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Haïti : Les nouveaux touristes

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"Les nouveaux touristes" est le titre d'un texte publié le 6 septembre 2011 en anglais dans les colonnes du New-York Times par Isabelle Dupuy, un écrivain haïtien qui vit à Londres. Ses remarques sont si pertinentes qu’elles valent la peine d’être traduites et reproduites sur HPN.

 


Par ISABELLE DUPUY


"Il fut un temps, lorsque vous entriez dans un terminal de départs à Miami ou à New York, vous pourriez reconnaitre le comptoir d'enregistrement du vol vers Port-au-Prince, Haïti.


"Il était habituellement le dernier et la file d'attente se composait uniquement d’Haïtiens. Toutes sortes d'Haïtiens - femmes portant leurs excédents de bagages, des familles de la diaspora avec des petits enfants proprets, des «rappeurs» (comme dirait mon père avec un "r" guttural) dans leurs tenues bardées de marques, des étudiants comme moi portant jean-et t-shirt lors de notre visite annuelle au pays.

"L'attente pouvait être rude. Une fois, j'ai lu la majeure partie de "Cent ans de solitude" en attendant d’enregistrer. Parfois vous repériez un visage blanc, probablement un missionnaire ou un travailleur humanitaire, ou un diplomate, mais il était rare. En ce temps-là, nous appelions le responsable de tourisme haïtien "le Ministre touriste", car il nous a toujours semblé être lui-même un touriste qui allait de temps à autre en Haïti.


"Tout cela, c’était avant le 12 janvier 2010 et le séisme qui a ravagé Haïti.


"Aujourd'hui, les vols à destination d'Haïti comptent autant d'étrangers que ceux à destination de la Barbade. Quand je suis allé à Port-au-Prince le mois dernier, j'ai dû vérifier plusieurs fois sur l'écran à ma porte d’embarquement pour m'assurer que c’était le bon vol.

"Quand j'ai finalement embarqué, la première personne que j'ai vue en première classe était une célébrité hollywoodienne assez célèbre pour être reconnue derrière des lunettes de soleil et une casquette de baseball.


"J'ai pris mon siège et regardé en face. Trois jeunes femmes étaient assises ensemble au milieu. Je savais qu'elles étaient des travailleuses humanitaires, car elles portaient des t-shirts orange identiques annonçant en anglais ce qu'elles allaient faire en - ou plutôt pour - Haïti. Elles parlaient vivement de la façon dont elles avaient dû attendre une éternité pour se rendre à Haïti afin d’œuvrer "sur le terrain."

"Je me suis souvenue avoir lu que, depuis le séisme, Haïti comptait plus d'organisations non gouvernementales que toute autre nation dans le monde, sauf l'Inde, un pays cent fois plus peuplé qu’Haïti. Aucune des personnes sur ce vol ne s’appellerait un "touriste". Ils avaient tous une mission, un but pour leur voyage en Haïti.

"Je me suis demandé si ces travailleurs humanitaires et ces bénévoles se sentiraient  aussi confortables dans un vol vers Kaboul ou Bagdad. Pour ma part, j’étais nerveuse à l'idée de retourner en Haïti. Comme tous les expatriés, j’y revenais avec un mélange de nostalgie, de culpabilité et, à la lumière de ce que Port-au-Prince est devenu, de honte. La capitale s'est transformée en une vitrine épique de la saleté et de la misère humaine.

"Nous sommes devenus des mendiants professionnels, qui étendent nos mains en montrant nos blessures à ces sauveurs venus d'ailleurs. Et en échange de votre argent et de votre aide, Haïti offre un accès immédiat, sans crainte du terrorisme, à une version de la condition humaine tout près de chez vous. Vous pouvez creuser un puits à Léogâne le matin et aller raconter l'histoire à Manhattan dans la soirée.

"Une nouvelle forme de tourisme émerge. Grâce au travail acharné, de compassion et - disons-le - un peu de voyeurisme de la misère, il offre une bonne conscience avec un bronzage.

"J'ai ravalé ma fierté. C’est sans doute une bonne chose que tant de gens soient prêts à aller en Haïti pour aider. Mais les étrangers ne peuvent apporter que de l’aide et du secours. Seuls les Haïtiens peuvent sauver leur pays".

Isabelle Dupuy, un écrivain haïtien qui vit à Londres, termine son deuxième roman.

Sources: New-York Times

Traduit de l'anglais par Jonel Juste ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )

 

7/7 Hebdo

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