La Détention Préventive Prolongée en Haïti: une forme d'esclavage? Hancy Pierre Professeur Travail Social,UEH

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La détention préventive prolongée a fait couler beaucoup de salive de discours intempestifs de toutes parts. En dépit des dispositions prévues pour enrayer ce problème, celui ci ne fait que s'empirer. Depuis seulement six mois, la nouvelle administration du parquet de Port-au-Prince a renversé la tendance en ramenant la détention préventive prolongée  à 69% par rapport à 96% et 92% qui correspondent respectivement à l'administration de 2006-2009  et celle de 2016-2017 selon les sources de la Commission Interaméricaine des Droits Humains (2009) dans le premier cas  et les organisations des Droits Humains, dans le second.
 
Des progrès sont enregistrés, malgré les paralysies causées par la conjoncture actuelle d'instabilité politique. Le parquet de Croix-Des- Bouquets a tenté de timides efforts ponctuels pour pallier ce problème,  dans le même contexte. Sous le coup des luttes sociales, le principe de liberté était garanti. Ainsi a-t-il été promulgué la loi du 6 mai 1927 relative à la comparution immédiate. Ce, en pleine occupation étasunienne d’Haïti. Il est écœurant que cette loi ne peut être appliquée jusqu'à date dans le pays de  Dessalines .Le  laxisme des agents de la chaine de justice et l'effritement de l'appareil judiciaire sont préjudiciables au respect des libertés dans un pays qui a banni l'esclavage et promu l'humanité.
 
Le Pénitencier national, le principal centre de détention du pays, conçu pour un effectif de 800 détenus est engorgé entre 4,000 et 4,900 pour connaitre une baisse considérable avec un effectif actuel de 3,352 (Vant Bef Info, 5 juin 2019) détenus pour un total, au niveau national, de l'ordre de 11,600 (Source, Organisations des Droits Humains). Les enfants en situation d’enfermement, particulièrement au Centre de Rééducation Pour Mineurs en Conflit avec la loi, sont passés de 88% a 40% (Source du Parquet de Port-au-Prince) Pour le Commissaire Paul Eronce Villard, la détention préventive prolongée s'apparente à une nouvelle forme d'esclavage. Ce qui complète la nouvelle typologie qui rattache à l'esclavage moderne: le sort des ouvriers sous payés dans nos usines de sous traitance, celui des braceros haïtiens dans les bateys de la République Dominicaine, des travailleurs dans les champs de tomates et d'agrumes en Floride, les enfants en domesticité, les personnes ayant subi la zombification et les esclaves sexuels.
 
Le magistrat Villard clame que la détention préventive prolongée est une forme d'esclavage moderne. C'est une thèse qu'il convient de développer dans nos facultés de sciences juridiques aussi bien que dans les sciences humaines et sociales. En effet, la prison devrait être l'exception dans la famille des sanctions. Le projet de code pénal haïtien envisagerait plusieurs alternatives.  Selon Goffman,  la prison  relève de l'ordre des institutions totalitaires. C'est de l'illégalisme institutionnalisé. « Peu importe la durée de la détention  celle- ci imprime sur le détenu la marque de stigmate ». La personne peut être réduite dans ses facultés au stade de quelqu'un qui perd son identité et connait une dégradation de l'image de soi. Il perd aussi des liens significatifs. La prison réunit des conditions pour stimuler l'instinct de délinquance quand elle provoque la récidive des détenus et la fabrication de délinquants, ce qu'ont rapporté Jean Almando François et Maurice Marquis dans leur mémoire de licence en Service Social sous la direction du professeur Hancy Pierre.
 
Il est bien pertinent de considérer la détention préventive prolongée comme une forme d'esclavage vu ses conséquences en termes de déshumanisation.
 
Le nouveau titulaire du parquet de Port-au-Prince vient se faire une nouvelle approche de la question de la détention préventive prolongée qu'il se propose d'attaquer en optant pour une gestion célère des dossiers au regard de la loi du 6 mai 1927. 
 
 
La nouvelle administration du parquet de Port au Prince fait aussi la promotion des valeurs liées à l'intégrité, la compétence,l'honnêteté, l’assiduité dans le travail et l'engagement citoyen. Voila un modèle de magistrat à répliquer dans un pays dans lequel les valeurs éthiques sont en pleine déliquescence.
 
 
Référence bibliographique-Marquis M. (2019), problématique de la prise en charge des mineurs en conflit avec la loi en Haïti. Etude de cas faite sur le modèle de prise en charge du Centre de Rééducation pour Mineurs en Conflits avec la loi. (CERMICOL) de 2010 à 2015, Faculté des Sciences Humaines, UEH. Haïti, Mémoire non publié.
 
Hancy Pierre Professeur à l'Université, 21 juin 2019
 
 
 
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