• Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Haïti-prison:Le pénitencier national: un enfer au quotidien

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 13
MauvaisTrès bien 


La population carcérale, à travers les différentes juridictions du pays, est évaluée à plus de 10 000 détenus, dont 80% sont en détention préventive prolongée. Au pénitencier national où sont incarcérés la majorité des détenus, les conditions de vie sont déplorables.


Odeur nauséabonde, chaleur accablante et promiscuité. Voilà le lot quotidien des locataires du pénitencier national, le plus grand centre de détention du pays. Les détenus y sont entassés comme des sardines. Certains prisonniers passent souvent la nuit debout, d'autres dorment suspendus dans des hamacs de fortune fabriqués avec des morceaux de tissus.

Pour l'instant l'effectif des prisonniers écroués au pénitencier national est évalué à 4 056 individus. Pourtant, cet espace a été construit pour accueillir 800 prisonniers environ, a fait savoir le directeur de l'Administration pénitentiaire national (APENA), Paul Colson Hertelou. Une cellule conçue pour recevoir 30 détenus peut en accueillir 150. Dormir n'est pas possible dans de telles conditions. Mais les prisonniers y arrivent quand même. A leur manière. Un petit matelas d'une place, ou du moins ce qui en reste, doit accueillir 3 prisonniers. C'est pourtant un luxe pour lequel les prisonniers doivent payer.

Une situation que le secrétaire exécutif de la POHDH, Plateforme des organisations de défense des droits humains, dénonce. Antonal Mortimé croit que « La vie et la dignité humaine doivent être respectées en toute circonstance et en tout lieu ». Pour Marie Yolaine Gilles du Réseau national de défense des droits humains, ce scénario peut se révéler très fatal pour la sécurité et l'intégrité physique de ces personnes privées de liberté.

En plus d'être mal nourris, et d'évoluer dans des conditions dégradantes, les droits des détenus sont foulés aux pieds. Ils sont parfois l'objet de maltraitance. Ceux qui sont nouveaux dans le centre sont les plus vulnérables, selon les témoignages d'un détenu lors d'une récente visite du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Francisco René, au pénitencier national.

« On nous appelle Blancs, alors que les plus anciens sont appelés majors », a-t-il expliqué. Tous les Blancs doivent vivre au rythme des caprices des majors. « Le passage à tabac, le chantage pour s'approprier de la nourriture ne sont que la partie visible de l'iceberg », a-t-il poursuivi. Il existe plusieurs autres pratiques initiées par les anciens détenus avec, certaines fois, la complicité des gardiens pour contraindre les nouveaux venus à se plier ou à se conformer à la réalité de la prison. « Un passage obligé, si l'on veut rester en vie », a-t-il fait remarquer. Ceux qui ont été jugés et condamnés sont des seigneurs et les maîtres des lieux. Les plus faibles sont obligés de subir la loi des majors.

« Nos espaces de détention fonctionnent à l'image du pays », a dénoncé Marie Yolaine Gilles, responsable de programmes au Réseau national de défense des droits humains. « Politique deux poids et deux mesures, discrimination et violences gratuites, voilà ce qui les caractérisent », a ajouté la militante des droits humains. Elle impute la responsabilité à l'Etat en général et aux autorités judiciaires en particulier qui n'ont su rien faire pour corriger les nombreuses failles du système judiciaire haïtien.

Droits des prisonniers: Entre discours et réalité

A un moment ou l'équipe au pouvoir prône l'Etat de droit sur tous les toits, les conditions de détention au niveau des centres carcéraux du pays laissent à désirer. La majorité des prisonniers passent des années sans avoir été présentés par devant leur juge naturel. Cette situation va créer l'un des problèmes les plus récurrents du système carcéral haïtien : la détention préventive prolongée.

Au pénitencier national, les individus condamnés côtoient ceux en attente de jugement. C'est un mépris total des dispositions de l'article 5 de la Convention interaméricaine relative aux droits de l'homme. Cet article exige que « les condamnés soient séparés des personnes en attente de jugement et placés dans des établissements pénitentiaires appropriés à leur situation pénale. Plusieurs organisations de la société civile et des droits humains appellent à une nouvelle conception de l'espace carcéral du pays.

En dépit des conditions de détention exécrable au niveau du pénitencier national, les autorités continuent de prôner « justice équitable » pour tous. A en croire le chef du parquet de Port-au-Prince, « le cadre du pénitencier sera bientôt changé ». Car, selon Francisco René, le gouvernement haïtien serait en train de travailler sur un projet visant à redorer l'image de l'administration pénitentiaire. Le commissaire du gouvernement a fait ces déclarations lors d'une visite d'évaluation de la situation à la prison.

La réinsertion est-elle possible? Réintégrer la société après avoir été incarcéré n'est pas chose facile en Haïti. En effet, quelqu'un qui a fait la prison est très mal vu, peu importe les causes de son incarcération. Les anciens détenus sont très souvent considérés comme des individus dangereux.


Toutefois, une lueur d'espoir se profile à l'horizon. Un programme de réhabilitation du pénitencier est à l'étude, révèle le responsable de l'APENA. Paul Colson Hertelou informe que le gouvernement envisage d'implanter un projet d'école classique à l'intérieur même de la prison. « La formation des détenus sera assurée jusqu'à la classe terminale », a annoncé M. Hertelou sans fournir de détails.


Wandy Charles (Panos Caraïbes)
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

HPN Sondages

7/7 Hebdo

Actuellement Sur HPN....

Nous avons 443 invités en ligne


Rechercher dans le site

Facebook

FOR USA & CANADA RESIDENTS ONLY


To receive HPN tweets on your mobile
USA ---> SEND : follow hpnhaiti | to : 40404
CANADA ---> SEND : follow hpnhaiti | to : 21212

 

Follow hpnhaiti on Twitter