Le roi est mort vive le roi! Ce slogan qui a eu cours en Europe, particulièrement à la Cour française, et a traduit non seulement le principe théologico-politique du "double corps du roi" célèbrement étudié par Kantorovitch, en ce que le roi détient à la fois un corps physique (charnel) et un corps mystique qui assure la pérennité de la royauté (liée au sang ou à l'héritage biologico-mystique du lien de sang et de l'origine divine) par-delà la mort,  renferme un autre sens supplémentaire.

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       Par Jean-Michel CHARLES

Un peu partout dans le monde, malgré les progrès des sciences humaines et sociales, les crises sociopolitiques, économiques et sociales se sont succédées et ont laissé un  monde en pleine réflexion. On cherche à comprendre le sens du développement durable dans un contexte mondial où l’homme n’a pas beaucoup progressé sur le plan ‘’HUMAIN’’. Nous sommes arrivés  à un moment de grandes interrogations sur l’avenir du monde au cœur des crises à n’en plus finir. Ziegler en 2011 voyait déjà  dans le comportement des dirigeants du monde, une marche vers la destruction massive et la faim selon lui, serait l’arme redoutable qui fait que chaque  cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Or l’agriculture mondiale écrit Ziegler(2011) pourrait  nourrir près du double de la population mondiale.  

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Dans un texte titré “Partez tous“ et publié ce lundi 10 juin 2019, l’ancien Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique sous la transition Boniface-Latortue et Juriste, Me Bernard Gousse a blâmé le comportement de ceux placés à la tête de l’exécutif et du Législatif.

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« RASIN Kan Pèp La dénonce le vote du 10 janvier 2019 à l’Organisation des Etats Américains (OEA) réalisé sous influence américaine et de plusieurs autres gouvernements soumis au nombre de dix neuf (19) condamnant les élections du 20 mai 2018 à partir du mensonge et de la désinformation », lit-t-on en substance dans le communiqué rendu public par le directoire de ce parti.

Le Porte-parole de RASIN KAN PEP LA, Camille Charlmers dit avoir été à Caracas le jour des élections du 20 mai 2018 dans le but d’accompagner le peuple vénézuélien. « Nous avions constaté que le peuple vénézuélien avait voté en dépit des menaces et intimidations de la droite réactionnaire tant nationale et internationale. D’autres partis politiques et organisations sociales de plusieurs régions du monde étaient également présents pour assister à ces joutes », souligne ce parti de sensibilité socialiste.

RASIN KAN PEP LA, dans sa note de position, indique que des experts indépendants de l’impérialisme ont déclaré que le système électoral du Venezuela est l’un des plus crédibles et  transparents dans le monde. 

« Les élections du 20 mai 2018 ont été réalisées dans un esprit démocratique où le gouvernement révolutionnaire de Nicolas Maduro avait garanti le droit, l’intégrité et la liberté de chacun des électeurs dans l’exercice de leurs droits de vote.Plus de 2000 observateurs internationaux avaient pris part à l'observation de ces élections », a affirmé le parti dans sa note.

Par ailleurs, RASIN KAN PEP LA a également rejeté ce qu’il appelle  la tractation et la déclaration de guerre des pays faisant parti du « Groupe de Lima » contre la révolution Bolivarienne de Venezuela. Le parti a rappelé que le 4 janvier 2019, 13 pays du continent américain se sont réunis dans le but de menacer le peuple vénézuélien qui avait choisi le chemin des urnes le 20 mai 2018 et élu avec plus de 67 % des voix le Président Nicolas Maduro.

Des voix dans la population haïtienne ne cessent de s’élever depuis le vote par Haiti déclarant illégitime les élections amenant le président Nicolas Maduro du Venezuela à la tête du Venezuela pour un  un deuxième mandat.

 

Godson Lubrun

 
 
Le leader du mouvement "troisième voix", Reginald Boulos, réclame la démission du président Jovenel Moise et la mise en place d’un gouvernement de salut public doté de pouvoirs exceptionnels. Dans une lettre ouverte envoyée au chef de l’Etat en date du 4 juin 2019, l’homme d’affaires dit redouter un chaos qui semble de plus en plus imminent.
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On a vu un président souriant lors des deux premiers jours de l’année aux Gonaïves et à Port au Prince entouré de sympathisants venus supporter le chef de l'Etat dans sa quête de popularité et à la recherche de légitimité pour réaliser le dialogue tant prôné. 

Un dialogue qui sera d'une importance historique et patriotique, car de l'autre coté de la frontière, les dominicains prennent très au sérieux la menace de la migration haïtienne qui reste un réel caste tête pour l'économie dominicaine. La RD déverse plus de 60% de ses produits en Haïti, c'est peut être l'une des nations qui garde la plus grande rancœur contre notre pays.

Cependant, cette nation n'est pas la plus courtoise envers nos frères pauvres à la recherche d'opportunités. L'arrêt 168-13 pris par le gouvernement de Danilo Medina est venu confirmer cette haine plus de 80 ans après le massacre de lRaphael Trujillo Leonidas Molina en Octobre 1937.

Aujourd'hui, la République dominicaine est un membre du Conseil de Sécurité de l'ONU et pendant tout le mois de janvier, elle assurera la présidence de ce Conseil avec possibilité d'influencer les décisions de cet organisme international. ce grand coup diplomatique des dominicains sera pas sans conséquence.

Il est important de définir les règles du jeu à l'approche des élections. Il faut s'il le faut reporter ces joutes électorales et de trouver un modus operandi sur la gestion de l'Etat. Les Etats Généraux peuvent être considérés comme un échec dans la tentative de dialoguer, cependant, les échanges ont été de niveau et ont permis de voir que la majorité des haïtiens veulent un changement dans le mode de fonctionnement de l'Etat. Trop de parlementaires pour une petite nation. Les gens ont montré une préférence pour un vice-président au lieu d'un premier ministre.

Ils soulignent à l'encre fort leur rejet d'un commissaire de gouvernement et désapprouve la mise à l’écart systématique du pouvoir judiciaire dans les prises de décisions. C'est terrifiant de voir la façon dont la justice fonctionne dans ce pays  après 215 ans d’indépendance.

Les préoccupations d'avant l’indépendance restent presque les mêmes. L'école fonctionne dans un grand mensonge intellectuel; pas de soins de santé pour la majorité; pas de pouvoir économique réel; la corruption seule clé pour atteindre le sommet; notre système social et de sécurité publique  s'est effondré. Bref, Haïti est au bord du gouffre.

l'Effort citoyen est plus qu'une nécessité pour garder vivant cette nation. C'est bien le moment de dialoguer et trouver un consensus pour sortir le pays de ce marasme économique et financier. C'est le moment d’arrêter le petit jeu du chat et de la souris; de Bouki et de Malice. Nous risquons un jour de voir en jouant à la malice nous étions tous des "Bouki".

Les menaces semblent etre partout, mais la première vient surtout de notre manque de vision, de maturité politique et notre piètre organisation de la chose. Il nous faut aussi simplement copier l'exemple du Rwanda avec le courage de se dire la vérité en face et d'avancer main dans la main malgré tout.

 

Et/HPN

 

 

Le journalisme s'enorgueillit de la place du quatrième pouvoir au nom de sa vocation à la communication, entendue ici comme pratique d'information ou de formation des citoyens au nom du principe de la transparence, elle -même,  se posant contre le principe d'exception de la raison d'état par quoi l'Etat se crée un espace de secret.  en faisant fi de l'importante question du secret d'état en démocratie où le peuple souverain est en droit de savoir les lieux des prises de décision, et leur raison d'être qui ne saurait être la simple raison de l'état  généralement, en dernière instance, se révèlant la raison d'un groupe. Au nom de ce principe de transparence, qu'il ne faut pas confondre à celui de la vérité, le journalisme devient méthode et pédagogie de traquage de toutes formes de dissimulation ou simulation qui sont des stratégies du pouvoir de se donner en mise en scène où le vrai et le faux s'entremêlent en vue d'instituer un ordre de confusion, une dynamique de la visibilisation invisible. Toutefois, ce droit implicitement reconnu au journalisme et ratifié par des lois nationales ou internationales, devient parfois, c'est cette situation qui est la nôtre en Haïti un privilège gratuit-, vu le mode de silence complice que le journalisme haïtien, dans sa tendance majoritaire, ponctue la place qu'il est appelé à jouer.

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Les docteurs Lucie Carmel Paul-Austin et Luné Roc Pierre-Louis ont débattu, le samedi 18 mai 2019,  à l’émission hebdomadaire TOP HAITI diffusée tous les samedis matins 8h-10h sur les ondes de la Radio D’S FM 104.7 (sur Tunein Radio D’S et sur impartialnews.info), autour du thème "drapeau, université et  civisme en Haïti".
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C'est un fait historique, du moins d'histoire politique, que le pouvoir se lie à l'abondance et à la rutilance. Le pouvoir et l'enrichissement s'accoudent pour le maintien de la domination ou de l'exploitation et de la jouissance. Ce rapport du pouvoir à l'abondance explique du même coup que le pouvoir et la propriété, - ne serait-il pas plus pertinent de parler d'appropriation pour souligner l'aspect non évident de la propriété - sont inextricablement liés.Le pouvoir et la noblesse, de sang ou de rang, se conjuguent pour se justifier par l'invention de la hiérarchie, qui est à juste titre pouvoir du commencement et qui justifie le commandement. Cela va d'un rythme qui montre que celui qui est au commencement, plus près de Dieu ou des dieux, est celui qui doit commander. S'il est vrai que la démocratie fonde le pouvoir autrement, force est de constater que, en réalité, elle n'a rien changé à ce principe. Le souverain, pensé sur la figure de Dieu, celui qui se trouve au commencement absolu, fonde le pouvoir qui reste toujours rutilant et criard. Le pouvoir se fonde sur la noblesse de la souveraineté qui est la manifestation d'une origine abyssale et divine, condition de la propriété. Un quelque chose de l'être du pouvoir l'associe à l'avoir, de l'économie et de la politique.

Le pouvoir politique haïtien n'est pas différent de tout pouvoir. Prenant racine dans le racisme colonial, sa justification prend l'allure d'une anthropologie de la « race » et d'une politique de la jouissance dont le pendant est le devenir animal de tous ceux qui ne sont pas dans le giron du pouvoir (politique et économique). La question Petrocaribe traduit la grossièreté de cette politique qui, se nourrit de sa mémoire raciste et coloniale, produit un dispositif d'endettement pour ceux-là même qui ne sont pas encore nésSi on se réfère à la théologie chrétienne de la dette, on peut comprendre sans difficulté ce qui se joue dans cette politique de la corruption et de l'endettement, de la corruption de l'endettement. Au regard des présupposés de cette théologie dont il n'est pas urgent d'exposer les grandes lignes ici, on est pris dans un début de la dette qui occasionnera la responsabilité des citoyens à venir alors qu'on n'aurait rien mis en place pour qu'ils soient en mesure de s'acquitter de cette dette, laquelle est par définition, la conséquence d'un ordre de faute perpétré dans l'ordre du monde. Quel salut, par la politique bien évidemment, pour ceux qui viendront, ceux et celles qui sont à naître ? Telle est la question à laquelle conduit l'affaire Petrocaribe, qui met à jour le caractère irresponsable, impitoyable des autorités administratives et politiques de l'État haïtien.Deux grandes structures anthropologiques et sociohistoriques encadrent l'affaire Petrocaribe.

La première structure concerne le dispositif discursif qui présente l'ordre social à partir de la dynamique dichotomique de ceux et celles qui ont le droit de vivre et de donner la mort et de ceux et celles qui sont livré-e-s aux exactions les plus horribles du fait qu'une certaine anthropologie les avait rangés du côté du non-être, de la mort. La seconde, une structure de distribution, une politique qui s'arrime à un procès d'animalisation. Elle met en œuvre une politique du vivre de peu nécessaire et de la jouissance honteuse. Ces deux structures se complètent dans ce que nous nommons la politique de la survie, entendue comme politique de laisser mourir à petit feu tout en retardant la perspective imminente de la mort du fait que la mort programmée de l'altérité bestialisée est aussi jouissance, sentiment de suffisance vécu depuis le pouvoir politique et/ou économique, véritable lieu de l'institution de la survie et l'expérience de la jouissance. La Politique de la survie dont l'affaire Petrocaribe est la manifestation la plus choquante au début du 21e siècle haïtien articule les pratiques du donner la mort, du laisser mourir à petit feu et les pratiques de jouissance dégoûtante, de consomption sans vergogne. Voilà ce que nous souhaitons rendre explicite aux lecteurs dans les lignes qui suivent.

Pour la clarté du propos, nous poserons que la structure représente le cadre cohérent, c'est-à-dire la relation rigoureuse entre les différents éléments dont le lien est très serré. La structure ne se pose pas.  Elle se compose au gré des pratiques sociales dont le fondement  principal est de se formaliser autour d'un ensemble de règles qui favorisent la répétition dans la différence, la structuration, et la durée. Nous avons parlé de structures sociales formalisant les pratiques politiques haïtiennes. Il s'agit de faire d'une pierre deux coups. D'une part, suivre le mode de structuration de ces pratiques. D'autre part, mettre à jour les structures sociales qui se sont dessinées à force d'expériences ou de pratiques.

Cette perspective méthodologique explicitée, il importe de procéder à un détour historique, non pas pour instituer une forme d'historicisme au cœur de l'historiographie haïtienne, mais pour suivre la genèse de la structure sociale qui est aussi une manière de penser la relation de la structure et de la genèse, et vice versa. L'histoire haïtienne, dans son moment colonial, comporte quelques éléments à prendre en compte pour comprendre l'anthropologie qui est au principe du pouvoir politique.

La société coloniale, en effet, s'est instituée sur plusieurs considérations anthropologiques, économiques et politiques lesquelles sont devenues des formes structurelles des pratiques historiques, politiques, sociales, culturelles et identitaires de la société haïtienne.

1) Du point de vue anthropologique, la société coloniale est fondée sur la hiérarchisation des races construite sur la vision dichotomique européenne du monde. Vis-à-vis de l'homme blanc et de la femme blanche, canon de la beauté et de l'intelligence, se trouve l'africain-e dont l'humanité est douteuse, donc incertaine. Parler de l'humanité incertaine, c'est parler de l'animalité probable. La société coloniale développe donc une dynamique anthropologique, mais aussi politique, duale définie par l'humanité putative de la blanchitude et de l'animalité imposée de l'africain-e.

2) Cette anthropologie a été inventée pour servir le système économique d'exploitation des altérités minorées, altérées, devenant la matière d'une large entreprise européenne d'exploitation et de jouissance des autres peuples.

3) Du point de vue de l'économie générale de la société, cette anthropologie soutient une économie politique de l'accumulation et de la jouissance, de l'appauvrissement et de la bestialisation. L'imaginaire lointain du scandale Petrocaribe, défini par la subtilisation éhontée et spectaculaire, dit-on, de plus de trois milliards de dollars réside dans cette économie politique de la dégradation et de l'anéantissement, bref de ce que le sociologue Alain Gilles appelle la raison rentière.

La structure qui se dégage de ces pratiques ou les pratiques auxquelles donne lieu cette structure dichotomique conduit à un dispositif qui partage le social entre ceux qui sont au pouvoir et se parent des valences européennes coloniales : beauté, droit de vivre, enrichissement, bref jouissance que nous entendons comme mode de consommation de l'altérité douteuse à laquelle on dénie tout droit à la vie décente.

Malheureusement, la science anthropologique haïtienne, assez pauvre dans l'élaboration de ses objets, ne s'est pas intéressée à un objet qui se révèle ici utile. Une anthropologie historique de la cuisine haïtienne ou une sociologie politique de l'alimentation aurait permis de mettre en relief le partage de la société entre ceux qui mangent des ratios alimentaires suffisants, qui reçoivent les valeurs nutritionnelles suffisantes à l'entretien du corps et ceux qui mangent en vue de la simple reproduction de la force de travail. À coup sûr, cette anthropologie aurait révélé plusieurs choses. D'une part, du point de vue de l'alimentation, la société serait répartie en ceux qui mangent et ceux qui ne mangent pas.  D'autre part, entre ceux qui mangent copieusement jusqu'au gaspillage et ceux qui s'alimentent maigrement sans être rassasiés. Enfin, on aurait constaté que le manque d'alimentation d'une frange de la société haïtienne n'est pas dû à l'institutionnalisation d'une politique du ventre, telle que la décrit le sociologue Eddy Saint Paul, dans le sillage de Jean-François Bayard. Ce manque est la mise en œuvre d'une politique du vivre de peu. Depuis le pouvoir politique ou économique - le politique et l'économique se confondent aujourd'hui de plus en plus de telle sorte qu'il est difficile de les séparer dans la pratique-, il est posé que l'Haïtien-ne peut se contenter et vivre de peu. Cette politique d'abord alimentaire, qui se répand à toutes les sphères de prestation de l'État, se fonde sur la subsistance, qui prend la forme du dispositif de laisser mourir à petit feu ou de débrouillardise quotidienne. C'est comme si on posait le principe que la modalité du pouvoir est celui de l'abondance, de la jouissance et celle de la société du manque et du désir, de la faim.

L'enrichissement et l'affamé-ment constituent du point de vue de la sociologie de la politique et économique deux modalités de gestion du bien commun, évidemment, qui trouvent leur ultime justification dans une vision coloniale du monde marquée par l'homme-la femme et l'animal, l'être et le non-être, la civilisation et la sauvagerie ou la barbarie. Cette dualité n'est pas celle de Gérard Barthélémy qui s'installe dans la matérialité des composantes anthropologiques de la société haïtienne, mais est le contenu d'un ordre de discours qui offre deux registres de compréhension de la dynamique sociale haïtienne. Un ordre de discours donnant lieu à la dualité structure les pratiques sociales, politiques, économiques et culturelles et sert de cadre de légitimation ou de justification à ces pratiques.

Le cadre théorique de compréhension de l'affaire Petrocaribe appelle une conceptualisation de l'anthropologie politique haïtienne de la justice (de la redistribution) et une politique économique de l'enrichissement. L'appropriation généralisée, dit-on, de plus trois milliards de dollars par un petit groupe ne peut trouver son explication que dans le dispositif qui pose qu'il n'y a aucune indécence à laisser croupir dans la crasse la plus dégoûtante et humiliante les masses déjà appauvries. Elle se justifie aussi du fait que depuis le pouvoir, on se persuade que l'Haïtien peut vivre du peu suffisant et s'accommoder de la crasse. Cette suffisance pourtant reste un mode d'objection du pouvoir qui ne se préoccupe pas des conditions de vie, mais du simple fait de vivre, au sens de la vie nue de Hannah Arendt, c'est à dire la vie dans son unique dimension biologique.

Toutefois, proposer un cadre d'explication à cette affaire n'est pas la justifier. Entreprendre une compréhension de Petrocaribe permet de mettre à jour la constitution anthropologico-historique qui nourrit les pratiques politiques et économiques de concussions, de spoliations, de malversations, etc. Cela est aussi l'occasion de poser la question de la responsabilité au sein de la politique haïtienne. Ce dernier aspect conduit à la problématique de la génération et de la dette. L'affaire Petrocaribe met à jour le mépris outrancier d'un petit groupe d'hommes et de femmes politiques pour le grand nombre des Haïtien-ne-s présents et futurs. Si l'on peut interpréter cette affaire comme une course d'un groupe d'hommes et de femmes à s'accaparer le bien collectif au détriment du grand nombre, - d'où le caractère effréné de cette course -  il est difficile de comprendre au nom de quelle raison on endette ceux-celles-là qui ne sont même pas encore conçu-e-s et né-e-s ? Quel est le sens de ce choix politique? Il faut penser la politique au regard de la natalité pour saisir l'enjeu fondamental de cette question.

La natalité, partant de la pensée politique de Hannah Arendt, constitue un phénomène incontournable de l'expérience politique. Elle fait advenir à la fois le nouveau, l'étranger au cœur de l'ancienneté de la communauté instituée. Elle est aussi condition du renouvellement de la communauté et de sa fragilisation dans l'effacement éventuel de la politique qui se refuserait à prendre en charge les nouveau-nés. Penser la natalité, dit autrement, penser les nouveaux nés ne constitue pas un acte de faveur prodigué à ces nouveau-nés. C'est une idiotie de croire qu'il s'agit d'un geste de faveur de mettre en place des institutions pour accueillir et bien intégrer les nouveaux-venus. Il y va de l'institution même de la communauté d'apprendre les gestes partagés, les sens communs de la nation à ces derniers. La politique de la natalité, qui ne consiste pas à penser le nombre d'enfants à naître, du fait qu'il y aurait des difficultés économiques ou territoriales à voir naître un nombre considérable d'enfants, est la prise en charge des générations à venir au moyen d'un véritable dispositif d'intégration du fait que la communauté appelle l'institution d'une communauté de sens, et cela, malgré la pluralité des performances créatrices qui mettent en œuvre ce sens. La politique de la natalité est une politique de la transmission et de l'héritage. Comme telle, du fait qu'elle prend parti en faveur de la durée de la communauté, des valeurs ou des normes qui assurent la vie commune acceptable, elle se veut une attention hautement responsable à la mise en place des conditions de réalisation de soi, de l'épanouissement de soi par-delà les aléas qui ne devraient pas exister pour l'État.

Au regard de la communauté, la politique de la natalité renferme un souci d'en finir aux aléas auxquels peut donner lieu la nouveauté, qui risque de faire trembler les institutions ou les faire effondrer. Un autre aspect de cette politique renvoie, du côté des citoyen-ne-s, à la nécessité de se disposer des conditions de se prendre en charge afin de mieux prendre la communauté en charge. Cet autre aspect renvoie au développement de la capacité, de la faculté de juger des nouveaux citoyens qui seront en mesure de répondre aux problèmes nouveaux de la communauté.

Donc le projet d'institution qui travaille la politique conduit à la formation d'une communauté d'héritages ou d'héritiers et des modalités de réception de ces héritages, en dépit de la liberté reconnue aux citoyen-ne-s de créer du sens nouveau. On peut avancer que la politique, dans sa version noble et prestigieuse, se fait attentive à la communauté et à l'égalité des moyens d'épanouissement de chacun des citoyen-ne-s. De ce point de vue, elle se veut passion de l'avenir. Comment instituer pour rendre les citoyen-ne-s aptes à répondre aux nouvelles questions du monde?

Ce questionnement est celui d'une politique inspirée de l'éthique de la responsabilité. On a longtemps cru, à tort, que la politique n'a pas de morale sous prétexte que depuis Machiavel la politique aurait été détachée de la morale et obtenue son autonomie. Pourtant, une éthique habite la politique du fait de la nécessité de maintenir la communauté comme condition de la politique en dépit même de l'égoïsme de l'homme, qui ne saurait se manifester en dehors de la communauté. L'éthique fondamentale de la politique est d'instituer un ordre de communauté qui devient principe régulateur des actions publiques particulièrement.

L'affaire Petrocaribe est manifestement le contraire d'une véritable politique qui porte l'épanouissement comme son idéalité centrale. En léguant aux générations futures cette lourde dette, elle assure un avenir inquiétant aux citoyen-ne-s qui se trouveront pris dans la spirale d'endettement et d'appauvrissement. Puisque les citoyen-ne-s présent-e-s et futur-e-s sont condamné-e-s à voir leur vie détériorée au profit du remboursement d'une dette non contractée et qui n'a servi aucunement à l'amélioration des conditions de la vie collective. Elle prend la forme d'un vol généralisé dont le nom principal est la mise à mort de la société. Elle trouve son sens dans le mépris inouï d'un petit groupe pour le grand nombre. L'intentionnalité de cette politique s'articule à la structure historico-sociale de l'abêtissement de la masse populaire, restituée de façon révélatrice par la classe politique comme masse compacte, obscure et populaire, donc vile.

Si nous revenons aux considérations que nous avons tenues au début de l'article, on comprend que la dynamique génético-structurelle qui travaille la société haïtienne traduit une disposition à mettre à mort les citoyen-ne-s en postulant qu'ils-elles peuvent vivre du peu indépendamment des ratios nécessaires au maintien de la vie et à leur épanouissement. Nous appelons cette politique de la corruption politique de la survie en ce qu'elle installe les citoyen-ne-s dans la plus grande précarité, dans un style de vie nue exposée à toutes les vicissitudes de l'existence. Épuisés jusqu'à perdre le sens d'être, les citoyens éprouvent la faiblesse d'être, la fatigue d'être soi, comprise comme le fait de perdre les perspectives d'avenir obstruées par le pouvoir politique.

La politique de la survie détruit les moyens présents et les perspectives futures des citoyens les transformant en mendiants chroniques des miettes qui prennent corps dans les politiques d'assistance du nom de « petit projet de la présidence', «  woy woy », « ti manman cheri », « katye pa m poze », « kore etidyan ». Autant de pratiques politiques qui finissent par réduire le-la citoyen-ne à la vie animale: se nourrir, se reproduire, etc.

En se décidant à partager en bandes organisées les trois milliards empruntés au nom du peuple haïtien, les dirigeants politiques ont en même temps signé la forme d'abêtissement des citoyen-ne-s qui sont pris entre l'endettement et la faim chronique, la désespérance, le désarroi. Le fait de négliger l'exécution de grands chantiers qui auraient revitalisé l'économie nationale et assuré l'amélioration des conditions d'existence aux citoyen-ne-s, il est clair que le projet de politique économique des dirigeants prend la forme d'une politique de l'appauvrissement, de l'affamement et de l'humiliation.

Cette politique est une antipolitique. En créant les conditions de déstabiliser l'ordre de la communauté, en précarisant les conditions d'épanouissement des citoyens, elle détruit les conditions de reproduction de la perspective de réalisation de soi tout en vampirisant les vertus civiques, les énergies (les aspirations) citoyennes. La politique de la corruption est une politique de la corrosion.  Elle érode toutes les possibilités des citoyen-ne-s de sortir du marasme économique, du mal être existentiel, etc. Elle va à l'encontre des exigences d'une éthique de la responsabilité qui prend en compte les conséquences sur les générations à venir des décisions politiques présentes.

L'éthique de la responsabilité s'est élaborée par Hans Jonas afin de penser la situation éthique des politiques contemporaines au regard des inventions technologiques et de leurs impacts sur la nature et les générations futures. Jonas semble, par cette perspective ouverte sur l'avenir et les générations à venir, déplacer la temporalité de la politique, du moins condenser temporalité présente et temporalité future en élargissant la communauté humaine par-delà le présent vers le futur. La responsabilité devient dès lors le fait de pouvoir répondre de ceux et celles qui adviennent. Elle élargit la sphère de la communauté politique qui prend en compte le possible de l'avenir.

Ce concept de responsabilité appelle une communauté élargie par-delà la présence.  Pourtant son intérêt principal se traduit dans la communauté de sens-ibilité par-delà la présence. Cette éthique de la responsabilité appelle une politique de la postérité. La politique de la corruption qui se dégage de l'affaire Petrocaribe est à l'antipode de cette politique de la natalité et de la postérité. Là où les générations sont prises en charge dans une communauté de sens, et dans l'espérance de la continuation du travail d'émancipation de l'humain des déterminations de la nature et des formes de domination, la politique de la corruption rature les perspectives en même temps qu'elle crée les conditions de raturer les conditions de la vie digne. En léguant des dettes liées à l'appauvrissement des générations futures, elle programme la disparition éventuelle de la société politique dans des pratiques animales de violence et de souffrance.

Le futur comme l'une des dimensions du temps, pris dans son aspect phénoménologique, est un aspect de la santé affective, psychologique et existentielle de l'homme-la femme. Il prend la forme de l'espérance dans l'action collective et permet aux citoyens de succomber au poids du présent généralement trop encombré de soucis ou de préoccupations. Un autre aspect peut être ajouté à la politique de la postérité est qu'elle allège les citoyen-ne-s du souci présent vers une éthique de l'espérance qui favorise la rencontre des générations présentes et futures au nom de la commune humanité à préserver des tentatives réifiantes des pratiques calculatrices, mesquines des politiques du mépris, de l'altérisation fondée sur l'imaginaire colonial dont l'héritage essentiel est le racisme, la biologisation des relations sociales et des pratiques sociales d'où sa force créatrice de vie abêtie et bestialisée.

Hegel reprenant la lutte entre le maître et l'esclave, donc partant de l'expérience fondatrice de la société haïtienne, montre comment la lutte se révèle indispensable à l'institution d'une communauté de reconnaissance. En réalité, le grand mérite de la lutte entre le maître et l'esclave, entre le dominant et le dominé, n'est pas le triomphe de l'un ou l'autre, qui risque de reconduire les mêmes méfaits de la domination, de la réification. La force éthique de la lutte est qu'elle institue un ordre de vulnérabilité réciproque qui, selon nous, est la seule condition d'une communauté des égaux, devant la vie et devant la mort.  Elle rappelle à chacun-e la force mortelle que porte chacun-e. Faudrait-il une telle lutte pour instituer une communauté des égaux en Haïti ?

 

 

Edelyn DORISMOND, Docteur en Philosophie, Professeur à l'Universite d'État d'Haïti, LADIREP, Collège International de Philosophie Paris.

 

Jean Waddimir GUSTINVIL, Docteur en Philosophie , Professeur à l'Université d'Etat d'Haïti, LADIREP.

 

Lukinson JEAN, Docteur en sociologie, Professeur à l'Universite d'État d'Haïti, LADIREP

 

Jerry MICHEL, Doctorant en sociologie, Professeur à l'Universite d'État d'Haïti, LADIREP, UMR 7218 LAVUE CNRS

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