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Haïti-justice:un magistrat dénonce les mauvaises conditions de travail des juges

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Haiti Press Network publie le texte suivant "A BOUT DE SOUFFLE" écrit par un juge d'instruction du Cap-Haïtien dans lequel le magistrat dénonce le mauvais fonctionnement de la justice haïtienne. "Les conditions de travail sont, on ne peut plus, déplorables et c’est sûr que le responsable de sécurité du Palais National, le chauffeur du Premier Ministre et d’autres affidés du régime touchent mieux qu’un Juge d’Instruction", écrit le juge Heidi Fortuné. (Lire le texte)


Élément fondamental de l’État de Droit, la Justice devrait disposer davantage de moyens pour faire respecter la loi, rechercher la vérité, interpeller, juger, sanctionner et réhabiliter.

Cela faciliterait, sans frais supplémentaire, son efficacité. Malheureusement, le budget de la Justice haïtienne par Magistrat est le plus bas de toute l’Amérique.

Cette disette conduit  à l’incapacité d’enquêter et d’avoir un procès dans des délais récents. Et si vous croyez que c’est du flanc, allez dans les Tribunaux, vous verrez la misère dans laquelle travaillent les Juges.

Alors, vous conviendrez effectivement que la Justice n’a pas à être respectée.

Et le principal responsable de cet état de fait n’est autre que le Président de la République, le Chef de l’État, garant de la bonne marche des institutions, qui n’a, en réalité, veillé ni au respect ni à la stabilité ni au fonctionnement régulier du Pouvoir Judiciaire comme lui exige la Constitution.

En Haïti, la Justice fonctionne grâce au dévouement d’un petit nombre de Magistrats honnêtes et intègres.

Ils portent le système à bout de bras, par passion, mais leur moral est au plus bas.

Et ça ne crée pas un environnement de travail très stimulant pour assurer une saine justice.

Il est anormal que des Magistrats soient obligés de prendre sur leurs deniers personnels pour acheter des stylos et du papier…

Tout aussi anormal que des dossiers soient mis en attente pendant des mois par manque de personnel, les mandats des Juges n’étant pas renouvelés à temps.

Le pire, c’est que certaines personnes se sentent confortables et parfaitement en phase avec le ressenti de cette situation délirante.

Les conditions de travail sont, on ne peut plus, déplorables et c’est sûr que le responsable de sécurité du Palais National, le chauffeur du Premier Ministre et d’autres affidés du régime touchent mieux qu’un Juge d’Instruction.

Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) est une chimère pour les Magistrats car jusqu’ici on ne l’a pas beaucoup entendu sur les tracasseries quotidiennes de la justice.

Institué pourtant pour régler les problèmes et donner un nouvel élan à la Magistrature, il ne fait qu’empirer la situation.

Cet organe est à métamorphoser pour en finir avec le funambulisme de ses membres.

Et certaines réformes sont aujourd’hui  indispensables pour arriver à cette mutation. Le Conseil en soi est une bonne idée, une grande nécessité mais mal appliquée…mal utilisée.

Le justiciable a ras le bol des audiences zappées et du travail mal fait. La Justice lui fait peur non pas parce qu’elle est forte et souveraine mais bien le contraire.

Elle lui fait peur par l’insupportable longueur de ses procédures, par l’arbitraire de sa coercition et par l’aléatoire de ses décisions.

Elle lui fait peur parce que les instructions semblent trop souvent menées à charge, parce que les Tribunaux sont rarement impartiaux et parce qu’elle ne cesse d’apparaitre comme une institution politisée et vassalisée. Aussi décrépite que ses bâtiments, la Magistrature fêle sa réputation depuis le premier degré de juridiction jusqu’au cœur de la Cour de Cassation. Jadis, yeux bandés, dame Justice abattait son glaive destructeur et tenait sa balance en équilibre sans parti pris. Aujourd’hui, yeux grands ouverts, elle obéit aux ordres, dépose le glaive et se défait de sa balance encombrante.

Il faut bien un peu de tout pour faire un monde. Mais cette fois, c’en est assez. Cette logique continue de presse-citron a trop duré ! Tout le monde s’accorde à dire que la justice haïtienne a atteint ses limites et qu’il faut lui donner une bouffée d’air pur pour éviter son implosion. Malheureusement, avec le laxisme des dirigeants, les choses ne sont pas prêtes à s’arranger. Mais attention, quand on tire sur une corde, elle finit par s’effilocher et par casser net, et quand une institution vitale comme la Justice ne voit plus que le pire comme solution au mal qui la ronge…alors, elle est à bout de souffle.

Heidi FORTUNÉ
Magistrat, Juge d’Instruction
Cap-Haitien, Haïti, ce 04 avril 2014

 

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