Haïti-Société : Le quotidien au marché des « loas » à Pétion-Ville

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Dans un petit coin sur un terrain vague et sale, où se logeait jadis l’ancien marché qui s’appelait « La Coupe », regorgent des boutiques de fortune dans lesquelles hommes et femmes offrent des produits essentiellement liés à des pratiques haïtiennes de dévotion magico-religieuse. Mais beaucoup d’observateurs s’interrogent sur les chiffres d’affaires de ces types de commerçants qui, bizarrement, semblent attendre beaucoup plus l’arrivée des clients, plutôt que de vente à profusion, observe souvent un reporter de l’Agence de presse en ligne, Haiti Press Network.

Ces niches de boutiques où l’on vend une multitude de produits destinés à des cérémonies de ferveurs magico-religieuses, mais aussi des feuilles d’arbres pour la composition de remèdes traditionnels, ne cessent d’augmenter dans ce petit coin crasseux de la commune de Pétion-Ville. Cependant, les activités d’échanges entre marchands et acheteurs ne sembleraient pas aller d’un bon train au quotidien.

Font partie des attirails à la vente, assiettes et gobelets émaillés blancs, bougies de toutes les couleurs, baleines, images de « loas » (mystères) et de saints, maïs en grain, bois-pin, muscade, flacons de liquides magiques de toutes sortes, alcool, grandes et petites bouteilles de florida (sorte de parfum utilisé généralement sous les péristyles dans les cérémonies vodou), mais aussi des petites tortues vivantes pour ne citer que ceux-là. Il faut avouer enfin que tout y est pour les cultes vodou et le mystique. Ce, pour servir les adeptes. Mais aussi des gens qui croient, parfois à des fins de malfaisance, à la magie et aux expéditions ésotériques, appelées encore « renvoi des morts ». 

À deux pas de ces business qui se distinguent des autres par la nature de leurs produits rares sur les trottoirs de la capitale, s’installent à même le sol, sur la voie publique, sans gêne aucune au milieu des tas d’ordures qu’elles produisent elles-mêmes, des marchandes de légumes, constatons-nous.

Celles-ci qui font généralement fi de la chaleur étouffante des rayons du soleil, semblent de toute évidence, se rivaliser tant bien que mal avec les propriétaires de ces boutiques de fortune. Car, leurs légumes sont demandés dix fois plus vite que les produits exposés sur des étagères mal fagotées de ces établissements précités.

Curieusement, autant que ces boutiques se multiplient et prennent de l’extension en quantité de marchandises, autant qu’on a la forte impression que les vendeurs et les vendeuses passent beaucoup plus de temps à attendre des clients qui ne viennent pas, plutôt qu’à les servir.

Et, ce n’est pas une illusion ! Mildrède, jeune marchande de ce marché spécifique, confirme que nous avons fait une observation pour le moins, positive. Les clients ne viennent pas vraiment en abondance faire des acquisitions dans ce lieu funeste. Mais parfois, surtout les samedis, nous confie cette adepte du vodou, ils viennent nombreux. Ce, pour le bonheur de quelques marchands et marchandes qui font choux gras.

« Évidemment, nous ne vendons pas des produits de première nécessité pour lesquels les demandes sont plus abondantes. Les clients de nos produits ne sont pas nombreux. C’est normal que ça fonctionne au rabais », accepte Mildrède qui a répondu, non sans réticence, à nos questions.

Dans le voisinage, la boutique de sa maman. Elle aussi, avoue avoir tiré très peu d’affaires au quotidien. Cependant, interrogée sur les motifs poussant à s’emballer dans un tel business, sous le couvert de l’anonymat, elle nous a répondu sèchement ainsi : « Nous aimons ça. Nous sommes des partisans du vodou. Nous y évoluons pour la plupart dès notre naissance. Voir seulement ces produits devant nous, c'est déjà l'adoration constante des loas. Voilà » !

Le marché des « loas » (mystères) à Pétion-Ville où l’on assiste parfois à des petites cérémonies au milieu de la journée, est loin d’être un lieu de grande fréquentation d’acheteurs. Mais, nous apprend Josma, un marchand qui écoule aussi des produits un peu ésotériques dans ce marché, des pratiquants du vodou y viennent de temps en temps.       

Plus loin, observons-nous, un peu découragée mais l’air résigné, Odette attend aussi en vain, des clients qui se font rares au fur et à mesure que la journée passe à pas de lièvre. Elle observe des passants qui font des va-et-vient rien que pour esquiver la voie entravée de bataclans et de marchandes, mais sans toutefois faire un stop devant une quelconque boutique.

Chose certaine, remarquons-nous, c’est que pour ces genres de produits, il existe une catégorie spécifique de clients pour qui, le besoin est généralement occasionnel.

Alix Laroche

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