Haïti-Elections : Comment organiser des élections libres en respectant les droits des citoyens ?

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Pour renouveler le personnel politique  en Haïti, le gouvernement Moïse-Jouthe a mis le cap sur les élections pour l'année 2021. Les réticences de certains secteurs de l'opposition n'empêchent pas les autorités d'avancer dans cette perspective avec la mise en place de la machine électorale. Le ministre chargé des questions électorales Mathias Pierre a déjà eu plusieurs rencontres avec les partis politiques désireux de participer à ces élections. Des séances de réflexion ont été organisées avec ces partis et la grande interrogation reste la révision des registres électoraux. Comment donc organiser les élections libres tout en respectant les droits des citoyens dans les régions les plus reculées du pays  qui n’ont pas accès aux documents d’Etat civil?


 

L'un des plus grands irritants de cette interrogation reste la question de l’acte naissance. Si le ministre Chargé de la citoyenneté Guy François Junior a souligné que plus de 3 millions de personnes n'ont pas d'actes de naissance, les statistiques donnent que les concernées vivent en grande majorité dans les régions reculées du pays. Des endroits où les officiers d'Etat civil ne sont pas présents. Quand ils y sont, l'enregistrement des citoyens se fait avec désinvolture et grande légèreté. Et ce n'est pas sans raison que le sociologue et homme politique Hubert Deronceray disait qu'Haïti est un pays sans chiffre.

 

L'haïtien est généralement méfiant, particulièrement les paysans de nos campagnes. Ils ne donnent pas toujours les chiffres exacts sur la famille ne sachant pas les vrais mobiles de ceux-là qui viennent recueillir les informations. Après la destruction des cochons créoles, cette méfiance est devenue plus grande. Donc les statistiques qui sortent des recensements sont généralement faussées. seules les statistiques fiables peuvent permettre de faire de bonne planification; quand elles sont biaisées au départ, les programmes ne peuvent donner les résultats attendus. Donc comment planifier de bonnes élections dans le pays avec ces obstacles majeurs. Même si les Nations Unies demandent la mise à jour des chiffres par un recensement tous les dix ans, la réalité reste toujours la même : Haïti reste un pays sans données fiables.

 

C’est avec cet héritage culturel que le gouvernement va lancer ce processus électoral pour renouveler le personnel politique du pays. Et Paradoxalement, la carte « Dermalog », décrié par plusieurs secteurs du pays, est peut être l’outil qui apporte la meilleure réponse technique aux problèmes suscités. Avec le relèvement des empreintes digitales et de l’Iris, il sera quasiment impossible de retrouver deux personnes ou deux électeurs avec la même identité. L’appréhension des nations unies reste encore la question d’accès des paysans de la campagne à ce document.

 

Le Conseil électoral Provisoire chargé d’organiser les élections et  certains ministres du gouvernement chargés de l’accompagner doivent rapidement répondre à cette appréhension des experts de l’ONU sur le terrain pour accompagner le processus. Ces Experts ne voudront certainement pas s’engager dans une telle aventure si les registres électoraux ne font pas cas de ces électeurs de la Campagne qui sont en grand nombre et qui doivent jouir de leur droit civil lors de ces élections.

 

Leurs voix restent une arme importante pour valider les joutes électorales et ce n’est pas sans raison qu’on assiste souvent dans les campagnes à un processus teinté de violence accrue pour écarter certains candidats et s’imposer à cet électorat. La violence prend souvent différentes formes. Elle est verbale, physique, psychologique et surtout financière. La grande appréhension principale pour le CEP et le gouvernement reste les documents à fournir à ces citoyens qui ont droit de vote.

 

Par ailleurs, une autre interrogation est soulevée sur la mise à jour des registres électoraux : les catastrophes naturelles. Après le tremblement de terre de 2010, malgré les chiffres avancés par le gouvernement d’alors, personne ne sait vraiment combien de gens ont été tués et sans l’actes de décès, il est difficile pour le CEP de faire la mise à jour des registres. Sans oublier les dégâts provoqués par l’Ouragan « Matthew » en 2016.

 

Des centaines de personnes tuées, des dizaines de maisons détruites et documents emportés. Ce sont autant de questions qui sont soulevées avant la mise ne marche de la machine électorale. Le gouvernement dit vouloir apporter dans le meilleur délai les réponses a indiqué Mathias Pierre, ministre chargé des questions électorales. Il avance que des techniciens de son bureau et celui de la citoyenneté dirigé par le ministre Guy François Junior travaillent d’arrache-pied pour apporter les  solutions avant le lancement de la campagne électorale. Des rencontres ont eu lieu avec les partis politiques dans ce sens pour sensibiliser les éventuels électeurs notamment les plus jeunes dans les différentes régions du pays.

 

Pour Mathias Pierre, le respect des droits des électeurs reste fondamental pour la tenue de bonnes élections. « Elles seront libres, inclusives, participatives, transparentes et démocratiques », a lancé l’ancien candidat à la Présidentielle de 2015.  Pour l’ancien allié de Moïse Jean Charles de « Pitit Desalin », les élections sont les seuls moyens de permettre aux citoyens de choisir leur destin dans le respect de ses droits.

 

Pour le moment, on ne sent pas la fièvre électorale au niveau des partis politiques qui veulent aller aux élections à quelques mois de la tenue du Référendum le 27 Juin prochain et l’organisation des élections en Septembre de cette année. Entre mise à jour des registres électoraux et la mobilisation des électeurs, le chemin à parcourir sera long et très long sans oublier la signature d’un éventuel accord entre les protagonistes.

 

Eddy TROFORT

HPN

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