Haïti-Crise politique : le chaos n’est pas inévitable, selon Rosny Desroches

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Face à la crise politique qui semble s’intensifier, le professeur Rosny Desroches, responsable de l’Initiative de la Société Civile (ISC), préconise une solution par voie de conciliation car selon lui, les politiques peuvent éviter le pire au pays si les bonnes décisions sont prises au moment opportun, soit avant le 7 février 2021.

 

L’absence d’un Conseil Constitutionnel, capable de trancher sur les ambiguïtés que pose l’interprétation des textes de loi représente le principal manque à gagner dans la crise actuelle. Ainsi, cela fait perdurer le débat autour de l’échéance du mandat présidentiel d’où l’équipe au pouvoir et l’opposition défendent respectivement la date du 7 février 2022 et celle du 7 février 2021, de l’avis du professeur Rosny Desroches.

 

Rendant dysfonctionnel le Pouvoir Législatif après avoir constaté – dans un tweet publié le 13 janvier 2020– la caducité du parlement, est un triste précédent qui a aussitôt fragilisé le mandat du président Jovenel Moïse, estime l’acteur de la société civile. Le mauvais précédent créé par le chef de l’Exécutif n’est pas irréversible, insiste M Desroches qui est convaincu que les mouvements habituels de protestations ne peuvent aboutir qu’à des affrontements entre les protagonistes, événements malheureux qui risquent d’être préjudiciables au pays.

 

Le dialogue est le moyen idéal pour résorber la crise

Les protestataires promettent de déloger le locataire du Palais National à l’approche du 7 février 2021. Une guerre civile est imminente si les parties ne trouvent pas le juste milieu. Les mouvements insurrectionnels de 2019 ont fait souffrir les membres de la population. Ils ont accentué la misère dans certaines zones rurales. L’économie haïtienne a connu une croissance négative de 4% en 2020 à la suite des manifestations récurrentes. Une plongée caractérisée notamment par la destruction de richesses pendant les années précédentes, selon les économistes. Et il faut revenir 25 ans en arrière, lors de l’embargo au début des années 1990, pour constater un niveau aussi faible.

 

Opter pour la violence n’est pas la meilleure solution, souligne le professeur Rosny Desroches qui juge que de telles approches continuent d'impacter négativement la vie sociale de même que l’économie. Une guerre civile aura certainement des conséquences désastreuses qui feront reculer le pays de plusieurs décennies.

« Il faut créer un climat propice au dialogue. Seul un compromis peut conduire à la résorption de la crise sociopolitique et économique », persiste-t-il en précisant que l’on ne peut/doit pas combattre le mal par le mal.

Nos voisins dominicains ont trouvé une formule

La République voisine a vécu de pareilles situations, rappelle Rosny Desroches. A l’époque, Joaquín Balaguer, vainqueur du scrutin présidentiel, était contesté car il bénéficiait d’une faible avance sur son rival José Peña Gómez. Avec la pression du secteur privé des affaires sur les politiciens tant du côté du pouvoir que de celui de l’Opposition et sous l’égide de l’OEA, un accord qui a écourté le mandat de Joaquín Balaguer a été trouvé, afin d’éviter la confrontation. Depuis, la République Dominicaine respecte les principes démocratiques, autant que faire se peut, en vue de maintenir une certaine stabilité politique et économique.

Le modèle dominicain peut aider à éviter le chaos, poursuit le professeur. Selon lui, les acteurs politiques doivent désormais prioriser les négociations s’ils ne veulent pas enfoncer la population dans une misère plus atroce que celle présente aujourd’hui sur le territoire haïtien. Il faut s’habituer à faire des compromis.

Avant le 7 février 2021, l’Opposition et l’équipe de Jovenel Moïse peuvent encore initier le dialogue en vue de sortir le pays de l’impasse. Le temps qu’il reste au président pour boucler son mandat ne servira à rien si les protestations souvent émaillées de violences continuent d'avoir lieu. Finir son mandat le 7 février 2021, Chef de l’Etat peut se sentir lésé mais un accord politique défavorable au président peut être profitable au pays afin de franchir une étape importante dans la crise pour éviter le chaos qui s’annonce, conclut le professeur Rosny Desroches.

 

 

Marvens Pierre

 

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