Aujourd'hui est la Journée Internationale du SIDA. Une journée spéciale pour mettre en exergue les avancées autour de la maladie. Que peut-on dire à ce propos?

 

Grâce au financement des bailleurs (Fonds-Mondial, OhMass, PSI et tant d'autres) nul doute que des progrès significatifs ont été réalisés. Et cette année avec l'introduction de la nouvelle molécule (Dolutegravir) les PV VIH se portent beaucoup mieux. Mais ne laissons pas tout çà nous voiler la face. Beaucoup reste encore à faire.

 

 Avec la détérioration de la situation socio-politique du pays, on ne peut nous reposer sur nos lauriers et espérer que demain sera meilleur, il faut agir. Le thème cette année est très pertinent car malgré tous les tumultes qu'a connu le pays, les associations de PV VIH n'ont jamais baissé les bras. Au contraire nous avons usé de stratégies pour nous assurer que les dommages collatéraux se répercuteraient le moins que possible sur les PV VIH. 

 

Les associations sont en contact direct avec les PV VIH. Nous sommes les 1ères à entendre leurs cris, à écouter leurs doléances et ils ne voient pas l'avenir d'un bon œil. L'insécurité, l'inflation, le phénomène "pays lock" entre autres n'ont pas du tout contribué à apaiser leurs craintes déjà des années précédentes. Que faire?

 

Le thème cette année nous donne la solution. Les associations font effectivement la différence et si vraiment on veut une réponse efficiente à la problématique du VIH/SIDA il faut renforcer les associations. Elles font la différence parce qu'elles sont dévouées. Déjà qu'elles montrent que même avec des moyens limitées (réduction budgétaire, réduction de personnel...) elles peuvent faire des miracles.

 

En ce jour spécial qui nous tient tous à cœur, je tiens à féliciter les associations sœurs qui millitent avec nous pour la cause des PVVIH. Aux bailleurs je dis merci de nous supporter malgré la situation socio-politique du pays. Au Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) je dis merci de nous appuyer en ces temps difficiles. 

 

Je demeure convaincue que les associations ont un rôle crucial à jouer et pour une réponse plus poussée, effective et durable. Pour cela, il faut les renforcer.

 Ainsi nous verrons à quel point qu'elles font et qu'elles feront la différence.

 

Profitons de cette de journée pour célébrer aussi le droit à la vie, à l'équité des genres. Que l'orientation sexuelle, la religion et/ou autres ne soient plus une barrière et qu'ensemble nous travaillons pour l'émergence d'une société plus inclusive, plus juste.

 

Bonne commémoration à toutes et à tous !

 

 

Esther

Directrice de la Fondation Esther Boucicault Stanislas (FEBS)

 

 

 

Par Pierre-Raymond DUMAS

 

Ne pas tenir le langage du dialogue inclusif et lucide, ou n’en pas voir l’utilité, c’est avouer que l’on n’a rien à construire ou à corriger, donc rien à proposer ou à souhaiter de façon consensuelle, que l’on n’a rien à faire pour éviter le pire, donc rien à dire afin d’apaiser le pays, que l’on ne pense rien de bon dans l’intérêt de tous, donc qu’on ne pense tout simplement pas avec un certain sens de l’objectivité.

 

Un discours de paix ou de réconciliation ne doit même pas être diffusable sous le manteau. Même pas avouable, fût-ce à un seul secteur. Il faut penser au pays et à son avenir.

 

Un discours de paix qui se respecte ne peut être que transpartisan. L’objectif de concorde nationale s’annonce lointain, tant les positions des uns et des autres se sont crispées au cours de ces derniers mois. Cette polarisation n’est pas due seulement à la conjoncture mais aussi à une culture mortifère et non-coopérative multiséculaire.

 

Les positions raisonnables qu’on défend de son vivant, si osées, si provocantes qu’elles paraissent, ne sont que des actes de courage. Pour en finir avec ce monde de passions démesurées et de conflits destructeurs où l’intolérance et le manichéisme trônent en jumeaux, il est nécessaire d’instituer des relais de concertation et de gestion des différends entre les divers secteurs et groupes de la vie nationale. Cela en vue du bien de tous.

 

Tenter d’initier une certaine pédagogie du respect du quinquennat du président Jovenel Moïse pressuré et « diabolisé » bien avant son investiture par ses adversaires, c’est démontrer qu’on connaît exactement les limites de ce que peut supporter la société haïtienne actuellement en proie à l’instabilité la plus désastreuse : c’est donc connaître cette société si divisée et c’est l’essentiel. Impossible d’oublier qu’existe cette folle atmosphère de quasi-guerre civile, ou ce crépitement de peur généralisée et permanente, en arrière de l’impuissance des victimes innocentes de cette lutte atroce pour le pouvoir qui a débouché jusqu’ici sur un jeu (dévastateur hélas) à somme nulle.

 

2017 – 2019, ce sont donc trois années de troubles et de manifestations violentes, avec leurs pertes en vies humaines, leurs pertes d’emplois, leur fermeture d’entreprises, leurs nombreuses journées d’écoles perdues, leur fuite de cerveaux et de capitaux, puisque le dialogue et le consensus ne se sont pas imposés en lieu et place du « pays lock » faute d’interlocuteurs constructifs et de protagonistes soucieux du bien commun. Comme dans les précédentes crises, il est beaucoup question ici de démission du président démocratiquement élu et de transition de rupture ou refondatrice, bref, de table rase et de « rupture avec le système ». Mais il y est question aussi de l’ingérence étrangère, de la Conférence nationale (souveraine), de la réforme constitutionnelle ou d’une nouvelle Constitution, du procès PetroCaribe (donc de la reddition des comptes et de la lutte contre la corruption), de la prolifération des gangs armés (expression décadentielle d’un pays en ruines, menacé d’éclatement explosif), etc.

 

A partir de là, ce qui reste à comprendre et à imaginer, c’est : de quoi seront faites les deux dernières années du mandat du président Jovenel Moïse ? Rien n’est statique ni sûr en politique. Promouvoir l’inclusion et l’idéal du vivre-ensemble dans leurs moindres recoins, sous toutes leurs formes, afin d’arriver pacifiquement à l’émergence d’une société stable et prospère, tel devrait être l’objectif primordial de tout Haïtien. Ce sur quoi je n’ai pas encore buté, parce que je suis trop attaché aux principes de tolérance et de compromis, d’ouverture et d’apaisement, c’est sur le corollaire de ce constat : les Haïtiens, en ces temps si épouvantables, n’ont pas d’autre choix raisonnable, d’autre alternative pacifique que de trouver une entente – même minimale avant ou après le deuxième lundi de janvier 2020 qui, faute d’élections législatives pour renouveler la Chambre des députés et compléter le Sénat, entraînera le dysfonctionnement du Parlement.

 

A condition précisément de trouver un accord « largement large » ou crédible pour former un gouvernement fonctionnel capable de faciliter la tenue des élections dans un climat de sérénité, de ne pas essayer de séparer les versants apparemment contradictoires, les faces incompréhensiblement solidaires et irréconciliables d’un même projet, celui de rassembler dans leurs détails les préoccupations du pouvoir et les revendications de l’opposition en une synthèse conciliatrice. Improbable accord ? C’est pourtant l’avenir immédiat du pays qui se noue là, sans que personne s’en doute, entre Nationaux et nos chers pays amis (notamment les Américains) à cause de notre immaturité de peuple (belliqueux).

 

Il faut un véritable sursaut national pour sortir du cercle infernal de l’affrontement inter-haïtien, érigé en modèle politique de conquête, d’exercice et de transmission du pouvoir. Je me demande si on n’a jamais vraiment pris la mesure de l’événement regrettable qu’a pu être le départ précipité, en février 2004, du président Jean-Bertrand Aristide pour l’exil. Une véritable catastrophe ! Moi, au nom du respect de l’alternance démocratique à travers des élections régulières et non des comparaisons para-constitutionnelles, j’étais de ceux qui s’étaient opposés publiquement à ce « kidnapping » préconisé par le mouvement des 184, entre autres.

 

 

Pierre-Raymond DUMAS

 

 

C'est la question que se posent les citoyens  après plus de cinq(5) semaines d'arrêt total des activités économiques et financières dans le pays. Les appels à la démission ne semblent pas préoccuper le chef de l'Etat Jovenel Moïse qui croit dure comme fer qu'il est la cible de ceux-là qui sont ne peuvent plus bénéficier des largesses de l'Etat à travers des contrats juteux signés au cours des deux dernières transitions. Il faut croire que la résolution du problème n'est pas pour demain avec les menaces de l’Exécutif de résilier ces contrats, mais encore que la population ne pourra pas continuer à vivre cette situation avec de nouvelles journées de grève annoncées par l'opposition. 

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Depuis plus de 9 semaines, le pays connait des moments de revendications que l’on croyait terminé depuis 15 ans après le grand soulèvement contre le Président apôtre de la théologie de libération, Jean Bertrand Aristide. Les coups de gaz lacrymogène, les violentes manifestations des rues, l’érection de barricades les unes plus créatives que les autres ne sont pas imaginaires et disent le contraire. Elles représentent les caractéristiques de la nouvelle société où les citoyens demandent une meilleure répartition des richesses.

 

Les chiffres sont explicites et ne mentent pas sur cette inégalité sociale devant laquelle tous ou presque crient à gorge déployé : Trop c’est trop !

 

Seulement 5% de citoyens détiennent plus de 60% de la richesse du pays, aujourd’hui environ 3,5 millions de personnes menacées par la famine, le taux d’inflation a atteint environ 20%, un chiffre record jamais atteint même durant l’embargo des années 90. Haïti est le pays qui enregistre le plus gros taux de chômage dans les caraïbes et les Amériques avec plus de 75%  de la force productive immobile. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens qui ont manqué il y a tout juste une décennie.

 

Des sommes importantes mises à la disposition de nos gouvernements ont été carrément détournées ou dilapidées par des soi-disant technocrates, bureaucrates et des sauveurs venus de nulle part pour étrangler cette nation qui a fait l’histoire malheureusement avec la complicité de plusieurs de certains de ses fils. En moins de vingt(20) environ 15 milliards de dollars devraient être débloqués pour faciliter l’émergence de cette nation avec au passage 11 milliards de dollars de promesses de la CIRH et plus de 4.5 milliards du fonds vénézuélien.

 

De l’argent ont été effectivement débloqué, des conférences réalisées, des dépenses effectuées mais la situation des citoyens s’est donc empirée et la  population devenue plus pauvre qu’avant vivant avec moins de deux dollars par jour. Que s’est–il passer ? La réponse est simple, l’argent a été détourné avec des projets surfacturés et de mauvais calculs économiques et financiers.

 

Quelques années plus tard, les haïtiens n’ont pas accès aux soins de santé de qualité, les ordures jonchent les rues, pas de projets de construction de logements fiables. Pas de nouvelles universités publiques construites, les collectivités oubliées. Bref, on ne pouvait pas s’attendre à grand-chose, Haïti est devenu un Etat en faillite.

 

Les jeunes du mouvement Petrochallengers en 2010, plusieurs d’entre eux n’avaient que 15 et 16 ans. Des adolescents devenus des adultes s’attendaient à mieux alors qu’aujourd’hui ils savent qu’ils vont travailler et payer pour un argent qu’ils n’ont pas dépensé. Et c’est à partir de là qu’ils ont commencé par prendre conscience  de la situation et se poser des questions autour de cet argent : ‘‘Kote Kob Petrokaribe a ? ’’. Où est l’argent du programme Petrocaribe ?

 

Contrairement à ce que certains pensent, la rupture est déjà lancée et désormais les choses ne seront plus comme avant. Les questions seront  posées sur chaque centime dépensé au nom de la population haïtienne qui veut et demande des comptes sur les corrompus qui se sont accaparés des richesses du pays et les ont placées dans des banques à l’étranger ou investies dans des projets aux Etats unis et en République Dominicaine.

 

Au-delà de la crise politique, les contrats juteux dont bénéficient certains hommes d’affaires dans le pays montrent que sous nos yeux l’argent Petrocaribe fait encore des riches depuis des années sans pour autant aider à l’amélioration de la vie des citoyens. Dans les grandes villes comme dans les coins les plus reculés du pays, l’immoralité financière reste l’un des moyens pour garder la classe pauvre dans la crasse et la faim. Des millions de gens sont sans abris, des jeunes gens jouent continuellement aux dominos et prennent de la drogue, s’enivrent de plaisir de toute sorte.

 

Dans les usines, les ouvriers dépourvus de tous avantages sociaux auxquels ils ont droit, continuent de demander une augmentation du salaire minimum pour répondre à leurs besoins sociaux de base. De jeunes étudiants issus des Universités privées et pour la plupart publique cherchent des crédits sans succès pour se lancer dans les affaires. En Haïti,  Dans le système bancaire haïtien, 5 % à 6 % de la population seulement bénéficient de 75 % des crédits bancaires.Il faut une vraie rupture dans cette inégalité socio-économique, car les choses ne doivent plus être comme avant. Trop d’inégalité sociale ! Les jeunes ont le droit d’espérer.

 

Il faut comprendre le langage des barricades qui nous frappent aux yeux. Certains arrachent des troncs d’arbres comme des feuilles de papier pour les ériger dans les rues. Cette force avec laquelle ces arbres sont arrachés montre le niveau du ras-le-bol des citoyens qui ne veulent plus être considéré comme des cons et des imbéciles qui ne comprennent rien aux affaires citoyennes.

 

Les prochains dirigeants qui émergeront dans les cinq à dix prochaines années  doivent comprendre qu’au-delà de la crise politique actuelle, le temps de la rupture a commencé et les choses ne seront plus comme avant. Les justiciables demandent justice ! Nos fonctionnaires doivent penser aux services plutot qu'à s'enrichir de manière frauduleuse. Les parlementaires ne devront plus  confondre législatif et exécutif.

 

Les choses ne seront plus comme avant parce que les informations sont maintenant disponibles sur les réseaux sociaux grâce à l’Internet. Et les jeunes n’en démordent pas !

 

ET/HPN

 

 

 Le président Moise perdra le pouvoir, quelle que soit l’option considérée

Par Guyler C. Delva

 

                          À moins d’être aveugle, inconscient ou insouciant, on doit aujourd’hui convenir d’un fait : le président Jovenel Moise a perdu le pouvoir, un pouvoir qui doit désormais être vécu comme un souvenir actif et agité qui tend à éluder une réalité pourtant visible et tangible. Il s’agit d’un pouvoir défunt.

 

                          Au vu de la situation sociopolitique actuelle, il ne reste plus que deux options envisageables pour le président Jovenel Moise. Soit qu’il donne sa démission, soit qu’il se résolve à cohabiter avec l’opposition pendant un certain temps, en acceptant de réduire la durée de son mandat. Cependant, dans les deux cas il perd le pouvoir.  

 

                          Il est évident que dans le cas d’une cohabitation, qui serait actuellement la meilleure chance pour le Chef de l’État de demeurer au palais, l’opposition tacherait de ne lui laisser que les gencives. Ses opposants lui arracheraient toutes les dents. Ils prendraient la primature, les ministères régaliens (dont les ministères des Finances, de la Justice, de l’Intérieur, des Affaires Étrangères) et d’autres directions générales clés. Et Jovenel Moise serait contraint de jouer le jeu au risque d’être forcé à la démission.

 

                          Et dans une cohabitation comme celle que nous venons de décrire, Jovenel  Moise serait à la merci de ses farouches ennemis et n’aurait absolument rien à diriger. Donc il n’aurait plus aucun pouvoir réel et plus aucune influence sur les ministres qui feraient les décisions clés dans sa soi-disant administration. Dans ce cas précis, il serait humilié et perdrait le pouvoir même en continuant d’être le locataire du palais présidentiel.

 

                          En d’autres termes, la situation, telle qu’elle se présente aujourd’hui, ne laisse, à mon humble avis, qu’une et unique sortie honorable au président de la République, celle de tirer les conséquences logiques de la perte quasi totale de la bataille d’opinion, l’opinion publique étant un élément fondamental et déterminant de la démocratie – cette démocratie souvent mutilée par ceux-là mêmes qui prétendent à ses bénéfices et bienfaits.

 

                           Et si le président venait effectivement à démissionner, il ne serait pas de bon ton que les rênes du gouvernement transitionnel soient confiées aux extrémistes de l’opposition, mais à des techniciens ou technocrates haïtiens honnêtes, patriotes, et capables de s’asseoir avec tous les secteurs politiques et socio-économiques, sans exclusive, dans la perspective d’un accord global sur un ensemble de sujets sensibles et incontournables devant être agités dans l’intervalle compris entre la prise de fonction de l’équipe de transition et l’organisation de nouvelles élections. Mais tout passe par un dialogue.

 

                             Il ne fait aucun doute que si des extrémistes de l’opposition venaient à s’approprier le pouvoir, des pratiques mafieuses, d’un passé pas trop lointain, et une chasse aux sorcières contre les dirigeants et proches du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), seraient à craindre, à un moment où la stabilité politique serait si nécessaire à la suture du tissu social haïtien déchiré.  

 

                                 La manifestation monstre organisée dimanche à l’initiative des artistes a été très significative et constitue un signe indicatif du trop-plein ressenti par beaucoup de gens ordinaires qui, entre autres, ne peuvent plus vaquer normalement à leurs activités, envoyer leurs enfants à l’école, manger à leur faim, ect.   

 

                                 Jovenel Moise, victime de l’establishment mafieux, peut délibérément soumettre sa démission ou proposer une cohabitation assortie d’une réduction de la durée de son mandat, en vue d’élections anticipées, dans le cadre de potentiels pourparlers pour trouver une issue à cette crise qui ne peut plus durer. Cependant, il est impératif qu’il parle et se prononce sur ces éventualités. Et il faudrait qu’il le fasse sans plus tarder pour sauver ce qui peut l’être encore.

 

                                   Il faut noter que beaucoup de ces Haïtiens, qui aujourd’hui exigent le départ de Jovenel Moise, ne le font pas nécessairement par hostilité politique vis-à-vis du président, mais parce que ce dernier et son équipe ne sont pas parvenus à trouver un moyen pour contenir les assauts de l’opposition qui leur rend la vie impossible.

 

                                    Ce bras de fer malencontreux, auquel se livrent nos acteurs politiques, fera certainement et incontestablement une grande victime qui ne mérite point d’endurer une telle affliction. Il s’agit d’Haïti. Car ce que nous faisons ne semble avoir rien à voir avec elle. Le maintien du président Jovenel Moise au pouvoir dans ces conditions ou la séquestration du pouvoir par l’opposition dans les circonstances actuelles ne saurait en aucun cas servir les intérêts supérieurs de la nation.    

 

                                      Haïti est foutue! Beaucoup le disent aujourd’hui. Mais je me refuse à le dire et à l’admettre par optimisme, car je persiste à croire, même sans fondement apparent, que nous pouvons encore nous dépouiller de nos instincts bestiaux qui expliquent notre déni d’humanité, pour revêtir nos costumes d’animaux doués de raison, d’intelligence…, et pour mériter notre statut d’humain. 

 

                                        Excusez la crudité de mes propos, mais ce n’est pas mon intention de blesser quiconque. Cependant, il demeure un fait que ce flegme méprisant que nous affichons vis-à-vis du désastre national nous fait sombrer dans une déraison bouleversante et une barbarie avilissante, indignes de nos valeureux ancêtres.

 

                                       Une grave question que nous devons nous poser à nous tous : sommes-nous fiers de ce que nous faisons à ce pays ou de ce pays ?

Joseph Guyler C. Delva

14 oct. 2019

 

 

Par Guyler C. Delva

 

                       Les sociétés dans tous les pays du monde partagent une constante qui se caractérise par l’emprise, non régulée d’une instance de décision et de contrôle souvent subtile, sur la gouvernance socio-politique et surtout économique. Il s’agit d’un système de gouvernance qui ne dit pas son nom, et dont les tenants contrôlent l’ordre établi et concentrent les pouvoirs publics  entre leurs mains et dans les structures qu’ils mettent en place pour maintenir le statu quo. C’est ce qu’il convient d’appeler l’Establishment qui comprend un ensemble de notables ou d’acteurs dominants dont la vision et les actions pèsent très lourdement sur les décisions et l’orientation de l’État ou de la société.

 

                        Rien ne doit échapper à l’Establishment, car il est soit le gardien bienveillant de la nation, soit une mafia d’État, étant entendu que cette dernière contrôle les pouvoirs d’État ou exerce même des fonctions dévolues aux pouvoirs publics. Mais l’Establishment n’a pas forcément un comportement répréhensible ou une connotation négative. Dans certains cas, c’est lui qui freine la frénésie du pouvoir (officiel) pour éviter des dérives susceptibles de mettre à mal les grands chantiers d’un pays, dans d’autres, il est pourfendeur de la société, ne défendant que des intérêts immédiats et mesquins, et cela de manière permanente.   

 

                       Il est donc tout à fait explicable que depuis le départ des Duvalier, les Chefs d’État ou de gouvernement qui se sont succédé au pouvoir, hormis deux d’entre eux, se sont toujours accommodés des exigences de l’Establishment pour éviter de se faire évincer.  

 

                       Le premier Chef d’État haïtien ayant ouvertement bravé et défié l’Establishment répond au nom de Jean Bertrand Aristide, lors de son premier mandat de 5 ans, débuté en 1991, et brutalement interrompu sept (7) mois plus tard par un coup d’État sanglant, financé par de gros intérêts économiques et entériné par une frange puissante de la communauté internationale, parce que l’ancien prêtre de Saint-Jean Bosco osait se dresser contre les tenants du système.

 

                       Après Jean-Bertrand Aristide (en 1991), le président Jovenel Moise est le seul à avoir osé remettre en question le pouvoir et les avantages indus revendiqués par certains ‘‘ayants-droit’’ du système en place. Et cet acte courageux est susceptible de lui coûter le pouvoir, sans excuser les failles et les errements inhérents à la gouvernance et au leadership de l’actuel locataire du palais national. Je vous donne la garantie que s’il acceptait, comme ses prédécesseurs, de se laisser faire et de tout donner aux maîtres du système, il aurait été considéré comme l’un des plus grands présidents d’Haïti. Et pour avoir été ministre, j’en sais certaines choses que je ne révélerai pas ici par obligation de réserve.

 

                        On a appris de sources officielles que des compagnies, appartenant à de grandes familles haïtiennes, auraient facturé des produits énergétiques non effectivement livrés à l’État, et le montant de ces ‘‘surfacturations’’ (qu’on devrait en effet considérer comme un vol flagrant) s’élève à des millions de dollars américains. Et les contrats passés entre les gouvernements d’alors et les compagnies SOGENER, dirigée par les Vorbe, et Epower, opérée par les Rouzier, comportent des clauses scandaleuses, et en parfaite inadéquation avec le code des investissements en vigueur, selon Nicolas Hervé Pierre-Louis, le directeur général de l’Électricité d’Haïti (ED’H).

 

                      Lors de sa conférence de presse, la semaine dernière, le président Jovenel Moise avait cité un certain nombre de contrats juteux ayant été résiliés par son administration puisque les intérêts de l’État et du peuple haïtien n’avaient pas été pris en compte. Et pour cause, en 2017, le sénat, alors présidé par Youri Latortue, avait pris une résolution pour demander la révision de ces contrats passés avec ces fournisseurs d’énergie.

 

                    Paradoxalement, ce sont ces mêmes éléments de l’Establishment qui prétendent vouloir changer ce système dont ils tiennent les rênes. Il est entendu que beaucoup d’haïtiens gagnent les rues pour crier leurs revendications légitimes, mais les opérateurs du système sont parvenus, et c’est un exploit extraordinaire, au moyen des ressources financières accumulées au détriment du peuple, à mobiliser ce même peuple contre ses propres intérêts. Incroyable mais vrai!

 

                     Aujourd’hui, ayons le courage de reconnaitre le courage de Jovenel Moise, peu importe l’issue de son bras de fer avec les forces de l’opposition exigeant sa démission, et admettons que les forces économiques rapaces qui s’acharnent contre lui et qui financent aujourd’hui des vagues d’insurrection contre sa présidence, sont surtout guidées par un appétit vorace pour les gains économiques et financiers notamment à travers des contrats léonins.   

 

                    En d’autres termes, les tenants du système n’ont absolument aucun intérêt à contribuer au changement, voire à l’effondrement de leur propre système, si vrai que les seuls cas dans lesquels les maitres de l’Establishment avaient farouchement participé à des mouvements insurrectionnels contre un gouvernement établi, c’était sous les deux présidences d’Aristide. Dans les deux cas Aristide a été renversé ou contraint à la démission. Et la réédition  d’un tel comportement est actuellement vécue sous la présidence de Jovenel Moise. Donc les sentiments d’aversion nourris par certains à l’égard de Jovenel Moise ne doivent pas contribuer à jeter une ombre sur le bienfondé de ses dénonciations et de ses actions dont la substance fera l’objet d’un autre texte.

 

                     Nous leurrer n’est pas une option. Tout en étant conscients qu’il n’existe aucun saint ni au palais national ni dans l’opposition, nous tous, Haïtiens et Haïtiennes,  devons juger objectivement les acteurs et soupeser leurs actions pour mieux nous positionner sur la route du changement. Réveillons-nous et changeons le système pour de vrai!

 

Joseph Guyler C. Delva

 

 

Les diplomates en Haïti, mis à part quelques Ambassadeurs qui se sont clairement exprimés sur l'avenir de Jovenel Moïse, semblent jouer double jeu sur le dossier d'Haïti : Garder le Président en place pour forcer les casses et les affrontements et faciliter le retour des casques bleus avec à l’affût des "projets humanitaires" pour sauver la population. Ce serait donc une nouvelle manne pour l'institution onusienne en pleine crise financière.

 

Jamais crise le risque d'un affrontement entre parties rivales n'a été aussi évidente et qui a laissé la Communauté internationale insensible avec un appui inconditionnel à un Président aussi décrié par son peuple et écroué par des rapports de corruption, une bataille que la communauté internationale entend mener dans presque tous les pays du monde pour enrayer l'inégalité.

 

Un rapport de "Transparancy International" publié en 2016 avait souligné ceci : "L’année 2016 a montré que, dans le monde entier, la corruption systémique et l’inégalité sociale se renforcent mutuellement, conduisant à une désillusion populaire vis-à-vis du monde politique et fournissant un terreau fertile à la montée des politiciens populistes". 

 

L'évidence montre que cette communauté a tous les outils pour forcer Jovenel Moïse dont le nom est cité 69 fois dans un rapport publié par la Cour supérieur des comptes et du contentieux administratif(CSC/CA), soit la plus haute instance de vérification sur les dépenses  au niveau du secteur public. La Politique est donc devenue la règle morale et les engagements signés sont devenues de la rigolade diplomatique.

 

 Dans ce même rapport, on lit : La corruption et l’inégalité se nourrissent l’une de l’autre, créant un cercle vicieux entre la corruption, la distribution inégale du pouvoir dans la société et la répartition inégale de la richesse. Comme l’a mis en évidence l’affaire des « Panama Papers », il est encore trop facile pour les riches et les puissants d’exploiter l’opacité du système financier mondial afin de s’enrichir au détriment du bien public.

 

Pourquoi donc continuer à supporter Jovenel Moïse celui que les mandants ne disent plus supporter les mensonges et les actes de corruption facilitant à ses proches amis de s'enrichir au détriment du bien public ? En témoigne sa dernière tentative avec la SOFIDAI et en passant l'affaire DERMALOG impliquant jusqu'au cou la femme du chef de l'Etat. 

 

La question reste entière et fait sérieusement penser à une absence de volonté de la communauté internationale notamment les diplomates en place à Port au Prince de combattre la corruption en Haïti et de  laisser pourrir la situation en laissant les bandes rivales s'affronter et obtenir le chaos. malgré les appels répétés des diplomates étrangers, l'opposition a toujours refusé de s'asseoir avec Jovenel Moïse.

 

Pourquoi dialoguer avec quelqu'un qui ne présente aucune garantie et dans la forme et dans le fond ?  avait lancé le Sénateur Youri Latortue. Et Comment avoir confiance en quelqu'un qui n'a fait que mentir à sa population sur des promesses non tenues ? a renchéri le sénateur Antonio Chéramy.

La lutte des Petrochallengers pour obtenir des explications sur les 4.2 milliards de dollars dilapidés et les manœuvres de l'Administration de Jovenel Moïse pour empêcher la tenue du procès témoignent d'une réelle volonté du chef de l'Etat de maintenir le statu quo de l'impunité et d'encourager davantage la corruption dans le pays.

 

Certains signaux aussi clairs et visibles envoyés  par l'Administration de Jovenel Moïse auraient dû mettre des puces à l'oreille des diplomates en Haïti. Mais Le président de la République semble être la garantie des diplomates américains dans leur bataille contre le Venezuela.

 

Mais pour l'histoire, le Président de Transparancy International en 2016 José Ugaz avait terminé ce rapport sur la corruption en ces termes: " Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d’attendre. La corruption doit être combattue d’urgence, afin que la vie des gens s’améliore dans le monde entier". Fin de citation.

 

Aujourd'hui, Haïti est au bord d'une crise humanitaire. Une économie qui se détériore de jour de jour avec un taux d'inflation de 19.5% , des bandes armées qui font la Loi et qui empêchent les activités économiques, plus de 2 millions de personnes menacées par la famine et le dysfonctionnement des hôpitaux. Comment faut-il comprendre l'urgence et le combat contre la corruption dont parle l'International avec autant d'indices dans le rouge?

 

HPN 

 

 

 

Les manœuvres du Président de la République en s'attaquant aux contrats trop onéreux de certains groupes du secteur des affaires sont de bonnes factures qui serviront certainement à l'avenir. Mais ces actions  arrivent très tard alors que la population traverse une crise de confiance face au pouvoir de Jovenel Moïse qui est devenu le chef d'Etat le plus impopulaire et le plus décrié de ces 30 dernières années.

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Les positions se radicalisent et les citoyens attendent de manière déterminée le dernier geste de Jovenel Moïse. Avec la paralysie totale des activités dans le pays, la population Haïtienne montre le visage des années 80 notamment l'année phare de 1986 où Jean Claude Duvalier avait enfin compris qu'il devait partir.

 

Les rues sont bondées de tonnes de détritus, les carcasses de voiture font bon ménage avec les carbones de pneus enflammés, des pierres, des tessons de bouteilles : C'est franchement le chaos. Jovenel Moïse joue ses dernières cartes et attend les résultats d'une éventuelle rencontre entre la délégation conduit par Edmond Bocchit et le Président Donald Trump.

 

Des changements effectués à l'emporte pièce par le Président témoigne d'un malaise de dernière minute. C'est également le signal d'une tourmente à l'interne entre les pro-Jovenel et les pro-Martelly. Bref, Le parti Tet Kale implose et tôt ou tard Le chef de l'Etat finira par tirer les conséquences.

 

Les Médias se positionnent 

Rares sont les médias qui gardent leur neutralité dans cette lutte acharnée pour ou contre le départ de Jovenel Moïse. Pour certains des médias, ;les chiffres et les faits montrent bien l'incapacité de Jovenel Moïse de mener à bien la barque de la nation. Taux d'inflation 19.2%, la pauvreté des petites bourses, la mauvaise gestion des collectivités, les dépenses pour la caravane sans résultat, les actes de corruption enregistrés et les scandales à répétition dans lesquels le Président lui-même est impliqué.

 

D'autres médias, pour justifier les dérives du pouvoir accusent les accusateurs comme pour dire : "Chère population je vous demande d'accepter la corruption parce que nous sommes corrompus". Une attitude que l'on peut remarquer dans le comportement de certains journalistes qui caressent certains invités au micro avec des questions proposées alors qu'ils s'acharnent  sur d'autres invités de l'opposition.

 

Ce positionnement peut être compris et Haïti n'est pas le seul cas. On l'avait vu lors des dernières élections aux Etats unis entre CNN et FOX NEWS. Mais, il faut le comprendre, le contexte n'est pas le même. Nous sommes dans une situation explosive et chaotique où la moindre étincelle peut provoquer une guerre civile.

 

Les médias, de l'un ou de l'autre coté, n'ont pas joué la carte de l'apaisement. Même si les chiffres paraissent donner raison, l'incitation à la violence est dangereuse et pourrait déboucher sur un véritable massacre de clan et faciliter le retour des américains sur le sol haïtien.  Tout compte fait, la nation aura payé d'avoir accepté l'inacceptable. Le choix de Jovenel Moïse précédé de Joseph Michel Martelly comme chef d'Etat a été la pire erreur de nos élites qui savent bien que les mêmes erreurs produisent les mêmes effets. 

 

 

Les dés sont pratiquement jetés et la population a reconnu ses erreurs et elle demande un geste patriotique à Jovenel Moïse après un énième discours qui n'a pas convaincu. Monsieur le Président, il n'y a plus rien à faire que le geste demandé par la population car malgré ses bêtises à la tête de l'Etat français, Jacques Chirac est honoré à sa mort parce qu'il était un visionnaire politique et un patriote pur sang. Chirac c'est celui là qui avait accepté la cohabitation avec le socialiste Lionel Jospin pour sauver la Patrie.

 

 

Quelques heures après l'annonce de la mort de jacques Chirac, voici le témoignage de Lionel Jospin : "C’était une période politiquement complexe parce que c’était la cohabitation, j’ai sûrement conduit une politique intérieure différente de celle qui aurait été la sienne. Mais en politique étrangère, nous avons veillé tous deux à ce que la France parle d’une seule voix et soit respectée sur la scène internationale", estime l'ancien Premier ministre socialiste, retiré de la vie politique depuis l'élection présidentielle de 2002.

 

Monsieur le Président, votre geste dans ce chaos ne passera pas inaperçu. Le peuple vous sera reconnaissant ! 

 

HPN

 

 

 


 

On sait que depuis l’année 2018, le Conseil national de la sécurité alimentaire(CNSA) a fait remarquer la situation  alarmante de 2,6 millions d'Haïtiens menacés par une crise alimentaire. Une étude géographique du CSNA a montré que les départements de la Grand-Anse, du Sud, des Nippes, du Sud-Est, du Nord-Ouest et du Nord- Est sont les plus concernés par cette crise alimentaire. Tandis que les autres départements du Nord, du Centre et de l’Ouest  sont à un niveau de stress.

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Par Pierre Raymond DUMAS

 

 

 

Ancien Directeur du Département d’Administration et des Politiques Scolaires de la Faculté des Sciences de l’Education de l’Université Laval, membre fondateur de l’Université Quisqueya et ancien Directeur de Cabinet du Premier ministre Jacques Edouard Alexis, Antoine Ambroise, le professeur engagé dans la bataille d’une autre Haïti, a effectué entre 1971 et 2016 un survol édifiant de la Réforme Administrative en Haïti. Ceux qui le liront trouveront des informations de premier plan, à l’époque des réseaux sociaux. Pontifier occulte réformer dans un pays où le pouvoir classe et déclasse sans changer quoi que ce soit. Sa démarche mélange la recherche, la réflexion, le doute, l’archivage et la critique. Difficile, sans nul doute, de résumer rapidement un bouquin pareil, préfacé par le recteur de l’Université Quisqueya Jacky Lumarque. Et finalement non.

 

Tomber dans le bavardage, cette catégorie vague, chicanière et médiatique, est pour certaines raisons un risque à l’époque actuelle. Un risque à éviter. Ça l’est toujours dans quelques cercles pseudo-intellectuels, du pays et ça semble le redevenir pour des raisons apparemment plus politiciennes ; des institutions et des figures connues ne cessent de lancer des injonctions à penser et à vivre dans l’intérêt de tous. Remplacer une chose par une autre sans se soucier du risque pris reste une excellente façon de se tromper, et c’est pourquoi ce travail de mémoire écrit avec rigueur allant du président « à vie » Jean-Claude Duvalier au président « démocratiquement » élu Michel Joseph Martelly, porte sa charge insolente, sa limpide et récalcitrante positivité.

 

Antoine Ambroise, depuis toujours, est un technicien. Avec une intégrité exemplaire et un grand dévouement, il avait participé aux côtés du Premier ministre Jacques Edouard Alexis aux nombreuses tentatives de réformes initiées sous le président René Préval, réformes aujourd’hui oubliées dont ce livre est un exemple palpitant qui a beaucoup à nous apprendre. Sans relâche, avec la même foi en l’avenir de la patrie commune, il continue d’écrire et d’être, à sa façon, un patriote avisé qui n’est pas un réformateur spécialiste en droit administratif pour rien : le concept, ici, n’éteint jamais sous le discours, la littérature y afférente qu’il remet en cause. Tantôt descriptif tantôt explicatif, il la magnifie en la déboîtant, en systématisant. Avec un luxe de détails et de rappels, il la fait vivre en la plongeant dans le flux du réel (société civile, communauté internationale, acteurs étatiques).

 

Le grand problème auquel il s’attèle, c’est l’opposition, qui lui semble dévastatrice, pour l’avenir du pays entre le néo-patrimonialisme et la modernisation institutionnelle. D’un côté, le Commissariat national à l’administration et à la fonction publique (en lieu et place de la Commission administrative) avec Gérard Dorcély, Jacques Lorthé et Rémy Mathieu sous Jean-Claude Duvalier, mais qui s’et épanouie surtout au siècle suivant sous la forme de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) créé par arrête en date du 4 juin 2009. De l’autre, une sorte de stagnation et d’immobilisme sans fin. Ce sont d’abord des réformes élaborées par des experts tant nationaux qu’internationaux, inabouties, comme il y a des traces de réformes détournées, mal adaptées, incapables de se substituer véritablement à cette culture politico administrative hostile au changement visant à faire perdurer notre pays tel qu’il est depuis si longtemps. Ces informations sont assemblées et retraitées, comme dans certaines sonates, selon d’infinies variations. On baigne dans ces projets de renouveau imposés par toutes sortes de pouvoirs, de motifs, de blocages, de malheurs, et c’est ainsi, par une série d’« habitus » rétrogrades, qu’on s’en attache : La Réforme Administrative en Haïti (Survol et bilan d’une politique publique 1971 – 2016) d’Antoine Ambroise est hélas une leçon de mauvaise gouvernance, disons-le comme ça, mais sans humour.

 

Bref, il trace là l’un des portraits structurels les plus perspicaces d’Haïti au-delà des années 70. Portrait qui n’a pas tellement vieilli. Portrait d’apocalypse, pourrait-on dire, puisqu’il problématise les échecs, les causes de l’archaïsme. On trouve d’ailleurs des échos des idées et des conclusions de son auteur haïtiano-canadien chez nombre de nos contemporains, à commencer par Cary Hector. Il est vrai que la lecture de ce livre-bilan, sans précédent, est tellement stimulante qu’elle donne l’envie d’en découvrir davantage sur notre compatriote, esprit méthodique, un peu costaud, mais tellement lucide, enrichissant. Dans ce conscient aller-retour entre passé et histoire récente, il ne recherche pas à faire système, mais c’est bourré d’analyses pertinentes éclairées par une bibliographie fort instructive et des sources relatives au Cadre légal/réglementaire de la réforme administrative. Par exemple, lorsqu’il oppose les politiques dans leurs différentes étapes du processus de réforme et les ressources dont les acteurs disposent. Celles dont la pensée s’appuie, globalement, sur celles liées au manque de leadership et d’engagement des acteurs politiques de l’Exécutif, à la trop grande influence des acteurs externes, à l’inefficacité des acteurs du cadre institutionnel de réforme, etc. Et qui aspirent, au contraire, à détruire l’œuvre de leurs devanciers. C’est un réflexe nocif, mais aussi glacial et désert, suspicieux envers toute forme de continuité.

 

Et surtout incapable de penser l’historicité ou la contingence : l’Administration publique est apolitique et intemporelle, répète-t-on. Elle ne connaît pas la différence entre les gouvernements, les expériences particulières, des individus ou des partis. Investie dans le domaine politique, en continu, l’instabilité mène aux tables rases ‘‘révolutionnaires’’. Quant à la culture administrative placée sous le signe de la seule raison, elle se résume à la bureaucratie et évolue constamment dans les sociétés modernes. Pour être vivante, une administration d’Etat doit être vécue sur le mode des fonctions organiques, dédiée au bien commun. On doit réformer comme on digère, comme on s’accouple. Sans l’intervention du rationalisme, l’Administration publique se coupe du monde et devient contre-productive. Cette conception de l’Etat, garant de la concorde sociale et de la paix publique, est fortement reprise par Antoine Ambroise qui, s’il convenait qu’elle était une étape primordiale dans la modernisation du pays en lien avec le développement et la croissance, n’explique pas tout.

 

Toutefois, il a mis l’accent sur la temporalité de la maladministration et, de là, il s’est interrogé sur la place et l’utilité de cette dernière dans les différents temps forts de notre vie publique, et c’est ici ce qui nous importe. D’échec en échec, de pouvoir en pouvoir, avec minutie, il montre combien la sous-administration est au cœur du déclin national. Elle est liée à la mauvaise gestion des structures étatiques. Ce qui est en jeu dans la poursuite de la mise en œuvre de la politique de réforme administrative en Haïti, ce sont les facteurs de blocage : la volonté politique qui implique forcément l’appropriation de la réforme par la population elle-même. Cette diversité d’objets de recherche s’articulait cependant à une colonne véritable : la réflexion sur l’avenir du pays et son agir dans le monde, avec et pour la collectivité. Réduire le travail d’Antoine Ambroise à ses trouvailles historiques serait une bien criante injustice, et nous empêcherait absolument de comprendre pourquoi et comment celles-ci sont décrites.

 

L’administration d’Etat, par son lien au pouvoir, au bien-être général et au progrès économique, contribue à l’identité sociale de l’individu ; elle participe à son épanouissement ou à l’échec de la société. L’autorité publique est un « point frontière », à la croisée d’une enveloppe individualisée et d’une expérience collective, à la fois récepteur et acteur de normes intériorisées. Enfin, avec quelle clé méthodologique expliquer cette expérience malheureuse ? Pour Antoine Ambroise, la réponse était évidente : la pluridisciplinarité, « l’interdisciplinarité », « l’interpénétration », qui englobe politique, relations internationales, aide au développement, statistiques, sociologie, histoire, économie, gestion, en somme, toute l’infinie panoplie du savoir humain. Qui affine les analyses et prépare les décisions. Cette pluralité d’intérêt et sa pensée résolument non dogmatique – qui ne se laisse donc pas résumer en quelques formules – expliquent qu’il soit encore méconnu en Haïti.

 

 

 

Pierre-Raymond DUMAS

 

 

 

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Antoine Ambroise, La Réforme Administrative en Haïti. Survol et bilan d’une politique publique (1971 – 2016). PressUniq, L’Imprimeur, Port-au-Prince, Haïti, s.d. (2019)

 

 

 

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