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Haïti-société-musique : Ces tubes qui tuent…

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"Fè wanna mache", surement pas le premier mais surtout pas le dernier de  cette série. Ce tube qui cartonne sur la bande FM incarne une forme de musique particulière très prisée et que nos jeunes affectionnent : le RABODAY. D’un rythme relativement entrainant, la chanson symbolise la négation des valeurs. Du dénigrement des femmes, au propos obscènes en passant par la violence verbale qui caractérise cette pièce, le dernier né de Mossanto, repris par le Dj TonyMix à tout pour déplaire.

 



Or justement, "Fè wanna mache" fait le contraire. Pourquoi ? La réponse à cette question réside dans la compréhension d’un phénomène de société qui définit malheureusement notre jeunesse désormais au bord du gouffre.

Une jeune écolière sourire aux lèvres, en pleine rue, les bras ouverts, les yeux fermés, tourne ses hanches… La  demoiselle se laisse emporter par le rythme musical à la mode: "Fè wana mache". A côté, dans un bus de transport en commun, un groupe de jeunes composés principalement d'écoliers entonnent en chœur la fameuse chanson sortie il y a peu. Un peu plus loin, un chauffeur de moto allume le récepteur de son véhicule et les speakers vomissent le « nouveau hit controversé » qui est devenue aussi le slogan de l’heure.


Une idée de Wanna
Pour ceux qui l’ignorent, le texte de cette chanson devenue très populaire, Wanna serait une fille qu'on doit absolument « baiser » pour avoir commis le crime d'être pauvre ou d'être dans le besoin. Wanna est quelqu’un à qui on a prêté main forte et qui doit payer en retour. Elle est une victime. Prototype des laissées pour compte. Une proie facile. La cible parfaite des insouciants en mal de sexe. "Wanna manje lajan Chango, fok Wanna peye chango" "Si l bwè Ragaman ou, fè l mache. Si l bwè Toro w, fè l mache, si l manje Pen a manba w fè l mache, si l bwè ji alaska w fè l mache", dénigre les deux chanteurs TonyMix et Mossanto. En clair, il faut coute que coute coucher avec Wanna si vous lui avez tendu la main." Fok ou mande l reglèman pou  lajan w lan’’.

D’un sexisme rare, le DJ le plus prisé et son complice Mossanto vocifère un ensemble d’obscénités teintées d’une indécence hors du commun. Vulgarités et trivialités se mêlent de la partie. "Fè Wanna mache", les oreilles chastes seront tombées des nues. Voici l'image de notre société, de notre jeunesse. Voici les valeurs que prône un groupe de jeune qui dit endosser la relève. Voilà à quoi est réduit notre musique, nos mœurs, notre culture... Pourquoi les chansons les plus dégradantes, dévalorisantes sont si populaires et plus affectionnées par notre jeunesse. "Fè wanna mache", "Ti Sourit", "Titou", "m anvi pran bal", "Pa pale kaka", "San fason", "Pandye", "Sak santi konsa pitit"…, pour ne citer que ces titres.

Un père de famille frisant la cinquantaine opine ainsi sur le morceau de TonyMix dans une Tap Tap : «Il faut être médiocre pour être populaire ». A-t-il raison ? Dénigrer nos femmes, n'est-ce pas de la médiocrité. Forcer quelqu'un à vendre son corps pour un plat c'est beaucoup plus que la médiocrité. L’Abominable prend le dessus au détriment de nos valeurs d'antan. En 2009 un criminologue a déclaré sur une station de radio internationale que la prostitution fait partie de la culture haïtienne! En réaction la nation s’est offusquée, je le suis aussi.  Mais n'est-ce pas lui donner raison en véhiculant de tels messages à travers nos chansons? N'est-ce pas approuver ces dires en composant, en chantant ou en diffusant ces textes sans valeurs dans les médias ? Ces textes qui encouragent le viol et la prostitution…

Le Piège
« Ces chansons sur fond de RABODAY sont dansantes et entrainantes », justifie une jeune fille qui affectionne ce rythme. « Il s’agit de chansons de club, on ne peut ne pas danser quand un DJ balance ce « son », poursuit-elle d’un air innocent. Voilà le piège dans lequel des milliers de jeunes se sont laissés entrainer. Comme des drogués, ils se laissent emporter par la mélodie peu importe le texte, les paroles et l’idéologie véhiculés par ces chansons. Avec un style musical facile qui flatte les désirs de leur bas instinct. Quand "Fè wanna mache" éclate leurs tympans, il se soucie guerre du contenu ; trop occupés surement à se déhancher comme des fous.

Au-delà de ce constat se cache un problème sociétal plus grand et plus complexe. Il ne s’agit pas comme on le dit souvent d’un manque de modèle positif dans le pays, mais d’un choix suicidaire fait sciemment par les jeunes d’aujourd’hui. Ils ne sont pas beaucoup certes, mais il existe assez de modèle positif dans le pays et au niveau de la diaspora. Mais, certains choisissent délibérément de suivre le courant négatif.  Deux choses peuvent expliquer cela : La Facilité et l’échec cuisant des élites responsables de l’éducation et de la formation des pensées de nos jeunes. Ainsi, les fils et filles du pays pataugent dans l’ignorance, la médiocrité, l’absurdité  et la sottise.

L’étonnement
Fait étonnant ! Ce sont les femmes en majorité qui adorent ces chansons au propos machistes et dégradants… Oui ! Parmi les fans du rythme Raboday et des DJ qui s’en donnent à cœur joie, les jeunes filles figurent au haut de la liste. Ce sont elles qui dansent le plus souvent en pleine rue et dans les clubs quand ces airs sont diffusés. Ce sont elles qui fredonnent le plus souvent ces mélodies aux paroles choquantes. Paradoxal ? Où est passé le ministère à la condition féminine ? Que fait le ministère de la culture ? Existe-t-il un comité de censure qui autorisent ou interdisent ce qui doit être diffusée dans les médias ?

Bizarrement les médias jouent un rôle non négligeable dans  la vulgarisation de ces chansons. Dans un premier temps, beaucoup de stations de radio consacrent une ou deux heures à un DJ dans leur programmation. Généralement le contenu de ces émissions est décidé par le DJ et n’est ni supervisé et parfois ni écouté par la direction de la radio. Du coup, les DJ qui se transforment aussi en animateur jouent n’importe quelle chanson et raconte des inepties. Il est alors rare que leur menu ne soit pas truffé de ces chansons susmentionnées. Voilà comment des médias, directeur d’opinion par excellence, participe dans l’expansion de ces chansons immondes.

On a interdit à Wana de marcher…
Récemment l’ancien commissaire du gouvernement a.i de Port-au-prince a interdit la diffusion de la chanson « Fè Wanna Mache ». Plusieurs personnes dont des chauffeurs de camionnette et de moto ont été arrêtées pour n’avoir pas obtempéré. On serait d’accord que « Fè Wanna Mache » n’est pas le seul tube à indexer. Il est certainement la goutte d’eau qui fait renverser le vase. Cependant elles sont légion ces chansons et sont devenues plus populaires que jamais. Elles se sont taillées une place de choix dans les clubs, les programmes récréatifs et les émissions de DJ. La décision du commissaire du gouvernement est à applaudir certes. Mais aussi louable qu’elle soit, la démarche du commissaire Gerald Norgaise doit être suivie. D’autres chansons ne méritent-elles pas d’être censurées ?  Que dire des chansons étrangères diffusées dans certaines stations de radio et retransmises à longueur de journée sur des chaines de télévision locale… Beaucoup d’entre elles sont remplies de paroles avilissantes. Ces vidéo clips sont aussi gorgés d’images pornographiques. Pourtant, elles constituent 1/4 sinon une bonne partie de la programmation de ces médias.

A ce stade, il est plus qu’urgent de poser les bases pour un réveil citoyen. Les forces vives, mais surtout les forces saines de la nation doivent s’unir et se dresser contre cette forme de dépravation meurtrière. Si rien n’est fait, si on continue de se taire, si on poursuit notre silence complice, alors ces nouveaux leaders peu recommandables « Ap fe nou tout mache menm jan ak Wanna ».

A qui de droit!


Texte de:
Wandy CHARLES
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Gandhi DORSONE

Winner Bossou

 

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