Haïti-société : 2022 mal parti! 

Politique
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Samedi 1er janvier 2022. Aux Gonaïves, un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents s’en prend à la délégation gouvernementale conduite par le Premier Ministre, Ariel Henry, déclaré persona non grata dans la Cité de l’Indépendance, à cause de son déficit de légitimité à la tête de l’Exécutif. Au premier jour de l’an, un mort et plusieurs blessés ont grossi les rangs des milliers de cadavres et d’atrophiés de l’année précédente. Dimanche 2 janvier 2022. Au bas de Delmas, la bande armée menée par l’ancien policier reconverti en caïd, Jimmy Chérisier alias Barbecue, se mesure à un autre gang de la Ruelle Mayas. Bilan : une dizaine de morts par balles et plusieurs blessés. Lundi 3 janvier 2022. A l’Arcahaie, un conflit terrien se solde par la mort d’au moins sept personnes, une dizaine d’autres grièvement blessées. Mardi 4 janvier 2022. Dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux une vieille question ressurgit, occasionnant ainsi un nouveau ‘’conflit politique’’ dont l’issue ne peut être que malheureuse : le mandat du tiers restant du Sénat pendra-t-il fin ou pas le deuxième lundi de janvier 2022 ?


Le bilan piètrement succinct des quatre (4) premiers jours des trois cent soixante-cinq (365) de l’année 2022 n’augure rien de bon. Et si c’est vraiment « les douze premiers jours de janvier qui indiquent le temps qu’il fera les douze mois de l’année », l’on peut vite conclure que : « Nous sommes presque foutus ! » A l’évidence, le pays est mal parti. Même ceux qui trouvent encore, Dieu seul sait quel plaisir dans l’application de la politique de l’autruche, arrivent à voir clairement aujourd’hui, malgré eux, qu’Haïti ne va pas simplement mal ; Haïti va atrocement mal. Faute de mots plus descriptifs pour traduire une réalité qui dépasse largement la fiction, dire qu’Haïti a touché le fond relève d’un langage à peine euphémisé. Faut-il accuser la fatalité ? Rien ne serait plus bête qu’une telle attitude. Nous sommes méchants, conflictuels, fratricides, antidémocratiques, anarchistes…, par ignorance, certainement, par choix, très probablement.

 

Pourtant, ce 1er janvier 2022 de l’au-delà étant, nos ancêtres s’attendaient a priori à nous voir réunis par centaines de milliers sur la Place d’Armes des Gonaïves pour donner ou redonner un « sens » et un « contenu » à la fête de l’Indépendance dont les traces s’effacent de nos mémoires de peuple année après année. Ce 2 janvier 2022, jour des Aïeux, il nous fallait a posteriori faire une remontée dans l’histoire, notre histoire, pour puiser les matériaux nécessaires à la (re)construction de notre République émiettée par les querelles de chapelle séculaires. Donc, deux dates historiques majeures, véritables lieux de rencontre nationale, profanées par l’égoïsme paroxysmique, l’individualisme négatif, l’effort dans le mal et l’ignorance pathologique. 

 

Ni trop tôt, ni trop tard 



Une chose est certaine : il n’y aura pas de miracle ! Si un quelconque miracle devait se produire, il serait d’ordre anthropique et non de nature divine. Cela est d’autant plus vrai que « Dieu ne veut pas tout faire pour ne pas priver l’homme de la portion de gloire qu’il lui permet d’acquérir », nous rappelle Le Prince de Nicolas Machiavel. Il nous reste trois cent-soixante (360) jours dans l’année 2022 pour commencer à être raisonnables, tenter de rectifier le tir… Mieux encore, nous avons encore de beaux jours devant nous pour réapprendre à parler humain et prouver que nous sommes encore porteurs d’Humanité. Avant que nos divergences politiques traduisant un profond mal moral ne nous pourrissent l’âme, identifions ce qui nous unit, l’Histoire, passée et présente, pour provoquer « l’émergence d’une nouvelle Haïti ». 



GeorGes E. Allen 

 

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