Haïti-crise : Faudrait-il refonder la nation haïtienne ? (opinion)

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Par Ernst Weche ( Ing.-Agr.-Éd )

Il m’est arrivé de penser qu’Haïti est obsolète, pour ensuite me ressaisir en me disant qu’il ne s’agit pas d’un objet usagé dont on peut se débarrasser (là encore, l’écologiste en moi chercherait à lui donner une seconde vie). Il s’agit du pays qui m’a vu naître et qui m’a tout donné.

Haïti est bel et bien une Nation vivante (pas forte mais pas morte), réelle, quoi qu’en disent certains, même haut-placés dans la gouvernance du pays. Il faut coûte que coûte la relever et la remettre sur les rails du développement, ne serait-ce que pour honorer la mémoire des pères et mères fondateurs. Les sacrifices qu’ils ont consentis ne doivent pas demeurer vains.

La Nation a pris naissance au prix d’une Révolution contre le système socio-économique injuste, en place à Saint-Domingue, basé sur cette forme d’exploitation de l’homme par l’homme qu’est l’esclavage. Aujourd’hui, on peut bien s’enorgueillir d’être la ‘’Première république noire libre du monde’’; mais là s’arrête notre fierté. Notre orgueil doit nous amener plus loin, à trois siècles plus tard …

En ce XXIe. Siècle, la note d’Haïti ne doit pas continuer d’être de plus en plus discordante dans le concert des Nations. Une nouvelle Révolution doit inspirer les haïtiens, certes pas le genre ‘’koupe tèt boule kay’’ (les revendications ne sont plus tout à fait les mêmes, quoique que subsiste un fond d’inégalité socio-économique), mais une Révolution dans les esprits, dans les mœurs, dans les mentalités, dans les manières d’être et d’agir, etc… Une Révolution du genre de celle qu’a connue le Québec des années 60, baptisée ‘’Révolution tranquille’’, période riche en réformes importantes pour la modernisation de l'État et l’avancement de la société québécoise, lesquelles ont été relayées par plusieurs gouvernements successifs.

Après deux-cent-seize ans de recul continu (les pouvoirs se succèdent, mais le niveau et la qualité de vie des gouvernés régressent), la refondation de la Nation est, à mon avis, incontournable. Il faut coûte que coûte rompre avec les ‘’systèmes traditionnels’’ de blocage politique et socio-économique en vue de repartir sur de nouvelles bases.

Certes, les défis à relever sont colossaux. Haïti est un pays pauvre, en considération des indicateurs socio-économiques de base : plus de 2.5 millions d’haïtiens sont tombés en-dessous du seuil de pauvreté extrême, ayant moins de 1.23 $ US par jour; le produit intérieur brut (PIB) par habitant est de $ 756 US, loin derrière sa voisine la République dominicaine plus de onze fois plus riche avec un PIB par habitant de l’ordre de $ 8 630 US; l’indice de développement humain (IDH) le classe au 169e rang sur 189 pays; la disparité économique est élevée : 1 % de la population la plus riche regroupe le même niveau de richesse que 45 % de la population la plus pauvre (sources combinées)..

Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer les difficultés que rencontre Haïti à sortir du cycle de la pauvreté et accéder au rang de pays en développement. Haïti est un pays potentiellement richeen considération de ses ressources agricoles et minières, ses atouts touristiques, ainsi que son patrimoine culturel et le génie de sa population (artisanat)… Il peut faire mieux dans le classement mondial. Tout est une question de gestion, de transparence et d’équité, avec à la base un esprit patriotique, de la volonté et de l’orgueil (quand on se compare avec les voisins, on se désole).

De nombreuses possibilités de développement demeurent inexploitées à leur pleine capacité. Les ministères sectoriels (notamment ceux de l’agriculture et de l’environnement) doivent mettre l’effort qu’il faut afin d’identifier et valoriser le potentiel des régions du pays. Il en résulterait de grandes possibilités de création d’emploi et d’amélioration du bien-être de la population. Ils doivent impérativement s’attaquer : 1. Aux structures d’encadrement technique et le sous-investissement dans les secteurs clés et les infrastructures de service; 2. À la faible productivité des systèmes de production et de valorisation, et l’accès limité aux facteurs de production, aux technologies et aux services notamment de crédit des petits producteurs impliqués majoritairement dans des activités de subsistance; 3. À la très forte pression foncière et le morcellement des terres, qui s’ajoutent à la dégradation généralisée des ressources naturelles, au déboisement massif et à une érosion hydrique intense au niveau des bassins versants; 4. Aux difficultés à trouver des débouchés pour les produits, l’enclavement de nombreuses zones de production par rapport aux marchés de consommation entraînant d’importantes pertes et un coût très élevé du transport; 5. Au manque de valorisation de la production à travers la facilitation des échanges, l’amélioration des processus de commercialisation ; 6. Aux capacités limitées des groupes entrepreneuriaux de base, en savoir-faire et en pratiques organisationnelles et techniques, de planification et de commercialisation. ( A suivre)…

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