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Haïti-Société : Se débrouiller dans l’enfer du quotidien

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En ce début de la saison estivale, la température monte d’un cran pour atteindre la caniculaire. De nombreuses personnes se plaignent jour et nuit de la situation. Se désaltérer et/ou se laver le torse ne servent presqu’à rien.

 

Malgré ce malaise, les Haïtiens cherchent la vie contre vents et marée.
 
Depuis quelques jours, la chaleur a remarquablement gagné en intensité. Cette canicule qui oscille entre 30 et 35 degrés est évidemment rendue plus rude lorsque les rayons du soleil brillent de mille feux. Au sol, l’inconfort se fait également sentir avec le macadam duquel il manque peu pour devenir incandescent.
 
Sous l’effet de cette température élevée, ceux dont la santé est tant soit peu fébrile sont extrêmement incommodés même à l’intérieur de leur demeure. D’autres personnes sont carrément atteintes de fortes migraines ou se retrouvent malades pendant plusieurs jours.
 
Pourtant, nombreux sont les gens qui, pour survivre, sont journellement obligés de défier ce soleil de plomb. Pour ces derniers, se mettre en quatre pour trouver le pain quotidien est une simple gageure. Il leur faut bien plus que ça : se sacrifier.
 
Midi vient de sonner. Le soleil est au maximum de sa puissance. Ils restent cependant là, de pied ferme comme s’ils étaient cloués, à guetter de potentiels clients qui, bien souvent, ne viennent pas. Pour la plupart, ils sont sur le béton depuis 5 heures du matin.
 
Dans ce quotidien assimilable à un parcours du combattant, ils doivent accepter cette pénitence solaire sans rechigner s’ils veulent ramener quelques gourdes de bénéfice et faire vivre leur famille.
 
Pire, ces gens-là sont contraints, au milieu de la voie publique, de rivaliser de vitesse avec les automobiles tout en évitant d’être heurté par un « tap-tap » ou un camion arrivant en sens inverse, pour pouvoir vendre une cannette de boisson gazeuse ou de jus pasteurisé à un passager désireux de se rafraîchir.
 
Néanmoins, constate-t-on, les chauffeurs affichent rarement de la compréhension envers les passagers désireux d’étancher leur soif, encore moins envers un vendeur courant après quelques sous de bénéfice. Si ce n’est pas le trafic, ils ne ralentissent guère et c’est là que s’illustre la difficulté de survivre pour celui-ci. Chose certaine, c’est que dans l’enfer de Port-au-Prince, il n’y a que la logique de sauve-qui-peut qui règne en maître.
 
Vous les avez sûrement déjà vus ou bénéficiés de leur service. C’est bien de cela qu’il s’agit car il n’y a rien de plus agréable que de se rafraîchir lorsque les rayons du soleil tapent sur la tête d’un piéton ou font monter la température à l’intérieur d’un véhicule dont les occupants, bloqués dans un embouteillage, se sentent au bord de l’asphyxie.
 
Ces gars ont généralement en bandoulière un sceau en plastique ou une boîte en carton rempli de boissons glacées. Ils gagnent les rues au petit jour mais leur parcours se complique à partir de 10 heures car, la montée du soleil aidant, la marchandise est de plus en plus réclamée. Ceci dit, au moment où tout le monde cherche un coin d’ombre pour fuir le soleil, ces courageux vendeurs courent d’une rue à l’autre, guettant des clients potentiels inconfortablement installés dans un bus ou une camionnette pour essayer de leur vendre une boisson en tentant de rattraper à allure forcée le véhicule.
 
En observant ces presque héroïques travailleurs, je suis arrivé à la conclusion que ce sont des hommes de courage dont l’opiniâtreté face à l’infortune force l’admiration. Ils ne sont pas nombreux ceux-là qui accepteraient de mener une telle vie rien que pour une modique somme en bénéfice.
 
Bien souvent, il y a des gens qui, en voiture, prennent plaisir à appeler les vendeurs de boissons rien que pour la satisfaction de les voir s’époumoner et risquer leur vie en courant après le véhicule.
 
Imaginez un instant la rage, l’angoisse ressentie par un vendeur qui, après avoir battu de vitesse ses concurrents, évité d’être heurté, arrive à rattraper le bus ou la camionnette d’où venait la voix d’un client et dit : « men mwen ». Et personne ne pipe mot.
 
De plus, à côté des efforts physiques presque inhumains qu’ils doivent déployer, il leur faut affronter les plaisanteries de mauvais goût.  
 
Malgré tout, ils continuent de gagner leur vie difficilement mais dignement. La plupart d’entre eux sont des jeunes. Les humiliations, les insultes même auxquelles ils font fort souvent face ne les poussent pas à adopter des alternatives malhonnêtes qui auraient fait du tort à la société.
 
On peut prendre à titre d’exemple des jeunes qui se sont laissés entraînés dans des actes malhonnêtes comme le banditisme ou les vols à mains armées parce qu’ils ne s’imaginent pas gagnant leur vie comme « vendeur de boissons ou de sachets d’eau ». Ceux-là préfèrent tuer, voler pour n’avoir pas à vivre avec les mépris que la société affiche à l’endroit des personnes de situation économique modeste.    
 
Malgré toutes les difficultés, ils veulent pour la plupart rester intègres en dépit du fait que leurs maigres économies ne leur permettent pas de faire bénéficier leurs enfants d’une éducation convenable, qu’ils n’ont pas d’assurance maladie et qu’ils n’habitent pas une maison décente.
 
Pas question de se mêler aux affaires louches pour gagner un magot et rompre avec une vie d’enfer faite de sac de boissons sur le dos ou sur la tête. Ils sont accrochés à cette sagesse populaire longtemps rejetée par plus d’un.
 
Alix Laroche
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