Haïti-Elections :  7 février 2021 ou 7 février 2022, le défi haïtien et nécessité d’une stabilité politique

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Alors que le Président entame des pourparlers avec certains secteurs pour mettre en place  le Conseil électoral devant organiser les prochaines joutes électorales, les partis de l'opposition ne semblent pas emballer par cette idée.  Tous attendent la date butoir du 7 février 2021 pour le départ du chef de l'Etat qui, selon les protagonistes, devrait rendre son tablier et faciliter une transition politique en douceur. Un avis que ne partage pas tous les hommes politiques notamment Mathias Pierre, ancien candidat à la présidence. Forcer le président à partir pourrait créer un précédent malheureux a t-il indiqué. "Il est grand temps que la politique se fasse autrement en Haïti et que le Président élu termine son mandat constitutionnel. À moins de le renvoyer selon les procédures légales, inscrites dans la Loi-mère. Aucune accusation faite en dehors de la constitution en vigueur, même fondée, ne peut être avancée pour justifier le renvoi ou le départ forcé d’un Président démocratiquement élu avant la fin de son mandat" écrit l'ancien allié de moïse Jean Charles.

 

Pour appuyer cette thèse, Mathias Pierre évoque plusieurs paramètres notamment la question des décrets ayant convoqué le peuple une nouvelle fois en ses comices. l'homme d'affaires converti à la politique rappelle qu'après plusieurs tentatives ratées pour constituer le Conseil Électoral Permanent prescrit dans la Constitution,le processus fut lancé en 2015 avec la publication du Décret du 25 mars créant un nouveau Conseil Électoral Provisoire. Celui-ci a élaboré et fait publier un calendrier électoral avec la liste des Partis politiques inscrits et agréés. Il souligne  que le premier tour des législatives fut tenu le 9 août 2015. La journée du  25 octobre 2015 était consacrée au second tour des législatives et au premier tour de la présidentielle, des municipales et des locales.

 

Dans un  document publié par " Etre Ayisyen Institut politique(EAIP) dont M. Pierre est le fondateur, il rappelle  sans langue de bois que : "Le processus électoral qui a conduit le Président Jovenel Moise au Pouvoir a commencé avec l’Arrêté présidentiel du 24 mars 2016, créant un Nouveau Conseil Électoral Provisoire. Par la suite, un calendrier électoral a été publié et les candidats de la présidentielle annulée ont été invités à confirmer leur inscription : ceux qui n’ont pas fait cette confirmation s’y excluaient automatiquement. De nouveaux arrêtés présidentiels ont convoqué le peuple dans ses comices et la joute s’est tenue à travers tout le territoire national le 20 novembre 2016. Le vainqueur, confirmé par les résultats définitifs du 3 janvier 2017, a prêté serment le 7 février 2017 conformément à la Constitution de 1987 Amendée. L’article 134-1 de ladite Constitution fixe à cinq (5) ans le mandat présidentiel".

 

"Penser le contraire et vouloir agir contre ce principe élémentaire de la démocratie seraient vouloir enfoncer davantage  le pays dans le gouffre" écrit l'homme politique. "En Haïti, les forces antidémocratiques (de droite ou de gauche) se concoctent toujours pour rendre le pays ingouvernable, bloquer les processus électoraux et réclamer tumultueusement la formation de gouvernements transitoires. Par-là, elles pensent accéder au timon de l’État pour maintenir le statu quo. Sur ce point, elles ont la mémoire courte et oublient trop vite  le passé trop récent" regrette l'homme d'affaires.

 

 

Pour l'ancien candidat à la Présidence, la vraie année électorale est 2016 et non 2015 puisque, selon Mathias Pierre, l’année de l’élection présidentielle coïncide avec l’année de l’inscription des candidats, celle de la publication de la liste des candidats  agréés. C’est aussi celle de la réalisation du premier tour et de la publication des résultats préliminaires suivis des contestations. Tout ce processus se déroulait de juin à décembre de 2016. 

 

"On peut ramener le passé au présent mais ne jamais créer ou faire naître le futur dans le passé. Si la présidentielle de 2016 serait la continuation de celle de 2015,  elle serait tout bonnement un second tour entre les deux premiers favoris, à savoir  Jovenel Moise et Jude Célestin. Si le Gouvernement provisoire avait procédé selon les prescrits de l’accord du 5 février 2016 et en conformité avec la constitution de 1987 amendée, le Président serait élu dès le 6 mai et installé le 14 du même mois. Ainsi fait, le mandat du vainqueur aurait sensé commencer le 7 février 2016 et prendrait fin cinq (5) ans après. En annulant l’élection présidentielle du 25 octobre 2015 sous les recommandations de la CIEVE et en exigeant une confirmation de candidature pour intégrer un processus, déclaré dès le début à deux(2) tours, il s’agit clair et net du nouveau et non de l’ancien dans du nouveau", fait remarquer Mathias Pierre.

 

 

 

Le défi d'organiser des élections dans ce pays est de taille souligne Mathias Pierre qui, toutefois, dit reconnaître qu’il y a des manquements ou des faiblesses à corriger dans le système électoral haïtien. Il importe de dénoncer les immixtions comme :

·         la prise en charge de l’organisation des élections par la Communauté Internationale, notamment par le PNUD et l’UNOPS ;

·         le financement ténébreux des campagnes électorales par les acteurs du secteur des affaires qui supportent les candidats en fonction de leurs intérêts.

 Le pays doit travailler pour rendre les élections indépendantes :

·         de la Communauté internationale qui y apporte du financement, du support technique et logistique

·         de la mafia nationale et internationale qui soutient financièrement les candidats de toutes les tendances, de façon à être toujours gagnante. 

 

Tout compte fait, l'ancien candidat à la Présidence fait remarquer que la nation haïtienne s’appauvrit de jour en jour avec la dévalorisation de la gourde et l'augmentation du budget national deux éléments suffisants à faire comprendre le déclin économique du pays lié à l’instabilité politique. Le pays n'exporte presque rien et importe même les produits de première nécessité. Cette analyse de l'ancien allié de "Pitit Desalin" montre l'importance d'une stabilité politique mais encore de l'impérial besoin des acteurs  de s'asseoir, de discuter des affaires du pays et de dialoguer pour sortir la nation de cette dangereuse impasse qui ont vu les protagonistes tirés un peu trop sur la corde.

 

Mathias Pierre dans une entrevue accordée à HPN souligne que l’urgence du moment, c’est de mettre le pays sur les rails du développement en l’orientant vers la production des richesses, la réduction des inégalités sociales, l’émergence d’une bourgeoisie nationale, capable de mettre les masses au travail.

 

''Tout compte fait, le moment ne se prête pas à l’antagonisme extrême ou à la radicalisation des positions, mais plutôt à des efforts consensuels, à la valorisation du leadership collectif. Une vision partagée de l’avenir invite à ne plus regarder Haïti comme un pays de pauvres, d’assistés et de bénéficiaires d’aide humanitaire, mais comme celui d’un peuple digne, fier de son passé glorieux, guidé par des élites responsables, capables de définir un schéma directeur dressant les grandes lignes d’une stabilité durable" termine t-il.

 

 

 

 

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