Haïti-Economie : Qui sont les vrais maîtres du système bancaire en Haïti ?

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C'est la question que se posent les citoyens depuis le miracle financier qui s'est produit et qui continue en début de semaine avec une chute spectaculaire du dollar face à la gourde passant de 125 à 98 gourdes pour un dollar ce weekend. Dans les ménages cette nouvelle est reçue avec scepticisme et stupéfaction ne sachant comment expliquer ce retournement de situation qui a pris tout le monde au dépourvu. Une situation qui aura montré que ce système est dirigé par  des mains de maitre mais avec une complicité de certains acteurs du public.

 

 

 

 Même si les économistes tardent à réagir, certains croient que l'injection des 150 millions de dollars annoncée par la banque centrale haïtienne a eu ses effets mais d'autres plus prudents pensent que la sanction prise par la BRH sous la pression gouvernementale contre les banques qui font de la spéculation empêchant une circulation du billet sur le marché des changes a été l'élément clé de cette chute du dollar dans le pays. D'ailleurs, au mérite de l'économiste  Eddy Labossière, l'un des rares a critiqué les banques qui pratiquent la spéculation, et qui croit que le taux normal aujourd'hui devait être de 60 gourdes pour un dollar.

 

Qu'est ce qui s'est passé exactement ?

Cela fait longtemps que la Banque Centrale injecte des billets verts dans le système financier haïtien et cela n’a jamais donné de résultat, pourquoi donc ce serait le cas aujourd’hui ? Donc la première thèse ne tient pas évidemment. Pour l’approche qui veut que la sanction contre les deux banques qui font de la spéculation du dollar, a porté ses fruits, elle est plausible. Toutefois, il faut rester prudent face à des institutions financières haïtiennes qui, avec toute une batterie d’avocats, ont accepté sans maugréer cette lourde sanction qui leur a été imposée ?  

 

Ce n’est pas un péché mortel si les sceptiques  croient  qu’une entente a été trouvée entre les différentes parties du système et la Unibank, qui est d’ailleurs la plus fortement sanctionnée avec 864 millions de gourdes de pénalités, a accepté cette mesure sachant que la chute du dollar face à la gourde valorisera automatiquement cette grande institution financière dont les actifs sont libellés en monnaie locale. Mais pas sans conséquence, car  elle pourrait avoir de grandes difficultés à la fin de l’exercice fiscale à verser des dividendes à ses actionnaires. Alors que Capital bank a reçu  seulement 3,4 millions de gourdes de pénalités.

 

Le pire dans cette situation,  c’est qu'un excédent de 100 millions de dollars est enregistré sur le marché du transfert avec la mesure de l’Administration Trump de supporter les ménages suite aux effets dévastateurs de la crise sanitaire. Il n’y a donc aucune raison de faire de la spéculation. On connait certes la réponse du Scorpion à l’âne : " Je ne peux m’empêcher de piquer". Les banques ont tellement l’habitude de la spéculation qu’elles ne peuvent s’empêcher de le faire malgré les risques de provoquer une explosion sociale dans le pays.

 

La méchante complicité entre la BRH et les chefs du système bancaire

Cette chute miraculeuse du dollar face à la gourde aura révélé une dure complicité entre la Banque centrale et les autres acteurs du système pour étrangler une population qui est déjà dans une situation d’extrême pauvreté, sans emploi, qui vit, pour la grande majorité, des transferts venus de l’étranger. Et c’est bizarre que des économistes très connus  du pays n’aient pas mis l’accent sur cet aspect terrifiant de notre système bancaire.

 

Le marché du transfert est pris systématiquement en otage par  les grands commerçants de la place qui font de l’importation des produits leur priorité au lieu d’investir dans la production agricole locale. Ces derniers ont toujours besoin de devises pour placer  leurs commandes. La meilleure façon de s’assurer que le dollar est disponible est d’empêcher sa circulation. Une décision qui a un effet pervers sur la vie de la population. Et la BRH le sait et n’a jamais rien fait pour le stopper préférant le saupoudrage avec l’injection de devises sur le marché au lieu  d’agir comme une véritable police des banques.

 

Jusqu’à ce que le gouvernement ait décidé de mettre une épée Damoclès sur la tête du gouverneur Jean Baden DUBOIS qui n’avait qu’un choix : la régularisation de la situation ou la révocation. La menace était réelle car le chef de l’Etat est dans une situation politique extrême, il lui fallait sortir sa tête de l’eau. Et ceci a été habilement fait, d’autant plus que dimanche, il a demandé au gouvernement et notamment à ses alliés indirectement de faire un geste en agissant sur les prix de la consommation. On verra si sa voix sera entendue.

 

Mais, ce crash remarquable du dollar a aussi montré la méchanceté des acteurs du système qui ont longtemps refusé d’octroyer des prêts à des entrepreneurs qui pourraient créer des centaines et même des milliers d’emplois dans ce pays dont 60%  de la population  est constituée de jeunes. Les banques pratiquent trop souvent de la discrimination en gardant les crédits pour les importateurs au lieu de faciliter la création d’entreprises locales notamment les PME qui constituent aujourd’hui une  source sure de création de richesse dans des pays comme la Chine, la France, l’Indonésie, le Brésil etc. Pourquoi faire venir des masques pour 18 millions de dollars de Chine alors que des PME en Haïti pouvaient facilement les produire ? Ces ateliers feraient appel à des centaines de jeunes filles et garçons qui vivent au jour le jour.

 

Aujourd'hui, nous connaissons les vrais maîtres du système bancaire haïtien. Une élite économique qui travaille au détriment de la stabilité sociale du pays et qui ne fait que creuser le fossé entre riches et pauvres. D'ailleurs, la pauvreté, l’expansion des gangs armés, le manque de moyens pour ramasser les ordures dans les ménages, sont des résultantes de cette méchanceté pratiquée dans ce système financier, ajoutée à la mauvaise gouvernance et la corruption déclarée dans le pays.

 

Au moins, la population a la garantie que le billet vert pourrait se stabiliser jusqu’au mois de décembre, le temps pour le gouvernement d’adopter des mesures stratégiques pour relancer l’économie comme par exemple la mise en place d’un nouveau système de crédit rapide pour les entrepreneurs moyens et en faveur de groupes d’étudiants finissant avec au passage la création d’un fond de garantie pour absorber les chocs et supporter les nouveaux investisseurs en cas de faillite.

 

L’exercice fiscal se termine le 30 septembre prochain, avec certainement la valorisation des actifs des banques puisque la gourde a pris de la valeur. Et si les banques profitaient de la pression gouvernementale pour gonfler leurs actifs pour reprendre la même pratique à l’ouverture de la nouvelle année fiscale ? Une question qui devrait préoccuper les autorités financières pour empêcher une nouvelle dégringolade provoquée.

 

 

ET/HPN

 

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