Haïti-Décès : Jean Claude Fignolé et le Collège Jean Price-Mars

Idées et Opinions
Typographie

 

Yves Roblin est responsable de la Direction de la planification et de la Coopération externe (DPCE) du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). Comme tous ceux-là qui s’expriment suite au départ éternel du feu écrivain et éducateur, Jean Claude Fignolé, Yves Roblin s’est accroché aussi à la plume pour esquisser ses propres mots. Mais des mots qui mettent un accent particulier sur la magnanimité du Collège Jean Price-Mars qu’il considère comme un patrimoine, dont Fignolé a été membre fondateur. Yves Roblin a choisi de partager ses lignes aux lecteurs de HPN.

C’est avec consternation et larmes aux yeux que les anciens du Collège Jean Price-Mars, les collègues et les connaissances de Jean Claude Fignolé ont appris cette nouvelle. Moi personnellement, je ne pensais pas que Fignolé, auteur de « Les possédés de la pleine lune » allait nous laisser soudainement. Parce qu’il était en bonne forme tout au début de l’été.

Ce n’était pas un homme ayant une santé chancelante. Bien qu’il souffre depuis quelques années de la maladie du diabète. Il paraissait fort et robuste, même en apparence. Mais malheureusement, la mort l’a surpris le mardi 11 juillet 2017 pendant qu’il était de passage à Port-au-Prince, victime d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC). Selon ce qu’a rapporté le prof.  Elysée, un des membres de la direction du Collège. 

Et Me Ben qui était en voyage pour des ennuis de santé devait écourter son séjour. C’est lui qui m’a annoncé que les funérailles de Jean Claude seront chantées le samedi 22 juillet dans la matinée vers 8 heures. De surcroit, une veillée funèbre s’organise à Montana dans l’après-midi du vendredi aux fins de recueillement de témoignages poignants de ses parents et de ses proches. 

Depuis une décennie, Jean Claude Fignolé vivait avec ses proches aux Abricots, sa ville natale, près de Jérémie. En raison de ses idées développementistes, la population l’avait élu comme maire. Avant sa disparition, Jean-Claude se réfugia dans l’écriture pour invoquer les muses eu égard à l’intermède à la mairie. Aussi voyagea-t-il à l’extérieur pour rencontrer des confrères écrivains s’imprégnant de la « pensée spirale ». 

Toutes proportions gardées, c’est un nouveau paradigme dans la littérature haïtienne.

Pour Jean Claude Fignolé comme pour Franketienne, la notion de « Spirale » est considérée comme une tentative de trouver le mouvement infini  de la vie, une tentative de saisir ce courant à travers le chaos et un approfondissement du matérialisme dialectique. Ce qu’Edouard Glissant appelle le chaos-monde. Face à la complexité de la vie et en période de crise morale, les  tenants de ce courant ont même perçu la Spirale comme l’essence de tous les phénomènes vitaux (le psychique, le mystique, l’historique, le social). L’homme haïtien hérite d’une formation sociale emmaillée des luttes intestines, des bagarres sempiternelles des hing-hang perpétuels et des occupations étrangères. Et la vie devient chimère comme dit le chansonnier. 

Dans la même veine, je fais allusion au réalisme merveilleux de Jacques Stephen Alexis, au mouvement indigéniste de Jean Price-Mars, les Griots de Lorimer Denis pour exhorter nos écrivains à se démarquer du plagiat et à être soi-même le plus complètement que possible avec de nouveaux néologistes issus du terroir.

Je me demande en marge pourquoi notre ministre de l’éducation, Pierre Josué Agénor Cadet n’intègre-t-il pas ce courant de pensée de type éclectique dans le curriculum du Secondaire rénové au même titre que l’Ecole de 1836, l’Ecole patriotique, la Génération de la Ronde, le classicisme, le romantisme, le Parnasse et j’en passe, avec une bonne dose d’Approche Par Compétences (APC) dans la conception du socioconstructiviste Lev Vygotsky ?

Jean-Claude restera un grand poète de la couleur locale nonobstant la langue d’utilisation. Brillant professeur à l’Enseignement secondaire privé, il interviendra au niveau des classes humanitaires pour les littératures haïtienne et française que ce soit à Price-Mars, que ce soit au Centre culturel  et que ce soit au Collège Honoré Féry de Roger Larose. 

Par ailleurs, Fignolé fera partie de la galerie des fleurons marquant l’enseignement en Haïti. Je ne peux m’empêcher de citer : Fritz de la Fuente, Mona Bass, Carl Jean-Baptiste, Joseph Sainvil, Jean Eddy Mode, Roland Mathieu, Gérard Gourgues, Manfred Guiteau, Frankétienne.

Avec ce dernier, il construira le courant spiraliste en littérature sans oublier Philoctète. Il faut dire en passant que ce genre littéraire est très récent et n’arrivera pas à s’appliquer dans notre littérature par le fait qu’il y a la persistance du traditionnel sur la réforme. 

Voyagé vers le Japon où il s’était épris de la culture japonaise avec son éducation, ses arts plastiques et sa langue. Une fois rentré au pays, Fignolé écrit « Hofuku » dans une vision cosmo politiste qu’il avait vendu à tous les enseignants du Collège dont moi qui revenais de l’École normale supérieure en Sciences sociales où Victor Benoit m’enseigna l’histoire de la Caraïbe.

Comme je disais tantôt à des collègues  que c’est au Collège où  j’avais fait ma classe de Philosophie en année académique 84-85 après avoir laissé le lycée national Antênor Firmin avec l’aide d’un grand ami et condisciple Jean Charles Dato Theard. C’est là où ma sœur aînée Mimose R. Delva  qui vit depuis des lustres au Canada a aussi fait la Philo en 1976-1977. Et c’est elle qui  m’a conseillé de m’inscrire à l’institution puisque l’année précédente, le lauréat national en Rhéto D répondant au nom de Jean Elie Bazelais, devenu par la suite Médecin-urologue de son état, était de cet établissement. Arrivés au Collège en octobre, mon ami Dato et moi  avions lié connaissance avec René Philoctète de regrettée mémoire, Jean Claude Fignolé ainsi qu’avec Victor Benoit.

Toutefois, en novembre 1984, notre professeur d’histoire nationale, Me Ben, enseignant au Collège Marie-Anne et au Price-Mars devait s’exiler. Philoctète et Fignolé prenaient en main la Direction du Collège, soutenus par Me Cadet de l’économat, prof. Ignace Jean Baptiste et M. Prudent, Préfet de discipline,  de regrettée mémoire. Puisqu’il y a deux ans de cela, le fils de Witchild Prudent m’a dit que son père, ancien professeur de physique chez les sœurs de Sacré-Cœur, était mort aux USA, souffrant de l’hyper-tension artérielle. 

Je voulais partager avec vous une toute petite anecdote sur l’auteur « Des iles qui marchent » que fut René Philoctète. Quelqu’un disait un jour que Philoctète fut né en 1932 sous l’occupation américaine d’Haïti et  mourut  en 1995 sous la tutelle des casques bleus de l’ONU à dominante américaine. René était très offusqué lorsque les blancs ont re-débarqué sur le sol national. Pour lui, ce sont les ambitions de nos hommes politiques qui ont conduit le pays en maintes occasions vers l’ignominie et la honte. Et pourtant, Dr Turnep Delpe (mort récemment) préconisa la Conférence nationale pour s’offrir une alternative à la nation en se mettant d’accord sur un minimum de projets pour conduire le pays vers un niveau de modernité et de progrès social. Les élites tout en la banalisant l’ont rejetée d’un revers de main. Et Philoctète  pour peindre la société avec ses crises récurrentes a écrit de nombreux  Romans  dont «  Parfois, il faut que les dieux meurent ».

En dépit des soubresauts, la décennie 80-90 fut l’âge d’or du Collège Jean Price-Mars et le triomphe du Collégial en Haïti avec Benoit, Philoctète et Fignolé. Toutefois, deux catastrophes de type politique et météorologique ont ruiné ladite institution savoir : le coup d’état militaire  de 1991 et le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Nombre d’élèves et d’enseignants furent contraints à abandonner le Collège. Depuis lors, les Associés ont eu du mal à se faire une santé en regard d’une clientèle insolvable. 

Il ne me reste qu’à dire à Jean Claude, tu étais un citoyen honnête et exigeant en qui je voyais un bon entrepreneur voire un grand écrivain. Tu as pu monitorer une œuvre qu’est le Collège Jean Price-Mars pendant plus de 45 ans d’existence (1972-2017) sans heurs et sans fanfaronnades.  Tu as lancé un formel démenti à tous ceux-là ou celles-là qui croient que les associations de type consortium, cela ne fonctionne pas chez nous. Félicitations Jean Claude, Félicitations Ben, Félicitations René. 

Au nom des Anciens du Collège Jean Price Mars et sans oublier les miennes propres, je présente toutes mes sympathies à sa femme, à ses enfants et  aux élèves : Carrel, Jean Gardy et Fritz Gérald FIGNOLE ainsi qu’à l’Ing. Pompidou DORVAL,  Jessie Ewald BENOIT, Marjorie RIVET, à Betty GILOT, Martelly REVOLUS, Maguy JANVIER  et au Dr Nixon A. CHARLCEUS. Les Saintes Ecritures nous enseignent, toutefois, que les morts ressusciteront bientôt pour le Grand Jugement du Trône Blanc. Repose-toi en paix, Jean Claude, grand écrivain devant l’Eternel.

Yves Roblin

Ex-boursier à l’UNESCO de Paris

et Ancien du Collège Jean Price-Mars.

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., 3170-4778.

 

 

 

 

Inscrivez-vous via notre service gratuit de courriel d'abonnement pour recevoir des notifications lorsque de nouvelles informations sont disponibles .

HPN Sondages