Haïti-Coronavirus : Libres réflexions sur le travail social et le sort des enfants en confinement

Idées et Opinions
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Hancy PIERRE

 

 

 

 L’enfance, soit un moment marqué par diverses phases de socialisation est dans les tourmentes, dans le contexte de la pandémie du COVID19. Les enfants tant ceux qui fréquentent l’école, les champs ou la rue s’accrochent aux loisirs. Ceux ou celles ayant à leur disposition des gadgets électroniques ne compensent pas pour autant ce besoin.  Aussi le rationnement drastique de l’électricité est un manque sévère pour profiter de ces gadgets. Ils ou elles ont nécessité du rapprochement de ses pairs et de s’échapper du même coup du contrôle souvent autoritaire des parents ou d’autres proches. 

 

Le temps de confinement loin de garantir et satisfaire les besoins en loisirs s’apparente plutôt à l’oisiveté. Les enfants sont sur le choc. Les enfants placés en institution sont doublement contraints à souffrir du carcan institutionnel. 

 

Leur rythme de vie s’est brisé avec la fermeture de l’école. Il doit être clair que l’école renvoie au temps libre. C’est aussi un lieu de socialisation qui alimente entre autres l’identité de l’enfant. Des parents se plaignent aussi de la présence imposée de l’enfant à la maison pour avoir délégué leur rôle aux éducatrices et éducateurs. Ce, en dépit du bien fondé de mesures de distanciation physique par rapport aux enfants qui se seraient révélés de porteurs asymptomatiques du virus et le transmettre éventuellement aux grandes personnes. 

 

Il y a une perception que Le budget de consommation devienne alors plus important même dans ce moment de rationnement forcé. Entretemps, la proximité des parents est bien bénéfique sur le plan affectif. Il y en a (des enfants) qui ont beaucoup souffert de ce manque quand des parents sont des cadres professionnels très absorbés par les soucis et pressions du travail. Quant aux enfants dits de rue, ils se sont livrés à eux-mêmes. Ils/elles sont en proie à l’insécurité de rue en période de couvre-feu. Le confinement c’est pour ceux ou celles qui ont un toit où se loger. Les enfants dits de Rue sont concernés plutôt par des mesures d’effacement social ou de nettoyage social. Ce qui devrait interpeller l’Institut du Bien-Être social et de Recherches. La liste de groupes marginaux d’enfants sera longue si nous devons y ajouter les enfants à mobilité réduite, les déficients mentaux, ceux infectés au VIH-Sida qui sont beaucoup plus vulnérables. Les nourrissons sont une catégorie dépendante, comment les protéger de la proximité d’une mère ou d’un proche qui revient des rues étant dans les difficultés d’observer un confinement strict ?

 

Aussi, dans le secteur populaire, les proches sont-ils retenus dans des activités de débrouillardise, le commerce, le travail domestique et l’auto emploi de l’économie populaire qui exigent un fort investissement en temps. Il s’installe des situations de violence intra familiale qui ne sont pas en hibernation du simple fait de la panique créée par la pandémie du COVID19.Combien le confinement peut-il aussi renforcer les problèmes de maltraitance souvent dus à des manquements économiques dans les foyers, dans des contextes de machisme certes. Beaucoup de cas de fugue d’enfants sont liés à la maltraitance de la part des parents. Le confinement n’offre aucune issue malgré les conséquences néfastes associées à la fugue et aux situations d’enfant dans la rue.

 

En effet, les réseaux d’amis et de voisins participent dans la socialisation des enfants à leur phase de recherche d’autonomie, dans la formation de leur personnalité. Le milieu de vie de la rue ou de l’école est source de plaisir. Il n’est pas facile d’en trouver un substitut malgré l’inondation de groupes virtuels. Il semble dans les quartiers populaires, la séparation entre le « dedans » et le « dehors », entre l’intérieur » et l’extérieur soit moins tranchée que celle que l’on observe dans les quartiers « dits privilégiés » et surtout les zones. Les enfants ou les jeunes dans ces quartiers ont à leur disposition des équipements privés comme des gymnases, des terrains de tennis, de basket-ball, de clubs ou bistrots de proximité pour se réunir. Les salons servent aussi d’espace de rencontres sociales et d’interaction. Dans le cas de la zone les rapports sont marqués par une quasi-unicité. Il y a une masse instable de familles dans les zones qui peut varier. Les places, les points de stationnement et la rue viennent compenser des manques et occupés par des adolescents. Il s’agit de lieux où le contrôle des adultes est bien faible. D’autres enfants peuvent aussi se rencontrer dans des fontaines publiques ou des bassins d’eau dans des attroupements souvent sujets à de bagarres. Cela vaut le plaisir pour exercer leur force et leur bravoure. Les coins de rue sont achalandés, les points dans les bourgs, les galettes à la rivière, les bassins de captage d’eau participent aussi dans ces interactions. 

 

Des pratiques dans les villes se sont transposées en termes de « glocalisation » dans ces bourgs quand on écoute les tubes de Rap, parlent de tout et de rien comme des championnats d’Espagne ou d’Italie qui sont différés à cause du confinement exigé dans ces pays très frappés de la pandémie du COVID19.Les coins de rue représentent le principal espace de reproduction de bandes d’adolescents. Les filles, elles-mêmes, se sont conformées à des travaux domestiques sous prétexte du confinement. Elles s’adonnent quelque fois à échanger avec leur communauté virtuelle. Dans les quartiers populaires, les policiers auraient moins de travail d’arrimage et de contrôle en rapport à des formes d’abus apparentés au « nettoyage social » si le confinement avait réussi. 

 

La jeunesse est un groupe social qui établit une relation très intense avec l’espace.

 

Il y a lieu de voir comment revaloriser des jeux traditionnels dans des espaces adaptés tout en respectant les consignes de distanciation physique. Nous voudrions parler des jeux de marelle, les parties de billes, les sauts de corde, la lance javelot, le jeu au cercle, la toupie, le lancement de balle de basket-ball. Je ne cite que ces jeux. D’autres parties qui réunissent que de bandes de quatre ou cinq adolescents peuvent aussi être expérimentées. Des clubs littéraires ou des jeux de correspondance, c’est le moment de les redynamiser. Des ateliers de danse pourraient s’exercer dans les conditions établies pour la protection mutuelle contre la pandémie du COVID 19. A ces propos, des travailleurs sociaux, psychologues et animateurs ou animatrices seraient à même de créer l’ambiance dans les quartiers, villages, lakou ou bourgs. Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et du Service Civique aussi bien que le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle associés à l’Institut de Bien-Être Social et de Recherche ont un rôle moteur dans cette dynamique. Ces instances pourront profiter pour assurer l’éducation des enfants et des jeunes face à la prévention de la pandémie du COVID 19.

 

Tout ceci indique que la routine devrait céder la place à la pratique de créativité en garantissant le professionnalisme et le sens d’engagement citoyen dans un contexte de crise. D’où la nécessité de dépasser la tendance à la médicalisation de la prévention de la pandémie du COVID19 au regard des enjeux posés en la circonstance pour des parties prenantes comme les groupes d’enfants et de jeunes.

 

 

 

Hancy PIERRE

 

Professeur Travail Social

 

Université d’Etat d’Haiti

 

The University of Findlay, Ohio,USA