Haïti-Société: Portrait d’un débardeur de camionnettes pas comme les autres

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La précarité de la situation socio-économique du pays engendré par un taux de chômage des plus élevés,  oblige de nombreuses personnes à s’investir dans des activités parfois très difficiles pour subvenir à leurs besoins. Même des personnes du 3e âge et handicapées ne sont pas épargnées. Antonio Charles est un cas typique de notre description. Il nous a confié quelques mots en pleine activité de débardeur à la rue des Miracles.

Né le 17 septembre 1956 dans le département de la Grand’Anse, notamment à Jérémie, Antonio Charles est un estropié. Père de 7 enfants dont 4 filles et 3 garçons, il se livre dans l’exercice de débardeur de camionnettes et de bus à destination de divers circuits à la rue des Miracles (Centre-Ville). Il pratique ce métier depuis 2001, nous a-t-il confié. Et, il y tient encore malgré ses 63 ans et son handicap majeur. 

En dépit de tout, il assure avec manière et dextérité le remplissage des camionnettes et les bus pour le bonheur des chauffeurs qui lui donnent en retour, suivant la réalité du métier, l’argent équivalent au prix d’un passager, une fois l’engin rempli.

Canapé-Vert-Lalue/Lalue-Canapé-Vert…hurle-t-il sans relâche. Question d’attirer l’attention des passagers et passagères. Soleil de plomb et pluie ne le dérangent guère. Car, c'est ainsi que ce personnage de 63 ans à mobilité réduite se débrouille presque tous les jours à la rue des Miracles pour essayer de joindre les deux bouts de la chaîne.

Selon le natif de la cité des poètes, il devient estropié en 2001, suite à des attaques subies chez lui par des bandits qui lui ont tout dérobé. Le vieux, visiblement flegmatique, semble digérer avec beaucoup de peine son handicap. « Les bandits m’ont tout volé, y compris un argent que j’ai eu », se rappelle-t-il amèrement.

Contrairement à certains jeunes chômeurs qui se livrent à la délinquance, le banditisme, la drogue et la prostitution, ce malheureux lui, quoique handicapé, a plutôt choisi de charger des véhicules pour survivre.

N'a-t-il pas besoin du soutien de l'État haïtien comme tant d’autres personnes du 3e âge et handicapées ? Telle est l’interrogation de beaucoup d’observateurs qui constatent comme nous, la vie quotidienne d’Antonio Charles.

Couturier, boulanger et spécialiste en soudure : ce sont d’autres professions que dispose Antonio Charles qui prend le chemin de l’église (protestant) depuis déjà plusieurs années. Mais, regrette-il, son handicap l’empêche de les exercer convenablement. Il pense à un petit commerce parfois, néanmoins, sa foi chrétienne ne lui laisse pas le courage de vendre les produits souhaités.

« Je suis un chrétien. Je ne peux pas vendre de l'alcool ni de la cigarette chez moi à Soleil 13. Je vais à l'église chaque dimanche et à d’autres cultes religieux  (jeûne) chaque mercredi », nous explique-t-il.

Autrefois, Antonio Charles avait l'habitude de recevoir une petite subvention mensuelle de l'État, notamment de la Caisse d'assistance sociale (CAS), nous a-t-il fait savoir. Mais depuis belle lurette, il ne trouve plus rien et personne ne lui dit pourquoi, déplore le courageux vieillard. 

Partant de ce constat, il appelle les autorités concernées, particulièrement les responsables du ministère des Affaires sociales et du travail (MAST), à faire le nécessaire pour lui permettre de bénéficier à nouveau cette subvention afin de pouvoir répondre à ses urgents besoins.

Mackendy Emmanuel Alexis

 

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