Cette transition qui n’en finit pas : le calendrier de Privert (Par Pierre-Raymond Dumas)

Idées et Opinions
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Si le sort du président provisoire Jocelerme Privert – je veux dire la durée et le contenu de son mandat – dépendait de la publication du calendrier électoral, eh bien, c’est fait. De la reprise du processus électoral, clament en grande partie les secteurs et regroupements anti-Tet Kale, dépendra la survie du gouvernement issu de l’accord du 5 février 2016 ! C’est le fait nouveau, un changement de donne, certes, mais tous les projecteurs restent braqués sur le 14 juin 2016, quoi que dise le principal concerné. Pour lui, la réalisation des élections, c’est sa raison d’être, c’est-à-dire sa raison de rester au pouvoir.

 

Même si la réalité est beaucoup plus complexe, tendue, imprévisible, comme le montrent par exemple les déclarations guerrières des parlementaires et porte-parole du PHTK, les « mal élus » ciblés  par la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale, la frange qui prône la tabula rasa (l’annulation de toutes les élections), les choses semblent bouger. C’est désormais aux organisations politiques et aux opérateurs du CEP de se montrer à la hauteur. Et dans cette perspective angoissante, bien des épreuves nous attendent, bien des controverses, bien des violences peut-être.

Il y a cinq mois, les rues de la capitale étaient bondées de manifestants ;   tout a été dit sur les causes de ce climat pollué et sur l’urgence des réponses à y apporter. Va-t-on revivre le même cauchemar ?

La question hante le pays, et il est certain qu’elle aggrave, dans notre psychologie collective, ce pressentiment déprimant qui plombe l’avenir.

La tenue d’élections non contestées passe par une organisation rigoureuse du processus et une transparence effective. Pour ce faire, il faut finir avec le favoritisme, l’exclusion, les irrégularités et les fraudes programmées et l’utilisation des biens publics à des fins partisanes. Il faut aussi rompre avec cette abstention de plus en plus croissante qui ronge notre électorat. Vaste programme, aurait dit Rosemond Pradel.

Si rien de tout cela n’est fait de façon probante, visible, allègre, dans les quatre prochains mois précédents le 9 octobre 2015 (1er jour du scrutin présidentiel, du 2e tour des législatives complémentaires et du 1er tour du tiers du Senat), si le gouvernement comme le CEP, la classe politique et la société civile, et si la presse ne joue pas sa partition avec patriotisme, il ne faudra pas s’étonner que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Faillite historique, pauvreté et insécurité. Après l’accalmie de l’après-Martelly, le temps des élections non frauduleuses est-il arrivé ? Aurons-nous la volonté et l’intelligence nécessaire de rebâtir une Haïti apaisée ? Faut-il encore croire à ce CEP et imaginer que le gouvernement Privert – Jean-Charles va nous sortir du cycle infernal des crises/combustions électorales ? 

Ce sont les interrogations qu’il nous faut affronter avec cette nouvelle transition.

 

 

 

 

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