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Littérature: Edwidge Danticat a obtenu le Grand Prix de l'Association des Ecrivains de la Caraïbe

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Du 10 au 13 avril 2013, la Guadeloupe a accueilli la troisième édition du Congrès international des écrivains de la Caraïbe auquel cinquante auteurs d'?les caribéennes différentes avaient pris part à l'hôtel Fort Royal, situé à Deshaies.
Le samedi 13 avril, à l’issue d’un congrès animé, la romancière et essayiste Edwidge Danticat a obtenu le grand prix de l’Association des écrivains de la Caraïbe. Le jury était composé de Roger Toumson (président); Emilio Jorge Rodriguez (membre); Elisabeth Wilson (membre); Chiqui Vicioso (membre); Alexandre Alaric (membre); Ernest Pépin (membre); et Dominique Batraville (membre).

22 titres ont été soumis à l’appréciation du jury. Trois à quatre espaces linguistiques de la Caraïbe étaient représentés.

Lawrence Scott (Trinadad et Tobago) a reçu une mention spéciale pour son roman Light Falling on Bamboo, ainsi que Santiago Gamboa (Colombie) pour son roman Nécropolis 1209. Edwidge Danticat: Créer dangereusement, avec en sous-titre l’artiste immigrant à l’œuvre.

Il s’agit de douze textes interreliés par endroits et pour la plupart, enrichis par une réécriture d’appoint.

Douze voix narratives et critiques presque. Parole médiane entre essai et récit littéraire .Des textes critiques, voire quelquefois autobiographiques.

Le titre du livre est certes emprunté à Camus. L’ouvrage a des résonances politiques, historiques, sociales, contemporaines et/ou lointaines. Le monde de la mort de l’Egypte ancienne est évoqué avec force détails comme l’épopée homérique. La densité d’émotions de l’auteur, ses éruditions littéraires rendent son propos intense, humaniste et très engagé.

Plusieurs modes de récits semblent se chevaucher par moments et dans cette alternance de voix, les chapitres du livre gardent une certaine unité.

Pour comprendre la démarche de Danticat, il faudrait rappeler ses conditions d’exil. Elle est arrivée vers l’âge de douze ans aux Etats-Unis avec un bagage de scolarisation en français, accompagné par l’ambiance des contes, l’écho des audiences de son pays et les cris d’horreur de la dictature. Son œuvre romanesque est travaillée par la mémoire de sa portion d’île.

Je dois citer un autre auteur de la diaspora haïtienne pour tenter d’expliquer mon intérêt pour son dernier livre: il s’agit de Jean-Claude Charles, mort quelques années de cela, auteur lui aussi d’un livre poignant sur l’immigration des Haïtiens, intitulé De si jolies petites plages. Charles, dans un effort de théorisation de son travail d’écrivain, parlait « d’enracinerrance », autrement dit : l’immigrant peut conserver intactes ses racines identitaires malgré sa situation d’errance.

Dans son éloignement, dans son exil géographique, l’auteure entend garder ses racines haïtiennes et caribéennes. Elle est dans le combat et dans la dénonciation de l’injustice sociale et politique. Elle dresse différents portraits de gens broyés par l’arbitraire.

Nous citerons trois exemples: Numa et Drouin en 64, Jean Dominique en 2000, Alerte Bélance dans le contexte des difficiles transitions démocratiques que le pays a connues.

Créer
En matière de création littéraire, Danticat utilise sa langue d’immigrante greffée sur le créole de son enfance. Dans son anglais, les échos du créole sont omniprésents. Elle crée à distance l’atmosphère de ses allers et retours incessants au pays natal. Elle s’investit dans la sociologie politique de sa patrie déchirée .Ses élans inventifs et discursifs rappellent Roumain, Alexis et même Price Mars. Dans une fulgurance ténue, ce roman-essai est capable de réveiller les consciences endormies.

Dangereusement

De quel danger s’agirait-il ? De celui de saisir mal le réel haïtien, d’en rendre compte avec de fausses notes ou avec trop d’emphase. A des fins de grande consommation…

Depuis vint-cinq ans Haïti ne connaît pas de dictature automatiquement installée et tristement dévoratrice d’âmes comme sous les Duvalier. Mais le pays vit dans la terreur de la pauvreté, la terreur des violences urbaines et celle encore plus menaçante des catastrophes naturelles : cyclone, inondation, séisme…Et puis sont venues des épidémies: le choléra entre autres.


Comment cette femme -écrivain, professeure à l’université, moulée dans les sensibilités afro-américaines peut-elle traduire dans les essais et les fictions le tragique, le vécu à paradoxe(s) et étrangeté d’un pays bicentenaire menotté par le non-développement ?

L’artiste immigrant à l’œuvre
Depuis Mère-solitude d’Emile Ollivier, en passant par Hadriana dans tous mes rêves de René Depestre, le souffle narratif de nos écrivains se rapporte à l’expérience personnelle d’écriture et à l’exaltation collective d’un pays-épave, voguant encore malgré la violence des eaux.

Elle-même immigrante, Edwidge Danticat part à la recherche des exilés politiques, des rescapés de la terreur intérieure des dernières nuits de l’apprentissage démocratique. Elle parle aussi d’un célèbre transcaribéen, le peintre et graffitiste Jean-Michel Basquiat.

Dans ses propres racines historiques créoles ou bossales, Haïti a toujours eu ses liants caribéens remontant même au monde amérindien. Dans l’histoire révolutionnaire de Saint-Domingue, on se souviendra des échanges entre Dessalines, père fondateur de la future Haïti et Delgrès, héros de la Guadeloupe insurrectionnelle. Danticat a salué l’épopée du grand-prêtre insurgé dominguois, Boukman venu de la Jamaïque esclavagiste.

L’auteure du livre Créer dangereusement écrira à propos des dégâts causés à la Nouvelle-Orléans par le passage dévastateur du cyclone Katrina : « Il est difficile, pour ceux d’entre nous qui viennent de lieux comme Freetown ou Port-au-Prince, qui ont encore des parents vivant à Freetown ou à Port-au-Prince ,de ne pas se demander pourquoi le monde dit développé a un tel besoin de prendre ses distances (…)»

Nous saluons ce livre de Danticat qui pose de solides interrogations sur Haïti, sur l’immigration et la transcaribénité, et aussi sur la fonction de l’écrivain.

 

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