Haiti-ONU: Intervention de l'Ambassadeur Denis Régis au Conseil de sécurité des Nations Unies à la 7802e séance consacrée aux "opérations de paix : faire face à des menaces asymétriques "

New-York
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Le Représentant Permanent de la République d'Haïti auprès de l'Organisation des Nations Unies à New York, l'Ambassadeur Denis Régis, est intervenu le 7 novembre 2016 au Conseil de sécurité des Nations Unies à la 7802e séance consacrée aux "opérations de paix : faire face à des menaces asymétriques ". HPN  publie in extenso l'intervention du diplomate haïtien.

Monsieur le Président,

Excellences, Mesdames, Messieurs,

 

1- Je voudrais, tout d’abord, au nom de la délégation haïtienne, saluer l’initiative du Sénégal, pays auquel Haïti est unie par tant de liens, d’organiser ce débat, auquel il a bien voulu nous convier dans le cadre de la réflexion nécessaire sur les menaces asymétriques, qui ont une incidence directe sur le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

 

2- L’un des premiers constats qui s’imposent, lorsqu’on jette un coup d’œil rétrospectif sur l’action de l’ONU au cours des dernières décennies en matière de maintien de la paix, est l’ampleur de la tâche accomplie sur tous les continents et dans tous les domaines qui concourt au maintien de la paix.  Les réussites, dont certaines sont d’ailleurs éclatantes, sont nombreuses, mais on ne saurait passer sous silence les demi-succès, voire des échecs, dus dans certains cas à des lacunes, des défaillances stratégiques et opérationnelles, et sur lesquels il y a lieu manifestement d’approfondir notre réflexion collective.  Les réussites, tout comme les échecs, passés et présents, sont pleins d’enseignements et doivent être utilement mis à profit pour aider l’Organisation, le Conseil de sécurité en particulier, tout comme les États concernés, à mieux assumer leurs responsabilités en ce qui a trait au maintien de la paix et à la protection des populations.

 

3- On assiste aujourd’hui à une prolifération des conflits, à connotation politique, ethnique ou religieuse, s’accompagnant souvent de violences contre des populations civiles, qui rendent de plus en plus complexes les opérations de maintien de la paix.  Il s’agit, dans la grande majorité des cas, de conflits armés dépourvus de caractère international, de conflits de nature interne ou intra-étatique.  Le Secrétaire général rappelait, il n’y pas longtemps, que plus des deux tiers du personnel militaire, de police et civil de l’ONU déployés à travers le monde se trouvaient concentrés dans des endroits ‘’où il n’y a en fait pas de paix’’, et où le déploiement d’opérations a lieu en l’absence de parties clairement identifiées dans le conflit ou de processus politique viable.

 

4- Dans plusieurs cas, les troupes déployées par l’ONU font face à des situations de violence, des conflits, des menaces dites asymétriques qui tendent à compromettre le succès des efforts déployés par la communauté internationale.

 

5- Cette complexité accrue des opérations de maintien de la paix, unanimement reconnue, est due également à la montée en puissance d’entités non étatiques comme l’État islamique, qui est une parfaite illustration de ces menaces nouvelles à la paix.  Les menaces asymétriques, au premier rang desquels figure le terrorisme, signifient pour les Casques bleus des risques plus élevés, comme en témoigne la multiplication, ces dernières années, des attaques visant le personnel de maintien de la paix dans différentes parties du monde, au Mali, sur le plateau du Golan, en République centrafricaine (RCA), en Somalie, au Darfour, et ailleurs.

 

6- Aujourd’hui, les soldats de la paix sont appelés à remplir des missions et des tâches de plus vaste portée.  Dans certains cas, les lacunes des mandats apparaissent au grand jour, et mettent parfois en question, comme on l’a vu au Rwanda et plus récemment au Soudan du Sud, la capacité même de l’ONU à répondre adéquatement aux menaces asymétriques que recèlent des environnements multidimensionnels et complexes.

 

7- Voilà pourquoi il nous semble opportun que la communauté internationale engage une réflexion approfondie, comme celle d’aujourd’hui, pour adopter des mesures robustes qui renforcent les capacités et les moyens des Casques bleus et leur permettent d’opérer dans ces environnements de plus en plus complexes et de faire face aux défis émergents en matière de maintien de la paix, notamment les menaces asymétriques – qu’il s’agisse du terrorisme, du crime organisé, entre autres.  Il s’agit, en outre, de faire en sorte que les soldats de la paix soient mieux protégés dans l’exercice de leurs fonctions, que les questions de sécurité, de protection des civils, d’état de droit, de garantie des droits de l’homme et d’amélioration sensible des capacités des États sortant de conflits.

 

8- La République d’Haïti bénéficie depuis déjà douze ans d’une mission de stabilisation des Nations Unies. L’expérience de ces dernières années permet assurément de tirer un certain nombre de leçons qui peuvent s’avérer des plus profitables au moment où des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer ce qui est devenu une urgente nécessité : à savoir la redéfinition des mandats de maintien de la paix des Nations Unies et l’élaboration de nouveaux outils mieux adaptés qui permettent aux OMP de gagner en efficacité dans un environnement mondial en constante mutation.

 

Monsieur le Président,

 

9- En saluant le rôle joué par le Conseil de sécurité dans le cadre de sa mission fondamentale de sécurité collective par le biais des opérations de maintien de la paix, qu’il me soit permis de souligner l’apport inestimable de deux États membres de notre organisation, qui se tenaient à l’écart des OMP, je veux citer le Japon et le Mexique.  Le premier est déjà un important donateur financier pour les missions de maintien de la paix et le second jouit dans la région et au-delà d’une solide réputation d’équidistance qui a fait sa force.

 

10- En conclusion, je me permets, d’énoncer quelques éléments de réflexion que ma délégation considère essentiels :

 

10.1- Le maintien de la paix suppose non seulement des budgets croissants, mais aussi la prise en compte de nouvelles exigences, que ce soit sur le plan de la gestion de la sécurité, de la formation des casques bleus, de leur implication dans le processus d’instauration de l’État de droit et du développement durable.

10.2- L’efficacité et la réussite des opérations de maintien de la paix doivent passer d’abord par le respect des principes clés définis par la Charte des Nations Unies, dont ceux du consentement des parties, de l’impartialité, et du non-recours à la force.

10.3- Elle tient également pour essentiel que les soldats de la paix soient au plus près des communautés et des populations civiles qu’ils sont chargés de protéger.

10.4- Les causes profondes des conflits – le sous-développement, l’extrême pauvreté, la marginalisation et l’exclusion – doivent être traitées en priorité.

10.5- Le rôle des contingents de police s’avère de première importance dans le reconstruction de l’état de droit, l’établissement de la stabilité à long terme et de la consolidation de la démocratie.  La protection des civils doit être au cœur des priorités.

10.6- Il revient à tous les États membres de s’assurer que les tâches de maintien de la paix correspondent davantage aux réalités d’aujourd’hui, celles qui découlent du faisceau des nouvelles menaces à la paix, notamment des menaces dites asymétriques.

 

Je vous remercie.

 

 

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