Idées et réflexions : Haïti, un moment d’interrogation   

Idées et Opinions
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       Par Jean-Michel CHARLES

Un peu partout dans le monde, malgré les progrès des sciences humaines et sociales, les crises sociopolitiques, économiques et sociales se sont succédées et ont laissé un  monde en pleine réflexion. On cherche à comprendre le sens du développement durable dans un contexte mondial où l’homme n’a pas beaucoup progressé sur le plan ‘’HUMAIN’’. Nous sommes arrivés  à un moment de grandes interrogations sur l’avenir du monde au cœur des crises à n’en plus finir. Ziegler en 2011 voyait déjà  dans le comportement des dirigeants du monde, une marche vers la destruction massive et la faim selon lui, serait l’arme redoutable qui fait que chaque  cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Or l’agriculture mondiale écrit Ziegler(2011) pourrait  nourrir près du double de la population mondiale.  

Nous vivons une période de grande mutation et de grande rupture. Le cyberespace annonce déjà la fin de la géographie sur un certain plan. Le commerce  électronique libère chaque entreprise de ses chaines géographies (Lassere, 2007).  La GAFA ( Google, Amazone, Facebook, Appel) commence  timidement  à remplacer  les services offerts directement et oblige les États à adopter d’autres stratégies de mitigation en vue garder, malgré les assauts répétés de la technologie,  un contrôle minimal sur les échanges commerciaux.

En Haïti, il semble que l’État a fait naufrage en laissant que des épaves difficiles à colmater. Le peuple haïtien a Huberisé, voire remplacé l’État en donnant le ton à tous les niveaux : Tout d’abord sur le plan de l’urbanisation, c’est le peuple qui construit ses propres villes avec ses maisons de fortunes,  des bâches et des corridors;  CANAAN est la plus récente ville construite avec l’appui de plusieurs ONG qui existent au nom de la misère des peuples. Pour avoir l’électricité, le peuple doit se débrouiller.. le peuple a la solution facile: prise, konbèlann, inverter, groupe électrogène etc... Pour avoir une bonne école pour éduquer son fils, il faut payer le prix fort.  N’en parlons plus de la sécurité qui est achetée aussi à un prix très fort.

La situation  que nous sommes entrain de vivre en Haïti est tout simplement déprimante notamment pour les éléments de la classe moyenne qui sont jusque là, restés très loin de la  réalité de la MISERE profonde du peuple.  Elle est l’expression d’une société en pleine déconfiture  face à un État prédateur ou un État qui protègent les prédateurs. Plus d’un a perdu espoir et nous comprenons la profondeur de leur déception et leur frustration. Les jeunes et les moins jeunes ont perdu l’espoir de voir luire le soleil de la justice, l’équité et l’égalité où les règles du jeu sont respectées. Ils ont perdu l’espoir  de revoir des rues propres, des jeunes respectueux, des écoliers saluant leur bicolore avec fierté.   Les jeunes ne croient plus dans la méritocratie, ils ont perdu l’espoir  de travailler dans la dignité pour gagner sa vie plutôt que d’attendre les miettes tombées de l’assiette des nantis.

Dans ce grand désordre, il est venu le temps d’une grande réflexion sur l’avenir d’Haïti car les protagonistes n’ont plus de solutions aux maux du pays. Il est donc urgent de réfléchir et de trouver une troisième voie crédible et inclusive, pour commencer à mettre le pays en scelle travaillant pour des solutions durables en mettant en place des grands projets structurants qui rentrent dans le cadre d’un Plan directeur de développement national. Il faut divorcer d’avec cette société  d’exclusion ou nous pensons de manière individuelle  à notre petite personne. Or sans la solidarité, l’entre-aide, il est difficile de progresser.

Nous avons  au moins trois raisons pour lesquelles nous devons continuer à garder un espoir inébranlable dans l’avenir d’Haïti :

(i)                 Le système qui a fait naitre ces montres au pouvoir est arrivé à son paroxysme, il ne peut plus s’autoréguler. L’exploitation à outrance et la grosse machine de la corruption sont en panne d’idées fallacieuses et de stratégies maffieuses. Les nouvelles technologies et les médias ont défiées  les secrets d’État en mettant à nue les mensonges qui servaient de toile de fond des actions gouvernementales. On ne peut plus reproduire en Haïti les pratiques des années 60. La répression, les escadrons de la mort, les emprisonnements et les fusillades en plein jour, ne sont plus possibles.

(ii)               Contrairement à ce qu’on peut penser, le peuple haïtien même quand il choisi un homme sans cerveau, ni cœur, sait que cet homme  doit leur rendre quelques services en retour. Dans le cas contraire, il serait contraint de partir.  Beaucoup de pressions sont exercées sur les sénateurs et les députés  pour qu’ils partagent ce qu’ils ont eu pour des petits projets.

(iii)             Il n’est un secret pour personne que dans les deux camps : Pouvoir et Opposition, il existe des pyromanes et des assoiffés de sang. Ils sont prêts à tout faire  pour occuper l’espace du pouvoir sans avoir le pouvoir d’une bonne perception du pouvoir. Or le pouvoir doit nous donner le pouvoir de servir d’abord. Le départ d’un président dans un système bâti sur la corruption et l’exploitation ne change pas pour autant le système. Il faut penser à changer la machine qui produit ces monstres. C’est ‘’la véritable revendication du peuple’’. Le peuple est entrain de se réveiller et personne ne peut prédire ce qui va se passer dans les mois à venir.

 

Haïti durant les 50 dernières années a perdu l’essence qui faisait d’elle une nation fière ou la liberté, la fraternité et le savoir-vivre ensemble à travers le konbitisme dans la perspective d’Odette Roy Fombrun,  faisait  de nous ce que Jean Mettelus(1987) a appelé ‘’une nation pathétique’’. La mobilisation commence à prouver que si le peuple se met ensemble pour une bonne cause, il peut bâtir l’avenir et peut reprendre espoir. La situation ne sera pas résolue si le secteur privée, les partis politiques, les forces vives du pays ne se concertent pas pour un GRAND PROJET NATIONAL INCLUSIF avec des hommes et des femmes sérieux et sérieuses  qui ont le désir de servir et qui sont prêts à mourir pour le pays.

A la lueur d’une lanterne, il faut  chercher des hommes et des femmes, capables de se sacrifier pour sauver la patrie commune.  Est-ce vrai qu’aucun sacrifice n’est trop grand pour sauver le pays: « notamment, le sacrifice de l’orgueil, du pouvoir, du mandat…. ». Je lance un défi avec l’espoir comme boussole!

 

Jean-Michel CHARLES

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