Haïti-Ouragan Matthew: Espoir!

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Suite au passage de l'ouragan Matthew le 4 octobre dernier, le journal Le National a publié l'éditorial espoir, un texte prémonitoire par rapport à la gestion catastrophique de l'aide et des frictions entre pouvoir local et pouvoir central. La gestion de l'après Matthew commence étrangement à ressembler à l'après séisme de 2010. Le pays est pris dans un mouvement circulaire ou les mêmes faits tendent à se répéter. nous vous invitons à revisiter ce texte.

Espoir !

L’ouragan Matthew est passé. Avec toute sa puissance. Sous les assauts des éléments déchainés, des toitures ont été arrachées, des maisons éventrées. Les rivières sont sorties de leur lit. Des villes sont en lambeaux. Certaines, coupées du reste du pays. Des familles pleurent. Des citoyens sont arrachés à une vie trop injuste et ont franchi prématurément le Styx. L’apocalypse est ici récurrente.

 

La mer s’est déchainée. Les eaux se sont aussi aventurées à l’intérieur des terres et ont tout emporté sur leur passage. Mais les eaux se sont retirées. Le vent a tout balayé. Mais la tempête également s’est calmée. Seuls restent aux victimes dans ce chaos polymorphe, les souvenirs douloureux de cette nuit d’effroi et surtout l’espoir de se relever. Un espoir fragile, symbolisé à travers un élan de solidarité qui trop longtemps manquait. Certes, tout est à refaire. Peut-être est-ce l’heure de rassembler toutes les forces vives de la nation en vue d’une reconquête de notre identité.

 

Matthew aura certainement reconfirmé la faillite de l’État. Un État incapable de lister les victimes. Pire, de leur venir en aide. Toutefois, ces intempéries n’auront pas tout détruit. Elles ont permis de réapproprier certaines valeurs d’antan – solidarité, partage, unité – qui ont fait des Haïtiens un peuple unique, capable de réhabiliter la liberté comme une valeur transcendante de l’humanité.

 

 Dans ce retour involontaire à l’ère humanitaire, certains prédateurs s’amuseront certainement à mesurer la « résilience » du pays. Un concept qui sonne creux pour ceux qui souffrent. Et combien important pour la marchandisation de la pitié internationale. Les souvenirs douloureux du bidonnage de la reconstruction du pays après la catastrophe du 12 janvier 2010 restent ancrés dans la mémoire collective. Ils devront servir à réveiller la conscience nationale face à la menace d’éparpillement de pseudo-projets de développement estampillés du label « durable ».

 

Contourner la remise en place de cette « gouvernance morale » et faire obstacle au droit d’ingérence humanitaire deviennent dans ce contexte électoral, un devoir citoyen. L’embellie qui se profile à l’horizon avec cette trêve politique annoncée donne le droit de rêver. Les cris assourdissants des victimes de Matthew ont certainement calmé les ardeurs et replacé l’humain au centre des préoccupations. Les rendez-vous constitutionnels et l’obsession des uns et des autres de se parer de l’écharpe présidentielle vont devoir attendre.

 

L’après-Matthew est douloureux. D’autres menaces nous guettent. La résurgence du choléra se dresse comme le nouveau défi de l’heure. La décomposition des carcasses d’animaux et autres déchets cadavériques empestant l’atmosphère à proximité des ruines aménagées et servant d’abris transitoires aux victimes dans les zones dévastées augmente fortement les risques de nouvelles épidémies. Pourtant, l’État est loin de parler à l’unisson. La politisation de l’aide aux victimes constitue en ces temps d’urgence une pollution inutile du processus de relance du pays. Le pire qui puisse arriver, c’est un clash entre pouvoir central et pouvoirs locaux dans l’organisation des secours.

 

Haïti est à genoux. C’est un fait. La convalescence sera longue. Très longue. Mais le plus grand drame engendré par le passage de cet ouragan meurtrier est la destruction des appareils de socialisation et de construction de nouveaux citoyens pour supporter les efforts de reconstruction du pays. L’école en particulier se trouve affectée, grièvement. Conséquemment, l’avenir s’obscurcit et s’apparentera à un véritable chemin de croix si toutes les forces vives de la nation ne convergent pas leurs actions pour traverser cette passe.

 

Le mot catastrophe n’a jamais été un apax ici. Tout comme la capacité du peuple haïtien à se relever. Loin de s’écrouler face aux regards inquisiteurs du monde et des néo-racistes qui voient en la jeunesse du pays des « animaux xylophages », la volonté des uns et des autres de participer à la reconstruction du pays et de l’Être haïtien doit se raffermir. Ce énième rendez-vous avec l’histoire ne pourra être raté. La survie du pays en dépend. L’espoir brille encore !

 

 Lionel Édouard

Source Le National

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