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Haïti-Culture: Toussaint Louverture de Phillipe Niang : un casting de bonne conscience…

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Le «Toussaint Louverture » de Phillipe Niang est beaucoup plus du 21e siècle que de la fin 18e et du début 19e siècles. D’après cette mini-série d’environ trois heures d’horloge, le contexte des douze années de la guerre de l’indépendance d’Haïti d’une part, celui de la situation sociopolitique de Saint-Domingue d’autre part, n’étaient donc qu’une oasis de paix, une vie de villégiature où tout le monde se la coulait douce !

Avec notre Jimmy Jean-Louis dans le rôle inspiré de Toussaint Louverture, le film « Toussaint Louverture » du réalisateur français Phillipe Niang comprend quatre parties d’environ quarante-cinq minutes chacune. Toussaint meurt dans la dernière ! Cela va de soi ! Toutefois, Niang ne semble pas s’imaginer Toussaint Louverture mourant seul et faible dans son petit lit.

Il a donc préféré lui faire rassembler ses dernières forces pour aller s’asseoir sur une chaise de chevet. Toussaint essaye de raviver la flamme de la cheminée. Appuyant sa tête contre le mur, il meurt en râlant fortement en Ayisyen (en créole) : « Peyi mwen » ! Ainsi, Niang dédie les dernières pensées ainsi que le dernier souffle de l’auguste Général Toussaint Louverture à Haïti !

À la fin, plus que de l’entendre, on voit aussi Toussaint prononcer ses dernières paroles en tant que récent «Gouverneur général à vie de la partie française de Saint-Domingue». Avant de monter dans le navire qui devait le déporter vers la France, Toussaint lève la tête vers les quelques dizaines de témoins de la scène de son arrestation et dit fièrement : « En me renversant à Saint-Domingue, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la liberté des noirs. Il repoussera par les racines parce qu’elles sont profondes et nombreuses ».

En vue d’achever de rétablir l’homme dans sa toute dimension, Niang choisit de clore sa mini-série « Toussaint Louverture » avec deux images superposées de l’homme. Alors que l’une montre Louverture en selles et chevauchant son destin de précurseur de l’indépendance, l’autre image, de profil, avec le profil de l’homme effleurant, telle une planche, l’ondulation des vagues. Cette image fait planer au-dessus de tout par l’intensité, la profondeur et la perspicacité de son regard.

Cette manière oblique de lorgner en arrière tout en mettant le cap sur l’avenir jette la clarté d’un sens du devoir accompli  sur le visage de Toussaint ! Ce clin d’œil en arrière, plaçant l’homme, de profil, entre le passé et le futur cadre ; parfaitement avec le plan général du film. En effet, depuis sa cellule, Toussaint revisite son illustre parcours en racontant le fil des événements au jeune Etienne Denis Pasquy, émissaire du Premier consul Bonaparte et dont la mission consistait à établir « un rapport sur la conduite » et le trésor de Toussaint à Saint-Domingue.

Toussaint accepte enfin de tout raconter au jeune Pasquy parce que celui-ci semblait pouvoir lui donner, de temps en temps, des nouvelles de sa famille. Ainsi, Toussaint satisfait aux caprices et condescendance de Bonaparte, quitte à en profiter pour se faire écrire sa mémoire. Au final, Pasquy est le dernier à tomber en admiration de Toussaint. Pour lui, Toussaint fut un si grand homme qu’il en venait à renoncer à la promotion que son succès auprès de Toussaint lui vaudrait, de retour à Paris !


Niang est beaucoup trop du 21e siècle…

Il est donc à noter que, même s’il n’a pas du tout diminué Toussaint, Niang a fait des choix de « shootings » et de narration qui ont quelque peu gommé et affadi la sulfureuse réalité de l’époque de la fin du 18e et du début 19e siècles. Il se peut même que le cinéaste ait péché pour avoir trop voulu camper un Louverture au-dessus de la mêlée et qui continue à être, de nos jours encore et à lui tout seul, comme le dit le poète français Alphonse De Lamartine : « une nation » !

Sans rentrer dans les détails liés aux costumes et parlers de certaines scènes, commençons par dire qu’il est carrément impensable que, entre le moment de son enferment et celui de sa mort, que Toussaint ait pu rester bien rasé et garder sa fraîcheur physique alors qu’il se meurt de froid, d’épuisement et de chagrin et ce, dans l’indifférence d’une métropole qu’il croyait servir la cause, d’où son indignation à cause, entre autres, du sort réservé à lui et sa famille.

Ses enfants Placide et Isaac, séparés de leur mère Suzanne, sont tous trois enfermés, tels des brigands de grand chemin. Que ce soit à Saint-Domingue ou dans sa cellule, on n’a pas du tout l’impression que Toussaint avait connu dans sa chair les affres de l’enfer des habitations coloniales, contrairement à son neveu Moïse et à Dessalines. Ce n’est pas du tout un ancien captif certes placide mais tout aussi habité par la rage d’en finir avec l’esclavage et la maltraitance des siens. Le Toussaint de Niang ressemble beaucoup plus à un émissaire du Premier consul à Saint-Domingue qu’à un ancien captif «affranchi» à trente-cinq ans et qui devient, dans l’espace d’une génération : «Gouverneur général à vie de la partie française» de l’île !

Autre chose encore ! Aucune scène du film de Niang ne fait allusion à ce qu’était la vie quotidienne des captifs de Saint-Domingue du temps des plantations administrées par les colons. En revanche, Niang n’a pas omis de montrer des séquences où des hommes et des femmes reviennent travailler comme ouvriers agricoles sur les grandes plantations car, sur l’ordre de Toussaint, ils y sont forcés.

Or, pour comprendre l’illustre parcours de Toussaint Louverture et l’indépassable exploit de la proclamation de l’indépendance d’Haïti, il demeure plus que nécessaire de donner à voir la vie quotidienne des anciens captifs de Saint-Domingue. Pourquoi donc cette omission de la part d’un cinéaste de métier ? Est-ce donc si difficile de faire entrevoir l’enfer de la colonisation au monde ? N’est-ce pas, implicitement, faire écho et donner raison à la thèse préconisant les bienfaits de la colonisation ?

Enfin, la douceur conviviale des conversations et l’ambiance bon enfant de maintes scènes font penser que les événements ayant inspiré ce film s’étaient plutôt déroulés en plein cœur du 21e siècle où les rapports entre «blancs/nègres» ne sont plus officiellement entachés de sentiments de supériorité sur la base des nuances épidermiques. En clair, le contexte des treize ans de la guerre ayant conduit à l’indépendance d’Haïti est trop édulcoré par Niang.

Peut-être, nous dira-t-on qu’il ne voulait pas choquer certaines sensibilités ! Que « Toussaint Louverture » soit un téléfilm n’excuse rien. D’ailleurs, les manuels d’histoire d’Haïti donnent déjà aux enfants des aperçus assez épicés de ce que fut la réalité quotidienne des captifs de Saint-Domingue.

Soit dit en passant, dans « Toussaint Louverture », Jean Jacques Dessalines a deux «piercings » ! Allez donc savoir s’il s’agit d’une «bévue» de « shooting » ou si, effectivement, le père-fondateur de la patrie portait deux boucles, l’une à chaque oreille !


Antoine Hubert Louis
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