ONU-Choléra: Bank Ki-Moon présente ses excuses au peuple haïtien

New-York
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"Le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, a présenté les excuses et les regrets  des Nations Unies au peuple haïtien en relation avec l'introduction du choléra en Haïti en octobre 2010. Ces excuses ont été exprimées le 1er décembre 2016 au cours d'une réunion en Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies à New York au cours de laquelle une nouvelle stratégie de lutte contre le choléra en Haïti a fait l'objet de débat à l'Assemblée.

Le Représentant permanent d'Haïti auprès de l'ONU, l'Ambassadeur Denis Regis, est intervenu au cours de cette réunion. HPN publie in extenso l'intervention de l'Ambassadeur haïtien".

INTERVENTION de M. Denis REGIS, Ambassadeur, Représentant Permanent de la République d’Haïti auprès de l’Organisation des Nations Unies à la Réunion d’information informelle avec le Secrétaire général sur la "nouvelle stratégie de lutte des Nations Unies contre le choléra en Haïti’’ 

 

New York, le 1er Décembre 2016

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Excellence, Mesdames, Messieurs,

 

1- C’est pour moi un honneur et un privilège de prendre la parole dans le cadre de l’examen du point 69 c) de l’Ordre du jour provisoire consacré au Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire et de l’aide des Nations Unies en cas de catastrophe.  Dans son dernier Rapport A/71/620 du 25 novembre 2016, le Secrétaire général des Nations Unies, Monsieur BAN Ki-Moon, avec le sens de l’urgence qu’on lui connait, vient de lancer un véritable cri d’alarme au sujet de l’épidémie de choléra qui sévit en Haïti.  Cet appel d’urgence trouve une profonde résonance en Haïti, aussi bien auprès des autorités que de la population.

2- Le Gouvernement de la République d’Haïti a pris connaissance avec le plus haut intérêt de ce Rapport, ainsi que de la ‘’nouvelle approche’’ proposée en vue d’éradiquer la maladie tout en apportant une aide aux victimes, à leurs familles et à leurs communautés.

3- Haïti fait, depuis 2010, l’expérience douloureuse d’une épidémie de choléra, qui en six ans, a déjà fait plus de 10 000 morts.  Plus de 900 000 personnes ont été contaminées. L’épidémie a connu une nette recrudescence ces derniers mois. Et, par-dessus le marché, l’ouragan Matthew, en frappant de plein fouet le Sud d’Haïti le 04 octobre dernier, a sensiblement aggravé la situation, élargissant l’aire de propagation de l’épidémie et ajoutant des milliers de nouveaux cas à la longue liste des victimes.

4- Cette épidémie de choléra a ceci de particulièrement tragique et singulier qu’elle trouve son origine, comme en témoignent les rapports autorisés, dans la présence de la mission de paix et de stabilisation des Nations Unies déployée dans le pays depuis 2004.

5- C’est pourquoi le Gouvernement de la République d’Haïti attache une importance particulière à la ‘’nouvelle approche’’ mise de l’avant par le Secrétaire général.  Le Gouvernement haïtien y est d’autant plus sensible que cette ‘’nouvelle approche’’ était souhaitée, attendue depuis longtemps par toutes les parties concernées, et, en premier lieu, par les victimes et leurs proches.

6- Cette approche, - il me plait de le souligner - marque une nette rupture avec l’attitude, moralement injustifiable, adoptée jusque-là par l’ONU en ce qui a trait à sa responsabilité dans l’éclosion de cette grave crise sanitaire.  En reconnaissant enfin qu’elle ‘’a joué un rôle dans le déclenchement de l’épidémie du choléra et la terrible souffrance du peuple haïtien’’, en admettant ‘’sa responsabilité morale à l’égard des victimes’’ ainsi que son devoir moral envers les personnes les plus directement affectées, et en faisant valoir l’impérieuse nécessité d’apporter au peuple haïtien une aide conséquente et substantielle qui puisse lui permettre de vaincre la maladie, l’Organisation a fait la démonstration qu’elle peut reconnaitre ses erreurs, en tirer d’utiles leçons pour l’avenir et, de surcroît, remédier aux torts et préjudices causés même involontairement.

7- Je tiens ici, au nom du Gouvernement de la République d’Haïti, à rendre hommage publiquement à notre Secrétaire général et à saluer le mâle courage et le leadership remarquable dont il a fait preuve à cet égard.

Monsieur le Président,

8- Il est grand temps d’agir.  Car, la situation est, à tous égards, dramatique au vu de l’ampleur croissante des besoins, de l’insuffisance des ressources disponibles et de l’extrême précarité de l’infrastructure de santé existante.  Elle menace même d’empirer si la détermination des intervenants de ‘’prendre le problème à bras le corps’’ et de ‘’faire davantage’’, pour reprendre l’expression du Vice Secrétaire général, Monsieur Jan ELIASSON, venait à faiblir ou à faire défaut.

9- Le Gouvernement haïtien souscrit pleinement au plan d’action proposé au titre des volets I et II, soit, d’une part, une réponse immédiate à l’épidémie, et, d’autre part, des mesures à plus long terme visant à permettre au pays de se doter de l’infrastructure essentielle indispensable et, notamment, de systèmes adéquats d’approvisionnement en eau potable, d’assainissement et de santé.

10- L’intensification des efforts pour éliminer le choléra est reconnue comme étant la plus importante contribution que puisse faire l’ONU pour aider Haïti, souligne très justement le Secrétaire général.  C’est pourquoi le Gouvernement haïtien se joint à son appel à un sursaut de solidarité de la communauté internationale pour lever le principal obstacle au succès des activités menées jusqu’à présent dans la lutte contre le choléra en Haïti, c’est-à-dire le manque criant de ressources.

11- Cette solidarité devrait pouvoir se manifester également par des actions structurantes qui, au fil du temps, prendront valeur de symboles visibles, fort et durables de la nouvelle approche de coopération dans le domaine sanitaire prônée entre Haïti et les Nations Unies.

12- Qu’il me soit permis de citer, dans cette optique, quelques exemples d’activités et de projets concrets que les autorités haïtiennes jugent souhaitables dans la lutte sur la longue durée contre le choléra : la construction et le réaménagement de quelques centres hospitaliers de référence dans différentes régions du pays, à la Croix-des-Bouquets dans l’Ouest, à Port-de-Paix dans le Nord-Ouest, aux Gonaïves dans l’Artibonite, dans le Sud et dans la Grand-Anse.  De même, l’accent pourrait être mis sur l’amélioration des capacités des hôpitaux existants, ainsi que sur l’intensification des mesures touchant l’eau et l’assainissement afin de contrer la propagation des maladies transmissibles par l’eau.

13- Pour terminer, je tiens à réitérer la valeur qu’attache le Gouvernement haïtien à cette nouvelle approche, plus généreuse, plus humaine et plus constructive, sur laquelle il fonde beaucoup d’espoirs.  Je crois aussi qu’elle est plus en phase avec les buts et principes de l’Organisation et l’idéal de solidarité universelle, notamment envers les plus défavorisés et les plus vulnérables, qui demeurent des socles de la mission des Nations Unies dans le monde.

14- Le Gouvernement haïtien salue la volonté nouvelle des Nations Unies  d’aider Haïti à relever le défi posé par l’épidémie de choléra et à mettre en place les systèmes adéquats d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de santé qui aujourd’hui font si tragiquement défaut.  Il souhaite ardemment que les mesures préconisées dans le Rapport du Secrétaire général rencontrent l’accueil le plus favorable au sein de l’Assemblée générale et que soient réunis dans les délais requis les fonds indispensables à la mise en œuvre des volets I et II du plan d’action.

15- Le peuple haïtien, et tout particulièrement les victimes, leurs proches et la population touchée, espèrent ardemment que, grâce à un financement massif, innovant, soutenu et prévisible, les résultats escomptés pourront se matérialiser, amorçant ainsi un tournant irréversible vers l’éradication complète de l’épidémie de choléra et l’amélioration durable de l’infrastructure sanitaire du pays.

16- Avec l’élection d’un nouveau Chef d’État, dont les résultats définitifs restent à être confirmés par l’organisme électoral, le peuple haïtien vient de marquer avec éclat son engagement à l’égard de la consolidation de la démocratie et de l’État de droit.  Il veut espérer, parallèlement, que la solidarité internationale ne lui fera pas défaut dans sa lutte obstinée pour l’amélioration de ses conditions de vie et la pleine jouissance de ses droits économiques et sociaux, notamment de son droit à la santé.

Je vous remercie.

 

 

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