« Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies : leur possible contribution à l’objectif premier du maintien d’une paix durable » (Allocution de Denis Régis)

New-York
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"La présidence égyptienne du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le mois d'aout 2017,   a organisé,  le 29 aout 2017,   un débat public de haut niveau intitulé: "Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies:  leur possible contribution a l'objectif premier du maintien d'une paix durable" ,  sur le thème   "Pérennisation de la paix".   Le Représentant Permanent d'Haïti  auprès de l'ONU,    l'Ambassadeur  Denis  Régis,  est intervenu à ce débat.  HPN  publie in extenso le texte de l'allocution du diplomate haïtien  à  cette  8033e séance du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Monsieur le Président,
1-    Permettez-moi tout d’abord, au nom du Gouvernement haïtien, de féliciter le Gouvernement de la République Arabe d’Egypte d’avoir, en sa qualité de président du Conseil de sécurité, pris l’initiative de ce débat public sur le thème de la contribution des opérations de maintien de la paix à l’objectif de « pérennisation de la paix ».  La question est en effet d’importance.

2-    Dans un monde en constante mutation, confronté à des menaces globales et à des problèmes de sécurité complexes et changeants, la nature des opérations de maintien de la paix, leur pertinence, leur coût, leur efficacité et leurs objectifs suscitent, à juste titre, des interrogations.

3-    Si plusieurs critiques dénoncent, non sans quelque raison, la « dérive » de certaines missions, l’inflation des coûts et des effectifs ou la multiplication de tâches sans rapport avec les objectifs fondamentaux, d’autres, en revanche, jugent sévèrement ce qu’ils qualifient de « politisation artificielle » du maintien de la paix ou encore la trop grande attention portée à certains dossiers.

4-    Quoi qu’il en soit, nul ne saurait nier que les opérations de maintien de la paix – outil privilégié de gestion des conflits – ont fait la preuve indiscutable de leur nécessité au cours des cinq dernières décennies.  Comme l’a d’ailleurs rappelé fort justement Monsieur Antonio Guterres, les Casques bleus représentent « un investissement pour la paix, la sécurité et la prospérité mondiales ».  [Le Monde, 31 mai 2017].

5-    Toutefois, l’outil n’est pas sans défaut  et a clairement montré ses limites.  Certes, des réformes ont été proposées et entamées afin d’y remédier.  Mais force est d’admettre qu’il reste encore beaucoup à faire pour que ces opérations soient véritablement adaptées à la complexité des nouveaux défis, aux nouvelles menaces à la paix et à la sécurité internationales, aux contextes différents dans lesquels elles sont déployées et aux environnements difficiles et souvent hostiles où elles sont appelées à intervenir.

6-    Une mise à jour s’avère d’autant plus nécessaire que les réussites enregistrées, aussi incontestables et spectaculaires qu’elles puissent être, ne peuvent dissimuler ce que d’aucuns considèrent parfois comme des demi-succès – voire des échecs cuisants, qui, de surcroît, jettent parfois une ombre sur la crédibilité, sur l’image, sur l’autorité morale des Nations Unies.

7-    Parmi les voix de plus en plus nombreuses qui s’élèvent de partout – et ici même au sein du Conseil de sécurité – pour réclamer une nouvelle approche doctrinale du maintien de la paix, notons, en particulier, celle du Secrétaire général des Nations Unies pour qui une « véritable réforme stratégique » des opérations de maintien de la paix s’impose désormais [Voir ONU, 31 mai 2017].

8-    De nouvelles pistes, porteuses d’avenir, doivent à l’évidence être explorées.  La Note conceptuelle de la présidence égyptienne du Conseil en a esquissé quelques-unes, pleines d’intérêt. Plusieurs traits communs caractérisent certaines des propositions énoncées en vue de l’objectif de pérennisation de la paix.  Trois éléments nous semblent essentiels :
8.1-     Le principe de responsabilité, qui doit guider tous les aspects d’une intervention des Nations Unies axée sur la pérennisation de la paix ;
8.2-    Le renforcement du rôle du Conseil de sécurité, pour que celui-ci soit en mesure de s’acquitter de sa mission fondamentale d’«  instrument central dans la prévention et le règlement des conflits », capable d’apporter des réponses collectives adéquates, conformes à son mandat, notamment dans les situations où les droits de l’homme sont outrageusement bafoués, et où sont commises des atrocités et des atteintes graves au droit humanitaire.
8.3-    La pérennisation de la paix ne saurait consister uniquement à prévenir le déclenchement, l’intensification, la poursuite ou la récurrence des conflits, comme nous le rappelle opportunément la Note de cadrage du débat.  Le maintien de la paix serait forcément incomplet s’il n’englobait aussi des activités visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits.

9-    Un examen attentif des opérations de maintien de la paix en cours le montre bien : pour la plupart, il ne s’agit plus simplement de déploiement d’une force d’interposition ni d’activités de surveillance de cessez-le-feu entre forces belligérantes.  Il s’agit plutôt de la mise en œuvre de toute une gamme d’actions interdépendantes, aptes à favoriser le processus politique et à permettre, au bout du compte, l’instauration ou la restauration de la primauté du droit, l’enclenchement d’une dynamique de paix, de sécurité, de stabilité, de démocratie et de relance du développement.

10-    Tel est, entre autres, le cas d’Haïti, où la mission des Nations Unies pour la stabilisation (la MINUSTAH) a été à pied d’œuvre pendant 13 ans.  La mission touche aujourd’hui à sa fin.  Le Gouvernement haïtien et le Conseil de sécurité en sont convenus.  Le socle de la stabilité politique et institutionnelle en Haïti a été consolidé.  Pour la première fois depuis des décennies, un processus électoral pacifique, crédible, inclusif, a permis de pourvoir l’ensemble des postes électifs, et ce, à tous les paliers de gouvernance.  A travers la MINUSTAH, les Nations Unies ont dans une large mesure contribué à ce résultat.  Aujourd’hui, sous le leadership du Président de la République, Monsieur Jovenel Moïse, le pays est résolument engagé dans la voie de la consolidation de la démocratie, de l’état de droit et du développement durable.

11-    Ces trois piliers de la pérennisation de la paix ne sauraient d’ailleurs être dissociés l’un de l’autre.  Nous considérons comme essentielle la consolidation continue des acquis par le renforcement des capacités nationales.  Car, en fin de compte, l’appropriation, par les institutions nationales, de toutes les fonctions qu’exerçait précédemment la MINUSTAH – qu’il s’agisse de celles liées à la sécurité, à l’État de droit, aux droits de l’homme ou au développement – sera, le critère déterminant du succès de la mission.

12-    Guidés par cette vision partagée, le Gouvernement haïtien et les Nations Unies œuvrent de concert à la mise en place d’un nouveau cadre de coopération stratégique, qui reflètera la nouvelle réalité sur le terrain.  La MINUJUSTH, entre autres, est appelée à illustrer ce nouveau partenariat.

13-     A l’heure où le pays aborde un véritable tournant, le Gouvernement haïtien tient à réitérer l’importance qu’il attache au renforcement de la solidarité internationale.  Haïti continue de compter sur le soutien du Conseil de sécurité et celui de tout le système des Nations Unies pour l’accompagner dans le processus de reconstruction et lui permettre de progresser de manière soutenue sur le chemin de la démocratie et de l’État de droit, la seule voie possible vers sa modernisation sociale et économique, la réduction de la pauvreté et le développement durable.

Monsieur le Président,
14-     Je voudrais, pour conclure, formuler au nom de la délégation haïtienne quatre observations :
14.1-    Premièrement, il nous semble essentiel que le Conseil de sécurité, tirant parti des leçons du passé récent, se réapproprie pleinement la mission de sauvegarde et de pérennisation de la paix qui lui est dévolue par la Charte des Nations Unies.  Le Conseil se doit notamment d’éliminer les blocages institutionnels qui, trop souvent ces dernières années, ont miné, voire paralysé son action, afin de s’acquitter pleinement de son rôle de « principal responsable du maintien de la paix ».
14.2-    Deuxièmement, le débat sur l’objectif de pérennisation de la paix ne peut faire abstraction de la question de l’extrême pauvreté, qui occupe la place que l’on sait dans bien des conflits intra-étatiques.  Des guerres civiles fratricides plongent souvent leurs racines dans la misère économique, l’injustice sociale, l’oppression politique, la marginalisation, l’exclusion.  Il est indispensable d’aider plus substantiellement les pays en développement en proie à des conflits ou en phase de reconstruction post-conflit et de consolidation de la paix à rompre le cercle vicieux de la pauvreté, à défaut de quoi la pérennisation de la paix risque de rester un vain mot.
14.3-    Troisièmement, l’ONU ne peut en aucun cas se soustraire à ses responsabilités, notamment celle de respecter et de promouvoir les droits des populations qu’elle est appelée à protéger.  Nous saluons, à cet égard, le plan soumis aux États membres par le Secrétaire général, qui vise à mettre fin à l’impunité et prévoit la nomination de défenseurs des droits des victimes dans le cadre des activités de maintien de la paix de l’Organisation.  Pour être pleinement en phase avec les normes relatives aux droits de l’homme que l’ONU a pour mission essentielle de promouvoir, cette approche – nous le souhaitons vivement – doit pouvoir s’étendre à tous les cas d’atteinte aux droits humains et de préjudices moraux et matériels dont une mission aurait été elle-même la cause.
14.4-    Enfin, l’objectif de pérennisation de la paix est indissociable de celui du développement durable.  La République d’Haïti réitère son adhésion à une vision de la pérennisation de la paix, qui, face aux défis actuels, appelle « des réponses mondiales » qui permettent de « s’attaquer aux causes profondes des conflits et associent la paix, le développement durable et les droits de l’homme », pour reprendre l’expression du Secrétaire général [cf. Lettre du 3 mai 2017 du SG].

15-    Il appartient à la communauté internationale de relever ce défi par la mise en place des mécanismes de solidarité collective indispensables à l’atteinte de l’objectif de pérennisation de la paix.


Je vous remercie.




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