Ils réduisent mon pays en charnier. « Qu’ils s'en aillent tous », ces charognards ! (Insertion demandée)

Politique
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Par Dr Edelyn DORISMOND


Quelque chose de pourri et nauséeux répand son exhalaison dans la première République noire !  Depuis une semaine les   charognards se délectent des cadavres qui jonchent les sentiers du grand charnier à ciel ouvert que représente la société haïtienne.

Face à en de telle circonstance, devrait proposer des voies de sortie et des annonces d’apaisement, face à un gouvernement qui se terre dans l'indifférence ou le mutisme quand il aurait fallu multiplier les perspectives de solution aux problèmes qui  s’imposent en se complexifiant depuis huit mois, nous constatons la volonté des membres de ladite opposition de répondre au silence et à l’indifférence du pouvoir par les mises à sac et l'incendie des biens, dont certains appartiennent à de moyens entrepreneurs de la classe dite moyenne, par les barricades coupant les axes de circulation empêchant toute forme de ravitaillement.

 Dans ce bras de fer des oppositions politiques et de la présidence,  le "peuple " dit sa colère et son énervement contre des conditions d'existence qui le produisent en pur animal (zôê) qui exploite sa propension à l’effervescence, nommée ailleurs «violence», laquelle se met en scène au profit des uns et des autres, mais, jusque-là, au détriment dudit peuple.  La communauté internationale, se dressant généralement en instance éthique de gestionnaire de conflit, s'enferme dans la rhétorique du légalisme et justifie la situation par le recours aux principes démocratiques de l'épuisement du mandat obtenu par les élections. Bref, tous les acteurs   du   jeu   politique   haïtien,   présidence,   oppositions   politiques,   société   civile   et communauté internationale, se font spectateurs de la scène macabre de nos vieillards et enfants affamés, épuisés et malades, de nos femmes enceintes, etc., qui n'ont pas pu être acheminés   vers   les   hôpitaux,   désertés   par   les   soignants,   eux-mêmes,   incapables   ou impuissants à prendre le risque mortel de franchir les barricades, défendues par des militants ou des brigands improvisés.

Hier, j'ai entendu une mère de famille, dans ses pleurs et désespérances, décrit son profond inconfort. Elle raconte qu'il lui est impossible d'avoir accès à du lait, de l'eau potable pour nourrir son bébé. Quelle douleur ! Qu'a fait cette mère pour vivre cette épreuve gratuite, puisqu'au fond ce mouvement renferme dans sa démarche la stupidité des jeux d'enfants : on se bat pour se battre, sans conséquence ? En pleur, cette mère vidée d’espérance, remplie de douleur représente le type des mères- combien elles sont nombreuses !- confrontées depuis une semaine à cette impuissance, à cette misère humaine produite par la dérision, l'absurdité d'une lutte qui ne ménage aucunement la vie humaine tout en prétextant se mettre en branle au nom de la vie (Ici la vie devient prétexte de la mort. C’est le principe même du terrorisme d’Etat ou de fraction, qui est mis en œuvre dans cette politique du siège de la société. Depuis huit jours la société est assiégée et personne ne songe à la vie («vie bonne») des citoyens.

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Qu’ils crèvent, ce sera la faute à la présidence, disent les membres de l’opposition; ce sera la

faute à l’opposition, disent les membres du pouvoir. On viendra compter les cadavres à coup de dollars en subvention, disent les membres de la communauté internationale. Des projets seront possibles, s’extasient les membres de la société civile).

  À l'arrivée, qu'il s'agisse du pouvoir central ou du « pouvoir de la rue » dont se réclament   les   groupes   hétérogènes   de   l’opposition, le respect   de   la   vie   est   mis   entre parenthèses   au   nom   de   la   lutte   à   mort,   expression   de   la   haine   de   soi   comme   culture fondamentale du pouvoir haïtien dans toutes ses ramifications. S'est-on demandé de quoi vit-on depuis huit jours dans un pays où la majorité des citoyens vivent au jour le jour ?  S'est-on inquiété de la situation de nos vieillards, de nos enfants, de nos jeunes qui ne comprennent rien à ces tragi-comédies qui rappellent notre 19e siècle ? Une méchanceté abyssale noue présidence,  gouvernement et opposition et indique la culture de la «banalisation du mal» qui travaille les lieux du pouvoir en Haïti.

Il est révoltant d'assister à ce jeu infernal où le bon sens, le respect de la dignité humaine s'efface de notre perspective politique au profit d'intérêts mesquins, de complicité malsaine et de courte vue dont le sens est la bestialisation de la vie de nos citoyens. Il est indignant d'assister à cette noirceur qui rature le sens éthique au profit des calculs stupides de petits quincaillers, d'apprentis politiciens, du pouvoir ou de l'opposition. Il faut nous indigner

aujourd'hui au nom de l'humain face aux heures macabres auxquelles nous astreignent la communauté internationale, l'opposition politique et le pouvoir central. Indignons-nous face au silence ténébreux de tous les complices de la douleur, de la souffrance de nos compatriotes les plus vulnérabilisés.

 

Dr Edelyn DORISMOND, Professeur de Philosophie au Campus Henry Christophe de Limonade-CHCL-UEH, Directeur de Programme au Collège International de Philosophie-Paris, Responsable de l'Axe

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