Rapport du Secrétaire général sur la MINUJUSTH : La question concernant Haiti

New-York
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 "Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MINUJUSTH était en débat, jeudi 6 septembre 2018, au Conseil de sécurité de l'Organisation mondiale.  La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix,  Mme Keita Bintou,  a présenté le document aux 15 membres du Conseil,  qui ont tour à tour réagi par des commentaires et des remarques reflétant leur compréhension de la situation haitienne après les jours d'émeutes du mois de juillet dernier  et la récente désignation par le président Jovenel  Moise d'un nouveau chef de Gouvernement  en la personne de  Me.  Jean-Henry  Ceant.

 

Invité à faire valoir la position de sa délégation  dans le débat,  le Représentant Permanent d'Haiti auprès de l'ONU,  l'Ambassadeur  Denis  Regis,  a fait l'intervention que voici.  HPN  publie in extenso l'allocution du diplomate haitien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président,

Madame la Sous-Secrétaire générale,

Madame la Représentante Spéciale du Secrétaire général,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

 

 

 

          1.   Je tiens,  tout d'abord,  à vous remercier,  Monsieur le Président,  d'avoir bien voulu inviter la délégation  de la République d'Haiti à faire valoir au Conseil de sécurité ses vues et observations sur le Rapport  S/2018/795  du 29 aout 2018  du Secrétaire général concernant la Mission des Nations Unies pour l'appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH).

 

 

          2.   Ma délégation a noté avec le plus haut intérêt les observations du Secrétaire général à propos des résultats,  des progrès,  des tendances ainsi que des faits saillants enregistrés sur les plans politique,  économique,  social et humanitaire au cours de la période considérée,  à la lumière des objectifs fixés et des points de repère établis.  L'évolution de la situation politique en Haïti au cours des trois derniers mois,  en particulier  les  "craintes de déstabilisation"   qu'ont suscitées les troubles enregistrés du 6 au 8 juillet 2018,  dans le sillage d'une augmentation annoncée des prix de l'essence,  a retenu à juste titre l'attention.

 

 

          3.   Ces événements,  expression d'une  "frustration publique"  incontestable face à des difficultés socio-économiques réelles,  ont été certes un test majeur pour le pays.  Cependant,  la stabilité politique du pays,  conquise au prix de tant d'efforts,  n'a pas été remise en cause,  ni  les  conquêtes démocratiques,  ni les nombreux acquis de ces dernières années.  Le pays a été soumis à rude épreuve,  nul  ne peut le nier,  mais la crise a été  surmontée.  La nation s'est vite ressaisie.  Les institutions de la République ont fait la démonstration de leur maturité.  L'autorité de l'Etat est aujourd'hui restaurée,  et la paix civile est maintenue.  Ma délégation se félicite à cet égard du soutien de la communauté internationale,  notamment de celui exprimé à cette occasion par le Conseil de sécurité le 12 juillet 2018 (SC/13419).

 

 

          4.   Dans la foulée des événements de juillet,  le Président de la République,  Son Excellence Jovenel  MOISE,  pleinement conscient des défis de la conjoncture,  n'a ménagé aucun effort pour ramener la paix dans la cité et dans les esprits.  C'est dans cette optique qu'il a désigné,  au terme d'un vaste et laborieux processus de consultations nationales,  un nouveau Premier Ministre,  issu des rangs de l'opposition,  Monsieur  Jean Henry  CEANT.  Celui-ci est  chargé de former un gouvernement d'union nationale bénéficiant de la pleine confiance du Parlement et ayant la légitimité requise pour s'attaquer aux problèmes économiques urgents auxquels fait face le pays,  poursuivre les réformes nécessaires au renforcement de l'Etat de droit,  à la consolidation des conquêtes démocratiques,  bref,  à la stabilité institutionnelle et politique à long terme.  Le prochain gouvernement aura pour tâche,  entre autres,  d'organiser les prochaines élections législatives prévues en octobre 2019,  et d'intensifier la lutte contre la corruption,  tout en poursuivant vigoureusement les réformes structurelles indispensables à la relance de la croissance et du développement durable.

 "Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MINUJUSTH était en débat, jeudi 6 septembre 2018, au Conseil de sécurité de l'Organisation mondiale.  La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix,  Mme Keita Bintou,  a présenté le document aux 15 membres du Conseil,  qui ont tour à tour réagi par des commentaires et des remarques reflétant leur compréhension de la situation haitienne après les jours d'émeutes du mois de juillet dernier  et la récente désignation par le président Jovenel  Moise d'un nouveau chef de Gouvernement  en la personne de  Me.  Jean-Henry  Ceant.

 

Invité à faire valoir la position de sa délégation  dans le débat,  le Représentant Permanent d'Haiti auprès de l'ONU,  l'Ambassadeur  Denis  Regis,  a fait l'intervention que voici.  HPN  publie in extenso l'allocution du diplomate haitien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président,

Madame la Sous-Secrétaire générale,

Madame la Représentante Spéciale du Secrétaire général,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

 

 

 

          1.   Je tiens,  tout d'abord,  à vous remercier,  Monsieur le Président,  d'avoir bien voulu inviter la délégation  de la République d'Haiti à faire valoir au Conseil de sécurité ses vues et observations sur le Rapport  S/2018/795  du 29 aout 2018  du Secrétaire général concernant la Mission des Nations Unies pour l'appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH).

 

 

          2.   Ma délégation a noté avec le plus haut intérêt les observations du Secrétaire général à propos des résultats,  des progrès,  des tendances ainsi que des faits saillants enregistrés sur les plans politique,  économique,  social et humanitaire au cours de la période considérée,  à la lumière des objectifs fixés et des points de repère établis.  L'évolution de la situation politique en Haïti au cours des trois derniers mois,  en particulier  les  "craintes de déstabilisation"   qu'ont suscitées les troubles enregistrés du 6 au 8 juillet 2018,  dans le sillage d'une augmentation annoncée des prix de l'essence,  a retenu à juste titre l'attention.

 

 

          3.   Ces événements,  expression d'une  "frustration publique"  incontestable face à des difficultés socio-économiques réelles,  ont été certes un test majeur pour le pays.  Cependant,  la stabilité politique du pays,  conquise au prix de tant d'efforts,  n'a pas été remise en cause,  ni  les  conquêtes démocratiques,  ni les nombreux acquis de ces dernières années.  Le pays a été soumis à rude épreuve,  nul  ne peut le nier,  mais la crise a été  surmontée.  La nation s'est vite ressaisie.  Les institutions de la République ont fait la démonstration de leur maturité.  L'autorité de l'Etat est aujourd'hui restaurée,  et la paix civile est maintenue.  Ma délégation se félicite à cet égard du soutien de la communauté internationale,  notamment de celui exprimé à cette occasion par le Conseil de sécurité le 12 juillet 2018 (SC/13419).

 

 

          4.   Dans la foulée des événements de juillet,  le Président de la République,  Son Excellence Jovenel  MOISE,  pleinement conscient des défis de la conjoncture,  n'a ménagé aucun effort pour ramener la paix dans la cité et dans les esprits.  C'est dans cette optique qu'il a désigné,  au terme d'un vaste et laborieux processus de consultations nationales,  un nouveau Premier Ministre,  issu des rangs de l'opposition,  Monsieur  Jean Henry  CEANT.  Celui-ci est  chargé de former un gouvernement d'union nationale bénéficiant de la pleine confiance du Parlement et ayant la légitimité requise pour s'attaquer aux problèmes économiques urgents auxquels fait face le pays,  poursuivre les réformes nécessaires au renforcement de l'Etat de droit,  à la consolidation des conquêtes démocratiques,  bref,  à la stabilité institutionnelle et politique à long terme.  Le prochain gouvernement aura pour tâche,  entre autres,  d'organiser les prochaines élections législatives prévues en octobre 2019,  et d'intensifier la lutte contre la corruption,  tout en poursuivant vigoureusement les réformes structurelles indispensables à la relance de la croissance et du développement durable.

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          5.   Dans ce contexte,  l'invitation adressée par le Secrétaire général à tous les acteurs de l'échiquier politique national  à   "śuvrer ensemble au bien commun"   a été  accueillie avec un intérêt particulier par les autorités haïtiennes,  de même que son appel en faveur de l'adoption de  "mesures à court terme qui puissent répondre aux besoins immédiats du peuple haïtien"   et   "alléger la situation difficile"  à laquelle celui-ci est confronté.

 

 

          6.   Ma délégation espère que cet appel trouvera également le plus large écho auprès de l'ensemble des partenaires de la communauté internationale,  tout en souhaitant,  à cet égard,  une meilleure prise en compte de l'extrême vulnérabilité de la population dans le cadre de l'aide publique au développement,  et,   tout particulièrement,  de l'opportunité de mesures d'accompagnement indispensables dans la mise en application des programmes d'ajustement structurel.

 

 

          7.   L'extrême pauvreté,  nous le savons bien,  comporte un risque inhérent d'instabilité.  Le Conseil de sécurité l'a d'ailleurs souligné à maintes reprises.  Une stratégie cohérente et intégrée de pérennisation de la paix suppose la prise en compte  du lien étroit entre les trois piliers : sécurité,  développement et droits de l'homme.  Á ce titre,  ma délégation considère que l'amélioration immédiate des conditions de vie des couches sociales les plus défavorisées est l'un des défis les plus pressants qui se posent aujourd'hui au pays.  Le Chef de l'Etat en a fait une priorité absolue.  Car,  elle est une condition essentielle et incontournable du  "maintien d'un environnement politique stable",  comme le note très justement le Rapport.

 

 

Monsieur le Président,

 

 

          8.   En ce qui a trait au bilan des résultats et des progrès dressé par le Secrétaire général,  à la lumière des objectifs et des points de repère qui ont été fixés,  je voudrais faire une brève remarque.  Ma délégation est consciente  des retards enregistrés par rapport à un certain nombre de cibles.  Mais,  l'essentiel,  qu'il y a lieu de retenir,  c'est que,  malgré les énormes difficultés rencontrées,  malgré la crise de juillet  et  malgré la faiblesse des ressources disponibles,  des efforts  soutenus sont enregistrés quotidiennement dans la plupart des domaines visés, qu'il s'agisse du renforcement de l'Etat de droit,  du système de justice et de la Police nationale,  qu'il s'agisse de la protection et de la promotion des droits de l'homme.

 

 

          9.   Nombreux sont les indicateurs qui témoignent de  ces  efforts  et des démarches en cours.  Qu'il me soit permis de citer à titre purement indicatif :

 

         9.1-   La nomination du Protecteur de la citoyenne et du citoyen et le renforcement des capacités du Bureau de protection des droits de l'homme;

 

        9.2-   La stabilité du climat de sécurité ;

 

        9.3-   La baisse sensible du niveau de criminalité violente ;

 

        9.4-  La diminution d'environ 25% des cas de justice populaire ;

 

        9.5-   L'efficience accrue du système judiciaire ;

 

       9.6-   L'adoption en cours par le pouvoir législatif du nouveau Code pénal et du nouveau Code de procédure criminelle ;

 

       9.7-   L'amélioration du système pénitentiaire et des conditions de détention ;

 

       9.8-   L'augmentation soutenue de la proportion de femmes au sein des effectifs de la police - le seuil de 10% est en passe d'être atteint ;

 

       9.9-   L'intensification de la lutte contre la corruption  -  comme l'illustre la saisine du dossier Petro Caribe par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour les suites jugées nécessaires;

 

    9.10-  Le lancement des Etats généraux sectoriels de la nation,  avec en perspective l'adoption d'un « Pacte pour la stabilité et le progrès économique et social ».

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      10 -   Il reste certes beaucoup à faire,  comme l'a souligné le Secrétaire général,  pour combler les déficiences et rattraper les retards.  Mais la consolidation de l'Etat de droit et de la stabilité  est en bonne voie.  Là est l'essentiel.  Il s'agit d'ailleurs  -  nous le savons tous  -  d'un processus de longue haleine.  Quoiqu'il en soit,  les pouvoirs publics entendent déployer tous les efforts nécessaires pour assurer l'atteinte des résultats  et  cibles prévus,  en particulier le renforcement continu du système de justice et des forces de police;  l'amélioration sensible du système pénitentiaire;  la promotion et la défense permanente des droits de l'homme.  Les autorités haïtiennes en  ont pris le ferme engagement:  tout sera mis en śuvre pour que se réalise comme prévu  -  c'est-à-dire  dans les mois à venir  -  une transition sans heurts de la MINUJUSTH  vers une présence des Nations Unies qui ne soit plus axée sur le maintien de la paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président,

 

 

 

         11.   En nommant le nouveau  Premier Ministre haïtien,  le Président de la République a réitéré sa détermination de mettre en śuvre,  de concert avec le Gouvernement,  les réformes structurelles indispensables,  devant permettre au pays de faire face aux crises récurrentes comme celles qu'il vient de connaitre et de relever les défis complexes auxquels il demeure confronté sur le plan du développement.  L'onde de choc des événements de juillet  -  qu'elles qu'aient été  leur ampleur et la perception de  "volatilité politique"  qu'ils ont pu créer dans l'opinion  -  ne doit pas cacher une donnée que ma délégation tient pour essentielle,  à savoir le caractère irréversible  des conquêtes démocratiques du peuple haïtien et ses progrès,  bien réels et soutenus,  vers la consolidation de l'Etat de droit.  C'est à l'approfondissement de ces acquis  que le Président de la République et le nouveau Premier Ministre haïtien convient tous les secteurs et toutes les forces vives de la nation.

 

 

         12.   Á ce tournant décisif de la vie nationale,  le peuple et le gouvernement haïtiens souhaitent pouvoir compter sur la solidarité de la communauté internationale et,  en particulier,  sur l'appui du Système des Nations Unies pour la mise en place d'un nouveau pacte de coopération,  mieux adapté aux besoins réels d'Haiti, dans le cadre d'une authentique stratégie de pérennisation de la paix,  qui,  pour être viable,  passe nécessairement par l'amélioration à brève échéance des conditions d'existence des couches les plus démunies,  une croissance vigoureuse et soutenue,  la modernisation économique et sociale du pays,  et la réalisation de ses objectifs de développement durable,  dont celui de l'élimination de la pauvreté à l'horizon 2030.

 

 

          Je vous remercie.

 

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