Haïti-Environnement : Martissant, le défi !

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Depuis plus d'une quinzaine d'années, disons mieux après le départ de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide le 29 février 2004, le quartier de Martissant est devenu sur presque tous les plans, un véritable défi pour les autorités constituées, notamment en ce qui concerne la sécurité. Un avis partagé d’ailleurs par de nombreux résidents, avides d’un minimum de tranquillité et de paix dans ce quartier misérable mais bondé aussi de gens honnêtes en dépit de toutes les difficultés.

Avant, pendant et après le départ du leader LAVALAS, on avait pu constater à travers les rues de Port-au-Prince, notamment à Martissant, des groupes armés sillonnant des coins et recoins de la capitale. Lourdement armés par des hommes distribuant des armes en veux-tu en voilà, ils étaient pour la plupart des jeunes âgés entre 16 et 40 ans.

Ces gens qui vivent difficilement dans des endroits modestes de cette banlieue sud de Port-au-Prince utilisent, malheureusement, ces armes comme étant une opportunité dans ce pays précaire, où il y a un déficit criant d'emplois. Ce sont des gens armés qui n’ont pas hésité à s’en servir pour braquer, rançonner et tuer des membres de la population. Une situation qui complique davantage la misère des riverains.

Martissant face à trois grands problèmes chroniques

La misère, l'insalubrité et l'insécurité sont les trois problèmes majeurs de Martissant. Pourtant, ce quartier fut, jadis, un lieu de villégiature et de référence où il faisait bon vivre. On s’en souvient notamment de grands clubs de détente qui s’y trouvaient et l’Habitation Leclerc, un espace de référence, dont la Fondation connaissance et liberté (FOKAL) a essayé de revitaliser par la mise en place du Parc naturel depuis déjà quelques années.

En effet, faute du taux de chômage élevé, la situation socio-économique morose des habitants de Martissant engendre une vague d’insécurité sous toutes les formes qui va de mal en pis.

Ce sont les gangs armés qui imposent leurs lois aux résidents paisibles de ce quartier pauvre. Un travail, juge plus d’un, qui devait normalement être celui de l’État, notamment les parlementaires qui sont payés pour légiférer.

Les bandits disposent tristement le droit de vie ou de mort dans ce bidonville en proie à des problèmes de toutes natures, où l’absence de l’État est visible. Les habitants ne cessent de s’en plaindre. Ce, du plus petit au plus grand. 

Martissant est l’un des endroits de la région métropolitaine de Port-au-Prince où les constructions anarchiques demeurent un vrai défi pour les dirigeants de cette République. Livrée à elle-même au milieu d’un déficit de normes d’urbanisme, la population érige ses taudis à son gré, sans tenir compte d’un minimum de respect cadastral.

Ce qui engendre automatiquement la bidonvilisation. Une bidonvilisation engendrée par l’irresponsabilité de l’État qui n’est toutefois pas sans conséquences en période pluvieuse. Les eaux de pluie en furie qui dévalent les pentes emportent toutes sortes de déchets et d’alluvions qui s'amassent en contrebas, entravant ainsi la circulation automobile et piétonne sur la voie publique.

Les récentes pluies qui se sont abattues sur Port-au-Prince, mettent à nu le stade de dégradation environnementale à Martissant et continuent d’avilir les tenants des pouvoirs publics de ce pays.

Les nécessiteux de ce bidonville s’appauvrissent de jour en jour. Nombreux sont ses habitants qui se trouvent dans l’incapacité de survivre ces derniers temps. Et depuis les événements sanglants enregistrés à Martissant au début du mois de juillet, il est à souligner que des gens ont été contraints d’abandonner leurs pénates. Ces derniers appellent à l'aide des autorités, d'autant plus qu'ils sont prisonniers d'une violence aveugle déclenchée par des groupes armés rivaux du quartier pour le contrôle de territoire.

Il y a urgence  

Martissant, expression de l'échec d'une société incapable depuis près de deux siècles de freiner la machine de l'exclusion sociale et économique, est un terrain fertile livré aux criminels et aux politiciens véreux.

Cette banlieue de la capitale constituée principalement de jeunes non scolarisés, n’éprouvant en conséquence aucune attache à la collectivité, doit être nécessairement prise en main, estiment beaucoup d’observateurs. Il faudrait y chasser les corrupteurs pour que la vie reprenne au bénéfice des centaines de milliers de personnes qui vivent quotidiennement dans l’angoisse et la désolation.

D’aucuns jugent bon qu’il faut travailler pour l'intégration de ces jeunes gens sans lendemain meilleur. Un défi sécuritaire et humanitaire est à relever certainement. Mais nos dirigeants en panne d'inspiration pourraient-ils en parvenir ? Penseraient-ils à une solution devant permettre de désaltérer ce peuple assoiffé de justice et de paix sociale? Attendons voir!

Geubara Louimarc Alexis

Enseignant/habitant de Martissant

 

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