Haïti-Coronavirus: L’impact sur l’économie, l’économiste Enomy Germain en fait le point (Exclusif à HPN)

Economie
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La pandémie du Coronavirus (Covid-19), dont la propagation est de plus en plus répandue sur la planète n’a pas uniquement des conséquences sanitaires. Son impact néfaste est également visible sur de nombreuses activités économiques à travers le monde. Haïti où les autorités disent avoir recensé officiellement sept (7) cas de contamination jusqu’à présent, n’est pas exempt. Dans un entretien téléphonique exclusif accordé, vendredi 27 mars à HPN, l’économiste Enomy Germain fait le point sur la situation économique du pays.

 

Alors que le pays vient de vivre une période de bouleversements politiques d’environ trois mois due à des mouvements socio-politiques violents et sanglants, les activités économiques ont été au point mort. Aujourd’hui encore, constatons-nous, de nombreuses entreprises privées sont obligées déjà de fermer leurs portes, à cause du Coronavirus. Celles qui ne prennent pas encore cette décision, fonctionnent au rabais avec des personnels très réduits.

 

Chose certaine, c’est que face à l’état d’urgence sanitaire déclaré par le gouvernement Moïse/Jouthe en raison de la présence du virus en Haïti, beaucoup d'entreprises haïtiennes, particulièrement les Petites et moyennes entreprises (PME) font face à une baisse considérable de leurs chiffres d’affaires dans un contexte économique déjà précaire.

 

Une situation inquiétante et alarmante qui, visiblement, n’est pas sans impact négatif sur la vie en générale dans le pays, notamment des ménages qui se battaient déjà au quotidien pour joindre les deux bouts. Le prix de certains produits se multiplie en un laps de temps. Les uns en profitent malheureusement de la situation difficile au détriment des autres.

 

De nombreuses personnes qui travaillaient dans des entreprises privées sont déjà renvoyées chez-elles. D’autres, dans l’expectative, sont tout simplement en attente d’être virées. Ce, faute de moyens financiers suffisants devant permettre aux employeurs de s’acquitter des redevances envers leurs employés.

 

Comprendre la dimension du problème

Pour mieux comprendre la situation, l’économiste Enomy Germain a présenté, dans une analyse économique succincte avec des chiffres à l’appui, trois secteurs clés de la vie nationale qui, dit-il, reçoivent un coup de massue, à cause du Coronavirus qui hante l’esprit des uns et des autres. Des secteurs, laisse-t-il comprendre, apportant généralement des devises dans l’économie locale.

Sous-traitance

M. Germain souligne singulièrement le secteur de la « sous-traitance » inactif où l’on exporte en moyenne pour un total de 80 millions de dollars américains chaque mois. Quelque 60 mille personnes travaillent dans ce secteur, aujourd’hui à genou, à cause de l’inactivité du marché international pris dans la spirale du confinement d'un tiers de la population mondiale.

 

Sans aller plus loin, Enomy Germain a informé que le secteur de la sous-traitance à lui seul, constitue 90 % des exportations du pays. Donc, une source de devise sérieuse pour le pays, signale-t-il.

 

Secteur touristique

Quant au secteur du tourisme, duquel le pays percevait de 2014 à 2018, une recette de 400 millions de dollars US en moyenne l’an, il est aussi sévèrement touché, informe le professionnel. Des hôtels, des restaurants et autres entreprises, poursuit-il, qui fonctionnaient déjà à minima, à cause du climat de l’insécurité et de l’inflation vertigineuse, n’ont pas non plus bonne mine dans cette situation précaire. Beaucoup de ces entreprises, rapporte-t-il, ont déjà fermé leurs portes même si elles ne font pas encore la déclaration officiellement.

 

La diaspora

Confinée aussi comme tout le monde, la diaspora haïtienne qui représente la troisième source de devises en Haïti, est en difficulté énorme. Elle ne peut non plus envoyer avec la facilité d’hier, des transferts d’argent à des proches aujourd’hui. Alors que, indique-t-il, les transferts de la diaspora constituent près de 30 % de l’économie haïtienne. 

 

"Ce manque de devises lié à l’inactivité de ces secteurs, crée un terrible fossé dans l’économie. Ce fossé risque d’avoir un impact négatif sur le taux de change, puis sur l’inflation qui continuera à prendre une courbe ascendante. D'un autre coté, de nombreux salariés de la population active dans le secteur privé sont en passe d'être au chômage forcé », a martelé Enomy Germain qui prédirait déjà une inflation sans précédent dans l’économie si rien n'est fait.

 

Enfin, notre interlocuteur a en outre attiré l’attention sur un éventuel risque de rupture de stocks de produits de toutes sortes dans les prochains jours, à cause des mesures de confinement dans le monde pour éviter plus de propagation de la maladie. Ce qui engendrait une insécurité alimentaire même pour les ménages qui disposeraient un peu de moyens, conclut-il.

 

Pour faire face à de telles situations de crise où le spectre du virus corona tue autant l'économie que d'âmes, l’État, croient beaucoup d’observateurs avisés, doit prendre les mesures socio-économiques des plus appropriées afin de garantir une certaine quiétude d’esprit au sein de la population déjà en proie à des difficultés énormes. 

 

Alix Laroche

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