Haïti-sécurité : Réaction sectaire aux cas d’enlèvements, une formule peu efficace

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En Haïti, il ne se passe pas un jour sans qu’un ou des cas de rapt ne soient signalés par des citoyens. Des gens de tout acabit sont victimes des malfrats qui exigent des sommes exorbitantes en échange de leur libération. Constatant l’inefficacité des agents de la Police Nationale à voler au secours des kidnappés, des citoyens réagissent comme ils le peuvent.

 

Pourtant, l’on remarque une manifestation corporatiste contre le kidnapping. Médecins, étudiants, syndicalistes et entrepreneurs sont plus enclins à marcher lorsqu’un membre de leur corporation respective est frappé par ces actes de banditisme.

 

« Se dirige-t-on vers une nouvelle pénurie de carburant ? », se demandent plus d’un après l’annonce de fermeture des stations-essences pour protester contre l’enlèvement d’un responsable de station-service dimanche à Mariani. Quoique les pompes affiliées à l’Association Nationale des Propriétaires de Stations de Service (ANAPROSS) soient les principales concernées, Marc Antoine Lesi qui est membres de cette structure invite les autres associations du secteur de vente et de distribution des produits pétroliers à suivre le mouvement afin d’exiger la libération de Jean-Marc Mondestin.  

 

« Lorsque les kidnappeurs s’en prennent à un acteur du secteur, ils s’en prennent à tout le secteur. Nous devons marquer le coup collectivement sinon nous deviendrons l’objet d’un racket permanent. Ainsi j’appelle les responsables des compagnies pétrolières et des autres réseaux de stations-service à interrompre leurs activités.», a laissé entendre Marc Antoine Lesi. Pourtant d’autres personnes ont été kidnappées durant.

 

Ne jouissant pas d’une bonne santé, Jean-Marc Mondestin, a été enlevé sans avoir la possibilité de s’administrer les médicaments prescrits par son médecin. Ce qui n’a pas été le cas pour le Dr Ernst Pady qui n’a pas eu la vie sauve lors d’une tentative d’enlèvement le dimanche 28 février passé. Comme pour les acteurs du secteur de vente des produits pétroliers, des membres de la communauté médicale ont été dans les rues de la capitale moins de 72 heures après le crime odieux commis juste devant la clinique du défunt pédiatre doublé d’urologue.

 

Si l’on remonte dans le temps, des anciens députés ont eu la même réaction lorsqu’ils ont appris que des individus lourdement armés, encagoulés, circulant à bord d’un véhicule aux vitres teintées ont enlevé leur collègue de la 50e législature Sinal Bertrand. Le même scénario s’est produit pour les chirurgiens Bitar (Jerry et Marlon) du centre hospitalier Bernard Mevs ainsi que pour d’autres médecins et étudiants en médecine ayant subi le même sort.   

 

Avec la multiplication des cas de rapt qui n’épargnent pratiquement personne, l’ultime recours qu’il reste aux proches des victimes est donc le blocage des activités dans le secteur touché. Des hôpitaux qui arrêtent de recevoir de nouveaux patients, des pompes à essence qui menacent de ne plus livrer de la gazoline ou du diesel, des syndicalistes du transport en commun qui observent des journées de grèves, des élèves ou étudiants qui paralysent la circulation, sont autant de réactions sectaires qui d’une manière ou d’autre ne peuvent dissuader les hors-la-loi dans leur entreprise.

 

Malgré les manœuvres de la Police Nationale pour reprendre le contrôle de la situation après chaque mouvement de rue, les jours qui viennent peuvent apporter de nombreuses surprises si des mesures concrètes ne sont pas prises. Les hôpitaux vont-ils arrêter de donner des soins aux nécessiteux ? Le blocage des stations va-t-il se généraliser ? En dehors de toutes considérations partisanes, l’on peut se demander si la solution au phénomène du kidnapping consiste-t-elle à prendre l’ensemble des citoyens en otage chaque fois qu’un professionnel est kidnappé ? Individuellement comme collectivement, on peut douter que ce soit la meilleure route à prendre.

 

Marvens Pierre

 

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