L’importance de la langue créole dans l’apprentissage selon Michel DeGraff de MIT AYITI

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Au seuil de la rentrée scolaire pour l’année académique 2019-2020, le professeur et linguiste Michel DeGraff de l’Initiative MIT-AYITI a opiné autour de l’importance de la langue créole dans l’apprentissage des enfants haïtiens. En effet, au cours de sa participation à l’émission radiophonique hebdomadaire TOP HAITI diffusée tous les samedis matins entre 8h et 10h sur les ondes du 104.7 et sur tunein radio D’S,  Michel DeGraff a expliqué que les préjugés anti-créoles à tous les niveaux et dans tous les secteurs de notre société seraient parmi les causes profondes à la base du fait que le pays soit bloqué dans le sous-développement.
 
« Il est impossible d’éduquer un peuple dans une langue qu’il ne parle pas », a déclaré  Michel DeGraff (professeur de linguistique et membre fondateur de l'Akademi Kreyòl Ayisyen) présentement à MIT au Massachusetts, États Unis d’Amérique.
 
Résoudre ce problème, qui est lié à la suprématie coloniale du français sur le créole, revient, selon le Professeur, à appliquer les lois de la république prédisposant des normes officialisant  le créole comme langue parlée par tous les haïtiens. Cette langue parlée par tous les Haïtiens est un instrument indispensable pour le respect des droits humains en Haïti.  En outre, l’esprit de ces lois officialisant le créole converge avec les résultats scientifiques en éducation et en linguistique qui priorisent la langue maternelle des apprenants comme outil nécessaire en salle de classe. 
 
Dans son entretien exclusif à TOP HAITI ce samedi 10 aout 2019, le professeur indique avoir été victime lui-même des préjugés auxquels beaucoup d’enfants ont à faire face. « Durant mon enfance à l’une des écoles très connue de la capitale et dans ma famille, la langue créole n’avait pas été considérée comme une langue à part entière », note le membre de l’académie créole.
 
Selon le Professeur DeGraff, l’origine des préjugés contre certaines langues remonte à celle de l’humanité elle-même. «  Les langues ont toujours servi soit comme outil de libération soit comme outil de domination », précise-t-il.
 
En guise d’illustration, le Professeur DeGraff a cité la Bible qui, dans l’une des histoires racontées dans l’Ancien Testament, avait en son centre deux tribus qui devaient se différencier par la prononciation d'un seul mot (« Schibboleth » ou « Sibboleth » en ancien hébreu) par les hommes de Galaad ou d'Éphraïm.  Ceux qui disaient « Sibboleth » au lieu de « Schibboleth » étaient massacrés (Ancien Testament, Juges 12:2). Une histoire pareille a été reproduite, selon le paneliste de TOP HAITI du 10 août 2019, dans les relations haïtiano-dominicaines lors du massacre orchestré par Trujillo.
 
Selon le Professeur, la Francophonie est un autre exemple où certaines langues (dans ce cas, le français) jouent un rôle clé dans la promotion d'intérêts politiques et économiques qui avantagent certains groupes au détriment d'autres groupes. Selon l'analyse du professeur, c'est la majorité de notre population en Haïti qui souffre de ce « schibboleth » francophile — et cette francophilie est une des causes profondes de notre sous-développement.
 

Le Ministère de l’éducation Nationale de la Formation Professionnelle (MENFP) ainsi que tous les autres institutions étatiques, y compris l'Université d'État d'Haïti, devraient, de l’avis du professeur DeGraff, se conformer à nos lois et aux sciences de l'éducation, de la linguistique, etc., en introduisant la langue créole dans tous les manuels utilisés par les étudiants, et ceci dans toutes les matières et tous les niveaux du système éducatif. 

Godson LUBRUN
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