Haïti/Religion/Nécrologie : La congrégation des Salésiens affligée par le décès du Père Hector Pascal

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Par Idson Saint-Fleur 

 

C’est ce samedi 25 juillet 2020 que seront chantées, à Thorland, dans la commune de Carrefour, les funérailles du Révérend Père Hector Pascal (70 ans) qui s’est éteint cinq jours plus tôt. Depuis quelques années, avec un courage exemplaire, il se battait contre une insuffisance rénale chronique qui l’empêchait de vaquer normalement à ses occupations. Il était l’une des figures emblématiques de la grande famille salésienne d’Haïti au cours des vingt à vingt-cinq dernières années.

 

Né au Haut-Coq-Chante, localité communale de  Jacmel, le 21 février  1950, Hector Pascal a évolué à Pétion-Ville. Il a fait ses études primaires à l’Ecole Dominique Savio de 1958 à 1965, puis les classes du secondaire au Lycée François Duvalier (ci-après Lycée national de Pétion-Ville) de 1965 à 1970 avant de pouvoir entamer en 1971 son cheminement chez les Salésiens. Huit ans plus tard, soit le 13 mai 1979, il est ordonné diacre, et au cours de cette année, cinq mois après (13 octobre 1979) a eu lieu son ordination sacerdotale lors d’une cérémonie déroulée à l’église Saint-Jean Bosco de La Saline à laquelle a présidé Mgr. Frantz Colimon qui officiait à l’époque comme évêque coadjuteur du diocèse de Port-de-Paix. 

 

Cette vie religieuse lui a donné les plus belles occasions de sa vie pour servir Dieu tout en se mettant joyeusement au service d’une bonne partie de la jeunesse nationale, celle que ses frères de congrégation, pétris de philosophie humaniste et de solidarité chrétienne  - admirables fils de Don Bosco – cherchent à faire sortir des bas-fonds de la pauvreté par l’éducation et la formation professionnelle.

 

 En 1979, il est revenu à Pétion-Ville comme Premier Responsable de l’Ecole  Dominique Savio. Il gardait cette charge jusqu’en 1984. Dans le courant de cette même année, il est nommé directeur de la Fondation Vincent. Ainsi de suite, il est chargé et déchargé de responsabilités au sein de la congrégation des Salésiens.

 

 Le Père Hector semblait connaître par cœur ses vers du poète haïtien Thoby VIEUX, tant il œuvrait avec un sens aigu de bonté humaine pour les mettre en application dans toutes les communautés salésiennes où il est passé (Pétion-Ville, ENAM-La Saline, Cap-Haïtien, Drouillard, Gressier…), principalement dans les communautés qu’il a fondées, à savoir Fort-Liberté (2002), Gonaïves (2006) et le post noviciat de Fleuriot dont il s’est occupé de 1994 à 1998 avec l’art total d’un jardinier minutieux qui n’est jamais fatigué de sarcler, bêcher, bouturer, piquer, repiquer, marcotter, de terreauter et de bassiner :

 

« J’aime les humbles

Ceux qui souffrent et qui peinent,

J’aime ceux que les maux les plus tristes engouffrent,

Les humbles, les martyrs de ce siècle infernal.»

 

Le Père Hector était une figure représentative de la congrégation des Salésiens d’Haïti. Cet homme serviable, de taille moyenne, au visage tapissé par une barbe drue mais légère, aimait la vie. Sa vie aussi bien que celle des autres.  

 

C’était à ses suggestions que Mgr Hubert Constant – premier évêque de Fort-Liberté (1991-2003) - avait élevé au rang de paroisse la Chapelle Délivrance érigée non loin de l’Ecole DBTECH de cette ville. En fait, il n’a jamais cessé de chercher Dieu. Le Bon Dieu qui enseigne l’amour vrai. Le Bon Dieu qui demande de Le chercher à travers ceux et celles qui peuplent notre environnement immédiat ; ceux et celles qui souffrent, le plus souvent, de la cupidité, de l’arrogance écrasante et méprisante de beaucoup.

 

Dans sa quête incessante d’humilité et de lumière divine, aux derniers instants de sa vie, le Père Hector, aurait pu reprendre à son compte ses lignes crayonnées par Antoine Apcher de Saint-Flour, inspirées du testament de Louis XVI :

 

« Si jamais ma conduite a pu causer des maux,

Si j’ai fâché quelqu’un et nui mal à propos,

Je le prie instamment d’oublier mes offenses,

Et de ne plus penser à mes inconséquences.»

 

Sur la même lancée, il aurait pu laisser tomber de ses lèvres minces avec toute la sérieuse sérénité qui le caractérisait :

 

« J’abandonne mon âme, et mon corps et mon sang,

Au Dieu dont la bonté m’a tiré du néant,

Le priant d’oublier le trouble qui m’agite,

De ne pas s’arrêter à mon peu de mérite ;

Mais de me mettre au rang de ceux que, par sa mort,

Le Christ a ramenés dans le céleste port.

Tout pécheur que je suis, dans ce désordre extrême,

J’ose élever ma voix vers son trône suprême.

 

Fidèle observateur du dogme de la foi,

Qui fait d’un cœur bien né l’ornement de loi,

Conduit dès le berceau par la vertu chrétienne,

Je meurs dans l’union de l’Eglise romaine. »

 

Le Père Hector, ancien vicaire de la province salésienne d’Haïti, curateur des âmes, infatigable encadreur des jeunes, initiateur des activités de vacances d’été dans les communautés salésiennes,  même s’il n’a jamais été à la conquête d’un quelconque podium ni à la recherche de fleurs, il n’était pas moins un athlète du christianisme vivifiant. Il a couru, non pour lui-même, plutôt pour apporter aux gens du peuple le message d’espérance de Jésus dont le « Populorum Progressio » reste et demeure l’une des plus belles floraisons vaticanes.

 

Le Père Jacques Charles - ancien provincial des Salésiens d’Haïti - a pratiqué durant 40 ans son confrère, aujourd’hui défunt, et il rend de lui ce témoignage :

 « P. Hector était un digne fils de Bon Bosco qui s’est donné pour les jeunes et pour le développement de  la Vice-Province Don Rinaldi d’Haïti. Grand blagueur, tous ceux et celles qui ont connu le P. Hector sont unanimes à reconnaître  qu’il  mérite la béatitude réservée à celui ou celle  qui sait attendre le Seigneur, vivant dans la fidélité à tout ce qui lui avait été confié (…).

 

Le  P. Hector a  bien fait son travail comme chrétien avec son  bon cœur,  aimable, ouvert  à tout le monde : aux enfants comme aux adultes. Un cœur qui s’est fait tout à tous, afin d’être au service de tous. Un cœur d’ascète marqué par l’épreuve de la souffrance, pour lui permettre de comprendre les souffrances et les détresses des autres et leur porter secours.

 

(…)Tous, nous allons manquer son sourire, sa joie, son humour, sa sensibilité, ses blagues.  Mais soyons aussi  assurés que sa mort et son intercession seront fécondes et  apporteront  la bénédiction du Seigneur pour la Vice-Province, sa  famille, ses nombreux amis. Une semence qui fera fleurir l’amour, la fraternité, le pardon  et l’unité dans les familles et les communautés».

 

Le Père Hector Pascal mérite que son nom – donc son engagement – soit connu  de toute la jeunesse salésienne d’Haïti. Son nom se trouve parmi les plus beaux noms de la vice-province Don Rinaldi. Ceux d’autrefois et d’aujourd’hui.

  

        

   

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