Cette transition qui n’en finit pas : Avec ou après Privert ? (Par Pierre-Raymond DUMAS)

Idées et Opinions
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Avec son expérience de rescapé politique et d’habile sénateur, Jocelerme Privert a réussi à passer le cap des 120 jours, ce qui est certes remarquable dans cet environnement pollué par un Parlement peuplé de « mal élus » ! Mais il n’est pas parvenu à rassembler les Haïtiens autour du seul défi qui compte en tout premier lieu actuellement : l’organisation des élections et,  point marquant, sans l’assistance internationale (?). L’enjeu nouveau est là.

 

Avec tous les soubresauts économiques sociaux et institutionnels qu’elle occasionne, la question électorale n’en finit pas de déchirer et de déprimer les Haïtiens, ces champions de la fraude, pénétrés par l’idée malfaisante que les élections ne peuvent être gagnées que par la ruse, l’intimidation, la violence et même les « wangas », comme vient de le mentionner l’ancien Conseiller électoral Pierre Manigat Jr dans son livre-témoignage. Et si tout n’était pas si simple ? Avec ou après   Privert ? Pour les apôtres de la « longue transition », les Edmonde Supplice Beauzile, William Jeanty, Charles Henry Baker et Co., le déclin national qui crée une dynamique de chaos n’a rien d’inéluctable mais il faut « rebat kat la » : deux ans au moins de gouvernement de salut public pour repartir à zéro et  refonder la nation (lol).

Alimentée par des forces d’argent maffieux et une épidémie inquiétante d’excès de narcissisme et de « particules », la crise est profonde, comme nul ne peut plus l’ignorer, mais les adeptes déterminés ou hypocrites de la poursuite du processus électoralévoluent dans un univers chronophage : le 7 février 2017, c’est la date retenue par l’actuel Cep - avec ou après Privert ? -  pour l’investiture du successeur légitime de Michel Joseph Martelly qui, par son crétinisme et sa provocante désinvolture, est à la base de ce séisme électoral, malgré la présence de troupes onusiennes. La question ici n’a rien d’humoristique ni de surréaliste. Face à l’ampleur déroutante des problèmes, aucun groupe politique ne détient à lui seul les clefs d’une sortie de crise ordonnée et limitée dans le temps. Ainsi que l’ont souhaité la plupart des organisations politiques anti-Martelly, les 120 jours de « l’intelligent Privert » ont permis de revoir le processus qui a conduit à la crise électorale. Cependant les partisans du PHTK et alliés, qui remettent en question la possibilité d’avoir des élections libres, honnêtes et transparentes avec le chanceux président provisoire et le Cep de Léopold Berlanger, ne semblent pas prêts à leur faire ce cadeau, pour  citer le sénateur Murat Cantave, à accepter le « coup d’Etat électoral » en gestation. C’est décidément une manie bien haïtienne. Notre pays, peuple le plus arriéré de l’Hémisphère, souffre d’une tare rédhibitoire : il ne change pas, il s’enlise dans la sinistrose. Mais jusqu’où ira-t-on ?

Avec ou après Privert, les Haïtiens, au lieu de se plaindre des ingérences étrangères, devraient s’en prendre à eux-mêmes. Il n’y a pas de fatalité haïtienne. Il y a certainement des élus et des dirigeants ainsi que des aspirant-dirigeants néfastes. 

La réussite de la « courte transition » - avec ou après Privert - peut venir des hommes politiques eux-mêmes. Mais cela suppose qu’ils fassent leur révolution culturelle. En un si laps de temps ? Là est la question. Désespérante… 

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