Haiti-Economie : Nouvelle dépréciation de la gourde, l'économiste William Savary critique et propose

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Plus de 70 gourdes pour 1 dollar sur le marché formel, en début de décembre 2020. La valeur de la monnaie nationale ne cesse de chuter malgré les injections régulières de la Banque Centrale sur le marché de change. Alors que d’autres économistes n’arrivent pas à cerner les paramètres de ces fluctuations, William Savary attribue la dépréciation récente de la gourde à un phénomène de thésaurisation du dollar sur le marché. Le mauvais usage des Bons BRH et la chute du tarif des produits exportés par Haïti sur le marché mondial sont également à l’origine de cet état de fait, estime-t-il.
 
La BRH, depuis quarante ans, procède aux mêmes mesures, affirme le responsable d’Haïti Stock Exchange. Selon lui, l’augmentation du taux d’intérêt des Bons, l’accroissement du taux de réserves obligatoires des banques commerciales et même l’imposition d’établir les prix des produits en monnaie nationale pour diminuer la forte demande de dollar, ne constituent pas  une solution à long terme. 
 
L’injection de plusieurs millions de dollars sur le marché est une solution éphémère
 
L’économiste William Savary est convaincu que les injections de dollar sur le marché ne vont pas maintenir la stabilité du taux de change. Si les autorités concernées veulent apporter une solution durable à ce problème, il va falloir que le Gouvernement déclare «l’état d’urgence financier » et établisse une fourchette ajustable pour gérer la volatilité du taux de change, propose M Savary. Ainsi des réflexions seront produites afin d’établir un plan d’action à moyen et long terme.
 
Une révision de la politique monétaire est indispensable
 
Le Gouvernement haïtien doit également négocier des lignes avec la Réserve Fédérale qui est la Banque Centrale des États-Unis, poursuit l’économiste qui croit que le pays devrait redéployer les réserves de la nation surtout les fonds qui sont placés sur le marché américain dont les intérêts ne dépasse pas les 2% alors que le frais de gestion avoisine ce pourcentage. Il faut aussi réorganiser les actifs du pays en le considérant comme une grande entreprise nécessitant une restructuration de son capital. Collaborer avec la République Dominicaine, les Etats-Unis et le bloc commercial CARICOM est également une nécessité pour y parvenir. 
 
Parallèlement, l’analyste financier invite les autorités à cibler les produits qui avalent le dollar tel que le riz et le pétrole. Sachant que le pays est exclusivement consommateur des produits pétroliers, il faut augmenter la production du riz pour diminuer drastiquement les importations afin que le billet subisse beaucoup moins de pression.
 
Le problème du taux de change nécessite une intervention scientifique et non politique
 
Alors que certains politiciens dont Jean-Charles Moïse incombe la responsabilité du statu quo aux manœuvres déloyales des banques commerciales qui ne cessent de faire des spéculations, William Savary croit qu’il faut analyser la situation froidement et ne pas utiliser les faits pour inciter à la violence contre l’élite économique du pays. Selon lui, dès qu’on commence à indexer des gens du secteur privé des affaires, la notion de couleur de peau, des questions taboues et d’autres clivages peuvent resurgir pour ainsi aggraver la situation.
 
En l’absence d’une politique monétaire, la gourde va continuer à subir la pression du dollar. Des mouvements de protestation dans les rues peuvent devenir récurrents tout en fragilisant davantage le climat. Néanmoins, avec l’augmentation de la production nationale notamment celle du riz, la pression sur la gourde va diminuer, le pouvoir d’achat des citoyens du pays va être préservé et la classe moyenne va pouvoir économiser tout en améliorant son standard de vie.
 
 
Marvens Pierre

 

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