes de résolution qui y sont engagés.  Puisque très souvent, ils y tiennent de l’inconséquence des politiques financiers, économiques et sociales des « nouveaux maitres du monde[3] ». Dans beaucoup de sociétés dominatrices du système capitaliste, tels que : la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, USA et autres, en pleine crise de Covid-19, l’Etat s’engage à prendre des mesures visant la relance des activités économiques dans le but de restaurer l’emploi, puis consolider la production agricole, en allouant au secteur de grosses enveloppes budgétaire. Par exemple, La Banque de l’Union européenne a débloqué plus de 116 milliards d’Euros pour soutenir les agriculteurs européens. L’administration de Trump a fait idem, en débloquant 19 milliards dollars pour soutenir la production et les agriculteurs américains en pleine crise de Covid-19. Cette politique de relance, en termes de stratégie de reprise d’activités, depuis plusieurs décennies, pour les sociétés industrialisées a été toujours l’option. En temps normal, ces pays dominants ont toujours accordé une importance capitale à leur production agricole. Nécessité de se disposer des réserves de denrées pour leur propre consommation, et aussi du fait de l’impérieuse obligation d’exporter.

 

Thiago Lima[4], philosophe et spécialiste des relations internationales de l’université fédérale de Paraíba, Brésil, dans un essai sur l’incessante volonté des économies mondiales dominantes, de doter leur secteur agricole d’une enveloppe considérable dans leur budget depuis la fin des deux grandes guerres. Pour s’expliquer, il dénonce l’attitude, soutient la thèse du protectionniste de ces pays, et de leur volonté de faciliter les entreprises agricoles, les grandes multinationales de l’alimentation d’occuper les premiers rangs dans la production et la distribution des produits et denrées agricoles. En même temps, ce mode d’occupation du marché agraire et de l’alimentation par ces pays, réserve tout court aux agriculteurs et petites entreprises des pays tiers, le statut de consommateurs privilégiés et classifiés.

 

La problématique du travail et de l’agriculture, s’inscrivant dans l’ordre des préoccupations des pays impérialistes n’est approchée que par le spectre d’intérêt. D’ailleurs même au sein de leur propre société, le déséquilibre créé par le marché de l’emploi et de l’industrialisation liée au secteur agraire constitue de vraies menaces d’implosion. Le rapport de la Banque Mondiale sur la situation de l’emploi paru en 2018, atteste d’une inégalité criante entre les régions du monde par rapport à l’accès à l’emploi. Sur deux milliards de personnes en situation de travailler dans le monde, plus 1 milliards 700 millions se trouvent dans les régions les plus pauvres du monde, et les femmes sont les victimes imminentes. D’un autre côté, le rapport de FAO de 2017 sur la situation de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde montre que le processus de mécanisation de l’agriculture dans les pays pauvres peine à se développer. Le continent africain une partie de l’Asie centrale et de l’Amérique centrale et de la Caraïbe y sont très représentés. Phénomène qui provoque l’exode, la migration forcée de plus de 60% des jeunes des milieux ruraux vers les mégapoles des grandes villes de ces régions citées ci-dessus.

 

La tentation hégémonique, concept élaboré par le politiste américain Jack Snyder[5], pour tenter de saisir et d’expliquer le déploiement d’une panoplie de stratégies et de politiques militaire, agricole et de l’emploi des pays dominants. Cette attitude conquérante des économies dominantes vise la conservation de leur suprématie et de la sidération des mécanismes de résistances d’autres économies et surtout d’autres Etats, constellé dans la misère et l’assistanat. La tentation hégémonique, constituant l’étoffe des pays rudement industrialisés, ne laisse aucun espoir de changement de cap, de paradigme des économies impérialistes. Le travail, l’agriculture, la santé, l’éducation suivent leur cour consubstantiellement au développement de ce système. Il ne faut pas se leurrer, ni trop miser sur le changement de paradigme, de schèmes fonctionnels des économies impériales en dépit de la crise du Covid-19.

 

Le travail et l’agriculture, si les pays dominants se hâtent de trouver les mécanismes de relance, il faut bien encore le situer dans leur volonté acharnée de maintenir le procès de leur statut hégémonique. Autrement dit, la crise sanitaire quasi mondiale avec des rebonds signicatifs sur l’économie, le politique et le social, ne conduira pas à une remise en question collective des grandes puissances sur la nécessité de rendre accessible les soins de santé, le logement, l’alimentation à tous-tes, et ceci en tout lieu. Déjà le type de gestion mise en place par les puissances économiques entre elles durant cette crise sanitaire mondiale, atteste d’une certaine désagrégation de la solidarité. La crise de Covid-19 montre, démasque l’hypocrisie et la supercherie des pays les plus riches de l’occident, en ce qui concerne la course à la relance des activités économiques. Enliser dans le modèle impérialiste à tous égards, entêter dans l’expansion d’un type d’humanité déséquilibré, d’une altérité d’effacement, d’écrasement de l’autre, Les Etats dans les pays dits développés, n’en feront aucun repli, quand même le Covid-19 les y invitera.

 

Des situations de troubles, des périodes de convulsions, et de grandes contestations sociales, les sociétés occidentales en ont toujours connus et conjugués. Et les crises, quand elles s’amènent ne restent pas sans influencer, sans aggraver les déficits de progrès et d’avancement socio-économiques des pays et sociétés au chevet des sociétés occidentales développées. Ce phénomène, Immanuel Wallerstein, nous le décrit très bien dans ses réflexions sur le développement du système capitaliste. Il soutient : « le système capitaliste dans ses envolées planétaires, contraint les populations des sociétés périphériques à se constituer en société de substitution en ce qui a trait à la massification des bras pour l’assise de la main-d’œuvre – et aussi pour le déversement des biens de toute sorte produit par ces bras, spécifiquement dans l’agro-alimentaire[6]. » Les multinationales de l’agro-alimentaire américaine et européenne, General Mills, Kellogg, l’Associated British Food, Danone et autres ne cessent d’empirer la situation précaire des agriculteurs des pays sous-développés dans la production intense des denrées agricoles de première nécessité et de la concurrence déloyale des produits comme le soja, L’huile de Mazola, des produits laitiers et du sucre.

 

La délocalisation des entreprises occidentales dans le cadre de la multiplication du capital d’investissement est l’un des mécanismes participant à la paupérisation des masses ouvrières des pays dit sous-développés mondialement. En outre, l’expansion des manufactures de textile et de tant d’autres industries agro-alimentaire délocalisées participe de la stratégie de rareté de travail et en même temps de la création de l’armée de réserve pour le fonctionnement et l’équilibre de l’économie capitaliste. Donc, les Etats, surtout dans les sociétés fortement industrialisées, projettent la création de l’emploi délocalisé sous la rubrique d’investissement étranger pour mieux s’assurer de la reproduction du capital et de son assise.

 

L’Etat haïtien : le travail et l’agriculture dans le contexte de Covid-19

Sans quasi aucune surprise, le constat d’irresponsable des dirigeants haïtiens, auréolé d’un amateurisme aigu dans les moments décisifs du pays ne cesse d’étonner plus d’un. Les moments de crise, les tranches d’histoire les plus difficiles et contrastées du pays semblent ne pas nous laisser, nous doter d’aucune mémoire. La première grande crise de notre histoire de peuple libre, la mort de Dessalines et de son idéal de liberté et de bien-être pour tous reste inouïe dans l’imaginaire collectif. Sa mort, planifiée et organisée par les autres généraux faisant la guerre de l’indépendance à côté de Dessalines et parvinrent à la victoire peut être considérée comme la crise initiale du nouvel Etat. Les généraux conservateurs, nostalgiques du modèle administratif colonial esclavagiste, voyaient d’un mauvais œil l’accès à la terre aux nouveaux libres et aussi bien l’acquisition de leur liberté. Cette crise, étant originelle dans la formation sociale haïtienne, et promu tout au long de notre histoire de peuple par nos dirigeants s’érige en un phénomène irréversible. Depuis lors, le projet de société triomphant avec les groupes sociaux dominant, marginalisant – mulâtres et anciens généraux de l’armée indigène et de leur descendants – anti  -projet de société dessalinienne, persiste.  Le travail pour les masses pauvres, l’accès à la terre pour les masses paysannes ne font l’objet de préoccupation du type d’Etat triomphant.

 

La crise de 1843, a été une autre période à la fois déterminante et fracassante pour la consolidation de notre indépendance et de l’orientation socio-politique du nouvel Etat. La révolte populaire contre le président Jean-Pierre Boyer et de sa dictature, en vue du rétablissement de la démocratie et de la constitution de Dessalines de 1805 atteste de la quête de liberté des nouveaux libres. Malgré l’ascension au pouvoir du chef de cette révolte, en la personne de Charles Rivière Hérard, l’application de la constitution de Dessalines, en termes de concession de terre aux nouveaux libres, et de leur participation dans les structures décisionnelles de l’Etat peinaient à se concrétiser. La crise de de 1867-1869, survenue sous la présidence de Sylvain Salnave, a été encore une fois, une période de grandes incertitudes et de déception pour les masses paysannes haïtiennes. L’avidité mortifère, exclusiviste de la bourgeoisie de l’époque allait être pointée, basculée par les mesures du Président Salnave. Dans son ouvrage, Georges André Adam[7], présente Sylvain Salnave comme un anti-bourgeois. Il entendait mener une politique sévère à l’égard des possédants, leur imposant des taxes destinées à améliorer le sort de la population et demandant aux commerçants de baisser le prix des produits de première nécessité. La bourgeoisie se révolte, Salnave fait construire des magasins de l’Etat. Toutefois, son obsession de moderniser la flotte militaire pour contre -carrer les assauts des fractions armées soutenues par la bourgeoisie, engagea de grandes dépenses de l’Etat, du coup contribua à appauvrir l’économie du pays et la population aussi. Ces crises, au tout début de notre expérience de peuple libre, malheureusement allait structurer la grande mésentente sociétale en Haïti. Phénomène que Jean Casimir décrit comme dialogue de sourd, mésentente entre les élites du pays et le reste de la nation. Pour sa part, Gérard Barthélémy désigne comme conflit originel en Haïti entre les catégories sociales : bossales et créoles.

 

La crise de 1991, avec le coup d’Etat militaire de l’oligarchie économique composée en majeur partie des mulâtres, peut aussi s’inscrire dans la lignée de la crise de Sylvain Salnave. Le refus de la bourgeoisie exclusiviste d’accepter que l’Etat s’engage dans l’amélioration des conditions de vie des catégories sociales majoritaires et précaires du pays. L’arrivée du président Aristide au pouvoir avec plus de 60% de vote populaire dérangeait, intimidait l’oligarchie dominante. Les annonces et discours du président Aristide visant le contrôle de l’Etat des ressources du pays, et de travailler pour améliorer les conditions de vie précaires des masses pauvres résonnaient mal aux tympans de la bourgeoisie accapareuse. La junte militaire, s’alliant avec cette bourgeoisie allaient orchestrer le « putsch » contre l’espoir qu’inspirait le régime d’Aristide aux masses défavorisées. Durant cette période de bouleversement politique et de grandes incertitudes pour les masses défavorisées, La bourgeoisie traditionnelle exclusiviste accaparait des moyens de l’Etat au détriment des masses paysannes et des quartiers populaires. Franchise, contrebande, taxes impayées, mainmise sur la Banque centrale (BRH), produits avariés et le narcotrafic devenaient des pratiques opulentes du régime militaire supporté et endossé par l’oligarchie dominante. 

 

L’envolée de prix des produits de première nécessité et la répression systématique de la junte militaire envers la grande majorité défavorisée de la population, surtout les gens des quartiers populaires constituaient l’actualité. Même après le retour d’Aristide en 1994, la crise de bien-être des majorités démographiquement pauvres du pays allait persister. Les différentes fractions économiques de l’oligarchie dominante et les hauts gradés de l’armée s’enrichissaient de façon effrénée, et le procès de deshumanisation s’aggrave davantage pour la majorité de gens les plus précaires.

 

La crise humanitaire provoquée par le séisme du 12 janvier 2010, a été encore une fois l’occasion de saisir et de comprendre le désintérêt et l’indifférence des dirigeants de l’Etat vis-à-vis de la population. La gestion du séisme a été une catastrophe totale s’agissant de la manière dont l’Etat organisait l’urgence. Les fonds et moyens, débloqués par l’international pour aider le pays à faire face aux graves conditions humanitaires qui sévissaient, ont été d’une part, accaparés, spoliés par les représentants des pays donateurs via les ONG organisant l’urgence, d’autre part, ils (les fonds) ont été détourné par les autorités de l’Etat. Les victimes, en grande partie issues des quartiers pauvres de la capitale et de ses environs, ont fini dans les recoins de la désolation, de la misère et de la déception.

 

 

Le séisme, sous un angle d’objectivation, offrait l’opportunité aux autorités d’Etat de poser les problèmes de planification urbaine, de logements sociaux, d’imposition de normes modernes de construction. Il a été l’occasion ultime, pour l’Etat d’insuffler la main-d’œuvre dans le secteur de la construction avec l’ouverture de grands chantiers publics. Tout le contraire a été observé. Les dirigeants politiques et les gouvernements qui se sont succédé depuis lors, ne font qu’organiser et structurer une mafia autour des programmes et projets d’Etat dilapidant les fonds de la reconstruction du pays et celui du programme d’échange et d’entr’aide bilatéral pétro-caribe entre Haïti et le Venezuela. Aucune politique agraire n’a été engagé pour insuffler l’agriculture et le travail agricole jusqu’à date. La création de banque agricole pour les paysans se fait encore attendre. Le secteur privé des affaires, l’administration publique n’ont insufflé l’économie nationale en créant d’emplois pour les jeunes diplômés et des professionnels en chômage chronique. Vraisemblablement, les crises dans le contexte historique haïtien, confirment très souvent l’adage créole « mal sele kap foule ».

 

Quant à la crise sanitaire qui sévit mondialement, Les sociétés occidentales dominantes, économiquement, s’empressent de relancer leur économie. L’agriculture et le travail constituent deux grands points de préoccupation des Etats les plus industrialisés, et en même temps très touchés par la crise du Covid-19. Ils (les pays développés) s’accourent à renforcer leur infrastructure sanitaire, leur système de soin, sans négliger leur secteur agricole, qui, pour sa part doit pouvoir continuer à fournir des produits alimentaires et la production de denrées pour renouveler les stocks et aussi d’éviter la disette. Globalement, le Covid-19 apporte de nouveaux enseignements au monde entier. Surtout en termes de prévision, de planification stratégique, enfin en ce qui a trait à la gestion et du management des situations imprévisibles.

 

Alors, il parait qu’il est très loin dans l’entendement de nos dirigeants actuels de comprendre les enjeux et opportunités de planification stratégique offert par la crise sanitaire du Covid-19. La construction et le renforcement d’infrastructures sanitaires dans les régions du pays s’imposent de fait. La formation massive des professionnels de santé et de personnes d’appui devient obligatoire. La problématique de l’assainissement des espaces publics, des centres d’apprentissage publics et privé, des institutions publiques et autres doit se poser avec un pragmatisme actant. Cependant, le régime actuel s’importune très peu de ces exigences. Les fonds octroyés à l’administration Jovenel-Joute par les organismes financiers internationaux (FMI, Banque Mondiale), ne sont encore engagé pour la mise en disponibilité et la dotation du pays des matériels et équipements sanitaires. Aucune politique de baisse du chômage n’a été planifiée dans le secteur médical, vu l’urgence provoqué par le Covid-19. Avec la fermeture des points frontaliers avec la République Dominicaine, la rareté de beaucoup de produits et denrées agricoles se font sentir dans les marchés publics haïtiens.

 

Jusqu’à date, aucun plan stratégique de production agricole a été défini par le pouvoir actuel, en dépit des prévisions de famine menaçant le pays dans les mois à venir. N’ayant pas les mêmes moyens financiers, ne possédant pas les mêmes ressources humaines que les pays développés pour rebondir après cette crise, l’inaction des autorités en termes d’anticipation, n’est-elle pas représentative, significative d’une crise d’humanité profonde de nos dirigeants ?

 

 Déjà, la dénonciation du comité scientifique de la gestion du Covid-19, par la voix de Jean William Pape, de la lenteur du pouvoir dans le décaissement des fonds pour les travaux de terrain témoigne de l’atonie des dirigeants à protéger la population.

Pour ne pas conclure

La notion de crise, concept multidimensionnel et d’une sémantique plurielle de la science politique et de la sociologie politique, évoque des situations d’incertitudes, des phénomènes atypiques dans lesquels la compréhension du fait sous étude semble être consubstantielle au mode de gestion adressé au phénomène et de l’intérêt accordé à la quête de solution. Les faits en soi, ne font pas crise, si l’on ne les associe pas aux motivations, aux rangs, conditions et positions des acteurs qui doivent engager l’action de sortie de crise. Un autre article viendra étayer les facteurs motivationnels, de position et d’intérêts des dirigeants haïtiens dans ce type de gestion fait de la crise de Covid-19.



[1] - Concept élaboré par Marie-Jean Sauret, dans un article publié dans le quotidien L’Humanité sous le titre « Le capitalisme immoral, prédateur, criminel détisse le lien social » paru le 12 octobre 2018.

[2] - Colucci, Michel, dit Coluche, - Extrait du Sketch « le chômeur », 1970.

[3] - Ce concept de Jean Ziegler, un ensemble d’opérateurs au cœur du marché globalisé, : banquiers, hauts responsables de sociétés transnationales, agents du commerce mondial accumulant l’argent, qui détruisent l’Etat, la nature et les êtres humains. Les nouveaux maitres du monde et ceux qui leur résistent, Edition Point, Paris, 2015.

[4] - Lima, Thiago, Agricultural protectionism in developed countries as a State interest, press of Paraiba University, Janvier 2012.

[5] - Snyder, Jack, « Mythes d’empire et stratégie d’hégémonie », Cairn.info in Critique Internationale, no 26, page 59, 2015.

[6] - Wallerstein, Immanuel, Le capitalisme historique, Collection poche/sciences humaines, Edition la Découverte, 2011.

[7]-  Adam, Georges André, Une crise haïtienne, 1867-1869 :  Sylvain Salnave, Editions Henri Deschamps, p.56, 1982.

 

 
Darneley Gazemar, expert en finances internationales et en spécialisation en en lutte contre les crimes financiers a indiqué qu’il n’y a pas de lutte réelle contre la corruption en Haïti. Le Spécialiste financier intervenant à l’émission radiophonique hebdomadaire TOP HAITI en son édition du samedi 1er février 2020 a estimé que par rapport au type de corruption sauvage et institutionnelle en Haïti, il a fallu des actions concrètes.
 
 
Darneley Gazemar appelé à intervenir sur l’apport réel d’une institution comme l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a carrément proposé l’élection plutôt de la nomination du Directeur Général de cette institution.  De l’avis du Spécialiste évoluant dans la communauté haïtienne de Montréal, avec un Directeur nommé par la présidence l’ULCC ne parviendra nullement  à effectuer son boulot.
 
 
La corruption, selon Darneley Gazemar, détruit tout: moins de prospérité, moins de respect de droit, moins de service et moins d’emploi. Ce fléau de corruption crée même une déchéance morale et une perte des valeurs que vit notre planète. 
 
 
Suivant les analyses du Spécialiste, en Haïti seuls ceux  qui savent tirer profit de la corruption peuvent faire fortune à une vitesse exponentielle. « Grâce à la corruption, la politique, l’absence de justice, on peut être pauvre et devenir très riches du jour au lendemain car on peut tout en toute quiétude », soutient-t-il.
 
GL

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