Littérature : L’Amérique salue Toni Morrison, “un trésor national"

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Médias et célébrités ont rendu hommage à l’auteure de Sula, du Chant de Salomon ou de Tar Baby. Récompensée d’un prix Nobel en 1993, la romancière américaine est décédée lundi soir à New York. Barack Obama, Oprah Winfrey, Beyoncé, les époux Clinton, l’actrice Bette Midler et le sénateur Bernie Sanders font partie des nombreuses personnalités à avoir rendu hommage mardi à l’écrivaine américaine Toni Morrison, décédée la veille à 88 ans dans un hôpital de New York des suites d’une courte maladie.

 

“Toni Morrison était un trésor national”, a commenté sur Twitter le 44e président américain, qui lui avait remis en 2012 la médaille présidentielle de la Liberté, le plus grand honneur civil du pays. “Elle était notre conscience. Notre prophète. Celle qui nous disait la vérité. Elle était une magicienne du langage, qui comprenait le pouvoir des mots. Elle s’en servait pour nous troubler, nous éveiller, nous éduquer et nous aider à faire face à nos blessures les plus profondes et à les comprendre”, a confié sur Instagram Oprah Winfrey, qui avait produit et joué dans l’adaptation cinématographique de Beloved, son plus célèbre roman.

 

La presse américaine non plus n’a pas été avare d’éloges. “Toni Morrison n’a pas seulement refaçonné la littérature américaine, elle nous a poussés à résister à la ténacité du racisme […]”, écrit par exemple un critique du Washington Post, pour qui Beloved”reste un chef-d’œuvre absolu : “Qu’une femme noire ait écrit le plus grand roman du XXe siècle est une glorieuse pique lancée à notre longue histoire, qui a dénigré les femmes et les Afro-Américains. Du creuset de son génie est sorti un livre qui a incorporé le passé de l’Amérique à une œuvre d’art éternelle – gothique, magique, magistrale.”

Née Chloe Anthony Wofford dans l’État industriel de l’Ohio, Toni (diminutif de son deuxième prénom, Anthony) Morrison (le nom de famille de son époux, dont elle divorcera en 1964 après six ans de mariage), diplômée de la prestigieuse université de Cornell, a d’abord enseigné à Washington avant de rejoindre New York pour devenir éditrice, rappelle le Hollywood Reporter. Elle “a profité de cette opportunité pour faire la promotion de la littérature noire, et faire connaître au grand public des auteurs comme Henry Dumas, Toni Cade Bambara, Angela Davis et Gayl Jones”.

Et puis à 39 ans, cette fan de Jane Austen et Léon Tolstoï a commencé à écrire. Peut-être parce que, “comme elle l’a souvent dit, elle ne trouvait pas les livres qu’elle voulait lire”, note le Los Angeles Times.

“Depuis la publication de son premier roman, LŒil le plus bleu, en 1970, Morrison est devenue l’une des voix les plus puissantes et singulières de la littérature, une chroniqueuse lyrique et un témoin de l’expérience afro-américaine”, explique The Atlantic.

Le premier de ses onze romans – elle a aussi écrit des livres pour enfants, deux pièces de théâtre, des essais, et un opéra – raconte l’histoire de Pecola, une jeune fille noire si souvent moquée pour sa couleur de peau qu’elle rêve d’avoir les yeux bleus.

Elle a “écrit sur la race, le genre et l’histoire avec urgence et une immense puissance narrative”, souligne Variety, précisant que “son style d’écriture moderniste, à la fois lyrique et évocateur a conduit à la comparer à James Joyce ou William Faulkner”.

Prix Pulitzer et prix Nobel

Son talent lui a valu de devenir l’une des écrivaines les plus récompensées de l’histoire américaine, observe Vanity Fair, citant entre autres un prix Pulitzer en 1988 et un prix Nobel de littérature, le premier pour une femme noire, en 1993.

Mais, insiste Slate, “dans les années 1980, avant son couronnement comme la grande dame des lettres américaines, ses livres électrisaient les lecteurs”. Ses œuvres, s’emballe le site, “étaient une fusion de forme et de substance. Ils allaient là où aucun romancier, blanc ou noir, ne s’était aventuré. Ils combinaient un mélodrame assumé et des observations méticuleuses du quotidien. Ils vous rendaient ivres par leur langage et vous dégoûtaient par leur violence”.

Ses mots ont touché bien au-delà des frontières américaines. Dans un article en forme de lettre de remerciement, le quotidien sud-africain Mail & Guardian évoque“une géante de la littérature” qui “manquera aux femmes noires”, ses livres ayant contribué “sans relâche à reconnaître, humaniser et canoniser les multiples variations de la féminité noire et plus largement l’expérience noire.”

En Belgique, Le Soir estime que “la voix noire et féminine de l’Amérique s’est éteinte”alors que “par son écriture inventive, l’auteure faisait réfléchir à la complexité du vivre-ensemble et au respect de l’autre”, ajoutant que “son art romanesque frappait par sa puissance poétique, son pouvoir d’imagination et son humour corrosif. Jusqu’au bout, son œuvre aura contribué à brosser un tableau vivant de la réalité américaine avec un sens profond de la solidarité humaine.”

 

La Frankfurter Allgemeine Zeitung salue “une éminente romancière et théoricienne astucieuse des relations entre noir et blanc” dans des “épopées polyphoniques”. Pour le Straits Times, à Singapour, cette écrivaine “sans peur”, a expliqué au monde “ce que c’était d’être noir, et ce faisant elle a éclairé tous les lecteurs sur ce que c’est que d’être humain”.

 

Source : Courrier International 

 

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