Haïti-Artibonite : La misère à Anse-Rouge, pire que la mort !

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Située à vingt mille lieux dans le département de l’Artibonite, la commune d’Anse-Rouge constitue l’un des endroits les plus reculés et les plus négligés du pays. La misère semble être pire que la mort dans cette contrée désertique et privée presque de tout, a constaté Haïti Press Network.

Malgré le constat désolant et écœurant de la capitale haïtienne, si l’on reste seulement à Port-au-Prince sans faire le déplacement vers les autres départements, on ne connaîtra point la réalité triste et difficile que vit une quantité non négligeable de nos frères et sœurs en région.

Anse-Rouge est l’un des endroits malades de la République et, ses habitants qui ne savent à quel saint se vouer, n’ont pas le remède qu’il faut pour parvenir à sa guérison, observons-nous, lors de notre passage dans le milieu le jeudi 25 avril dernier.

« Nous vivons ici par la grâce de Dieu. Avec l’aide du seigneur nous luttons pour survivre. Mais il faut dire que la vie est très amère ici », nous siffle un personnage dans la soixantaine qui noyait sa misère dans une bouteille d’alcool.

À Anse-Rouge privée d’infrastructures routières et sanitaires, d’eau potable, d’électricité et de télécommunication pour ne citer que ceux-là, jeunes et vieux se confondent. La différence n’est pas toujours facile à faire. Car, la misère noire et la désolation de vivre une vie d’enfer, se lisent sur quasiment tous les visages fatigués. Même le téléphone portable qui est la chose la plus à la mode ces derniers temps est très rare là-bas. Le signal fait défaut, faute d’installation d'antennes, constate l’Agence.

Dans la commune d’Anse-Rouge, où il faut des Gonaïves étant, au moins trois heures de course en voiture tout terrain pour y arriver, l’agriculture ne fleurit pas, selon Francky, un jeune homme dans la vingtaine qui nous servait de guide. En quête d’un mieux-être, Francky projette de laisser bientôt sa ville natale pour venir grossir la population de Port-au-Prince déjà au bord de l’asphyxie.

« À Anse-Rouge, la terre est salée et n’offre pas grande possibilité de productions agricoles. C’est le sel qu’on y produit le plus. Ici on ne vit que de petit mil, de pastèque (melon), du sel et des fruits de mer », nous informe Francky, l’air un peu hagard et la voix nasillarde sous l’effet de l’alcool.

Sans retenu, ce dernier nous indique au passage que lorsque la capitale est bouleversée à cause des commotions politiques, l’impact se ressent automatiquement à Anse-Rouge. Car, le sel produit là-bas qui est censé l’unique production de subsistance, reste sur place, faute de paralysie du secteur des transports.

Durant le trajet, nous n’avons malheureusement, pas remarqué aucun poste de police ni de patrouilles fixes ou mobiles sur la route. Nous ne voyons au sol aride et sec, que des cactus, des « bayarondes » et des savanes désolées des deux côtés de la route carotteuse, poussiéreuse et rocailleuse qu’on pourrait même classer parmi les routes de l’enfer du monde. Signe évident qui laisse comprendre aux visiteurs avant même d’arriver au bourg, la dimension de la misère dans cette commune de l’Artibonite. 

« C’est le désert ici. La misère nous guette de jour comme de nuit. C’est pire que la mort. Les autorités sont très rares à visiter cette population désœuvrée. Nous sommes livrés à nous-mêmes », se lamente Solange, une vieille dame revenant de marché qui trimait sur la route avec son ânesse surchargée.

Dans ce lieu apparemment maudit où des enfants nus et/ou en haillons de misère courent de toutes parts dans les bois pour venir admirer le passage d’une voiture, la vie ne sourit pas. À l’instar d’autres populations négligées de la République, les habitants d’Anse-Rouge attendent désespérément et dans l’expectative des bras secourables. Mais d’où viennent-ils et quand arrivent-ils quand on sait que la politique prend le dessus sur tout en Haïti et que les conditions socio-économiques des plus pauvres se conjuguent toujours dans les discours sans suite?

Texte et photo : Alix Laroche

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