• Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Haïti-Economie: Philius Dormélan, trompeur de chômage

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 1
MauvaisTrès bien 

Dans les grandes comme dans les villes secondaires d’Haïti, de nombreux petits métiers dévalués mais utiles, pratiqués par des gens des classes modestes, constituent un secteur d’activités important dans la vie socio-économique du pays. Du vannier-chapelier au rempaillage de chaises, du cireur de bottes, du porte-faix au cordonnier en passant par l’aiguiseur de couteaux, ces petites activités marginales, fruits de l’imagination et de la débrouillardise, se font dans l’indifférence des uns et des autres. Haïti Press Network a rencontré Philius Dormélan, aiguiseur de couteaux depuis tantôt 35 ans.



Depuis 35 ans, Philius Dormélan, accompagné de sa machine archaïque et son sifflet unique servant à annoncer son passage, arpentait les rues de Port-au-Prince et campait dans des endroits où il y a une forte concentration populaire. Question de vendre son service à ceux qui en ont besoin, à savoir: aiguiser les couteaux et les machettes.

Un métier de survie, nous a-t-il dit, qu’il exerce durant tout ce temps dans la tourmente, l’angoisse, le mépris, la désillusion, l’inquiétude et le désespoir. Car dans ce métier qui ne rapporte rarement de quoi à en acheter un pain, Philius a quand eu quatre enfants et une femme envers qui, il a des redevances quotidiennes. D’où naissent son angoisse et son inquiétude quotidiennes.

« Je pratique ce métier depuis 1977. Je suis père de quatre enfants. Le benjamin n’a même pas encore l’âge pour fréquenter l’école. Mon métier d’aiguiseur de couteaux ne m’offre pas grand-chose mais il m’a quand même permis de survivre avec ma famille. Je ne peux le laisser tomber puisque je n’ai pas d’autres alternatives », nous raconte Philius, avouant au passage que son unique loisir demeure les bons moments passés en compagnie de sa femme.


Le métier d’aiguiseur de couteaux, a appris Philius, est surtout pratiqué par des hommes. Ils viennent de différentes régions du pays, particulièrement dans la localité de Belle Fontaine du côté de Jacmel où il est originaire.

« Monsieur j’ai ce couteau à aiguiser, j’espère que ça ne va pas me couter une fortune », lance une cliente au moment même de notre entretien exclusif. Vingt (20) gourdes, répond notre interlocuteur. « Oh là ! Ne pourriez-vous pas me rendre ce service pour quinze (15) gourdes », résiste la dame. Silencieux, Philius attrape le machin et se met spontanément au travail. En moins de deux minutes, le travail est terminé. Et, l’objet bien lissé est déjà entre les mains de sa propriétaire.

C’est ainsi que Philius procède quotidiennement depuis 35 années d’expériences. Les clients ne viennent pas toujours solliciter ce service. D’ailleurs, les couteaux n’ont pas besoin d’être aiguisés tous les jours. « C’est un service qu’on me demande de façon occasionnelle », laisse-t-il entendre.

« Généralement, je quitte ma maison vers 6 heures du matin et je rentre parfois à 8 heures du soir. Je parcours des dizaines de kilomètres à pied. Mes journées me rapportent rarement 500 gourdes. J’ai connu plus de jours sombres que des moments de vaches grasses dans ce métier. Je récolte souvent pour une journée dans les 100 gourdes, 115 gourdes, bref, juste quelques sous me permettant de m’acheter du pain et du sucre pour apporter à la maison afin de nourrir ma famille », fait-t-il savoir.

Cette machine traditionnelle à aiguiser qu’il a lui-même construite, fabriquée de bois, de planches, de clous, de gentes, d’une roue de motocyclette, d’un corroi, du fer, d’un tourne-à-gauche et d’un aiguisoir, ne constitue depuis 35 ans, que son unique instrument de travail pour s’assurer d’une quelconque survie. Philius Dormélan souhaite que l’État élabore un programme visant à encadrer les pratiquants, afin de valoriser les petits métiers dans le pays.     

Goût de l’indépendance, imagination, créativité, débrouillardise, tout cela se combine pour faire des petits métiers un passage obligé privilégié de subsistance et de production dans une société aux ressources précaires. Chacun se débrouille et finit par trouver ainsi, à force d’ingéniosité, une place quelconque, en fonction de ses moyens, de sa formation et de ses dévouements d’initiatives.


Texte et photo : Alix Laroche
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

Sur le meme sujet


HPN Sondages

7/7 Hebdo

Actuellement Sur HPN....

Nous avons 268 invités en ligne


Rechercher dans le site

Facebook

FOR USA & CANADA RESIDENTS ONLY


To receive HPN tweets on your mobile
USA ---> SEND : follow hpnhaiti | to : 40404
CANADA ---> SEND : follow hpnhaiti | to : 21212

 

Follow hpnhaiti on Twitter