Covid 19 : Le regard d'un écrivain-Agronome sur la période Post-Covid en Haïti, questions à Ernst WECHE(EXCLUSIVITE/HPN)

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Pour l'agronome  Ernst WECHE, la Terre n’arrêtera pas de tourner après la période Covid 19. L'écrivain entrevoit que le Monde ne cessera pas ses activités routinières, avec des  lendemains différents du "statu quo ante". Ernst WECHE dans sa réflexion entraîne ses lecteurs vers deux  mots  révélateurs qui doivent diriger le nouvel Haïtien tout comme la nouvelle Haïti-post Covid:  Résilience et Opportunités. L'écrivain fait remarquer que plusieurs États se positionnent déjà sur l’échiquier mondial, pour mieux influencer ce qu’ils veulent continuer d’exercer ou gagner, une fois la pandémie maîtrisée. Pour l’écrivain c'est cela qu'on appelle de l'opportunité. Le système économique dominant  a subi un revers cuisant, mais n’acceptera pas de sombrer longtemps, souligne t-il. Devant cette situation, Haïti comme tous les autres pays défavorisés doivent saisir ces  opportunités pour se classer tout au moins en pays"Consommateurs-Producteurs". Selon l'Agronome WECHE, cela doit passer par trois éléments fondateurs :  1) La pratique de la culture et l’élevage de petits animaux par les citoyens sur leurs propriétés; 2) L’offre municipale pour des jardins communautaires et collectifs; 3) L’appui de l’État et du secteur privé aux initiatives citoyennes (financier, technique, matériel, éducatif, etc.). Une aventure où la contribution des médias serait capitale fait-il comprendre.

 

 

Propos recueillis par HPN

 

1- Comment vivez-vous ou avez-vous vécu la période de confinement ?

 

 Âgé de plus de 70 ans, je demeure en confinement jusqu’à ce que je reçoive les instructions gouvernementales pour le déconfinement. C’est très bénéfique pour moi, entre autres j’ai plus de temps pour ma famille, ainsi que pour lire et écrire.

 

2- Quel monde, Quel Haïti après le COVID-19 ?

 

Deux mots-clés résumeront l’après-COVID19 : Résilience et Opportunités !

Quel puisse être le lendemain de la pandémie, la Terre n’arrêtera pas de tourner; le Monde ne cessera pas ses activités routinières, quoiqu’il faille appréhender des lendemains différents du «statu quo ante». Ça, c’est la résilience.

 

Un peu partout, à travers le monde, on voit se développer différentes initiatives, les unes plus audacieuses que les autres. Divers États se positionnent sur l’échiquier mondial, en vue de l’influence qu’ils veulent continuer d’exercer ou gagner, une fois la pandémie maîtrisée. Ça, ce sont des opportunités.

 

Certes, le système économique dominant subit un revers cuisant, mais il n’acceptera pas de sombrer longtemps. Les pays dits "développés" sont très créatifs pour conserver et même raffermir leur prédominance, ce à n’importe quel prix. Ceux, dits « sous-développés » risquent d’être les vrais perdants de cette pandémie.

Derrière la guerre des mots au sujet de l’origine du virus et le positionnement économico-idéologique, se dessine une véritable division du Monde (d’un côté les « Producteurs », ceux qui cherchent à accaparer le plus possible les moyens de production – diminuant ainsi la capacité des autres à produire - et de l’autre les « Consommateurs », ceux que les précédents destinent à être leur marché assuré, pour le redressement de leur économie vorace). Que les pays défavorisés soient vigilants et cherchent, eux aussi, des opportunités pour se classer tout au moins en «Consommateurs-Producteurs ».

 

3.Quel sens prennent, pour l’Haïti d’après-COVID19, les mots « Résilience et Opportunités » ?

Résilience ! Le peuple haïtien a la « couenne dure ». Courageux, il se relève toujours de toutes les catastrophes et épidémies qui ont jalonné son histoire. Il ne se laissera pas abattre par la covid-19. Mais, « résilience » ne doit pas se confondre en « instinct de survie », lequel se traduit en « résignation » et finalement aboutit à la « soumission ». C’est un cycle à briser.

 

Opportunités ! C’est peut-être l’occasion ou jamais pour que le peuple haïtien passe de « résilient » à « revendicateur », en exigeant d’avoir droit à <<la vie, plutôt qu’à la survie>>.

 

La situation actuelle entourant la COVID-19 soulève, pour le peuple haïtien, divers enjeux d’une extrême urgence, dont celui de la sécurité alimentaire. Juste avant la fermeture des frontières, terrestre (Rép. Dom.) et aérienne (É-U.), Haïti importait plus de 50% de la nourriture consommée par la population. Pas besoin d’être un devin pour prédire que le pays sera confronté à une dure insécurité alimentaire et peut-être une rude famine à court ou moyen terme.

 

Face à cette menace, il faut s’attendre à ce que les dirigeants tendent de tout leur bras le bol de la misère « le kwi » aux donateurs internationaux (business as usual). L’expérience de l’aide étrangère nous apprend que la soi-disant générosité des pays dits « amis » nous permet de survivre et non de vivre. C’est un cycle à briser.

 

Le pays doit se relever et chercher les voies d’un véritable développement, cela veut dire, entre autres, exploiter intelligemment ses ressources humaines et naturelles.

 

Je crois que, à ce titre, l’État haïtien doit chercher ses opportunités dans le secteur agroalimentaire, avec le double objectif de réduire sinon rompre, à moyen et long terme, la dépendance du pays à l’égard de la République Dominicaine et des États-Unis, assurant ainsi la sécurité alimentaire de la population, ainsi que d’aider à stabiliser la gourde. Une façon, entre autres, de s’affirmer en tant que pays indépendant. Il faut, pour y arriver, oser mettre de l’avant des programmes-projets novateurs, ambitieux, prometteurs et susceptibles de susciter la participation de tous (tant les producteurs que les consommateurs, tant les citadins que les ruraux) et faire naître l’espoir de lendemains meilleurs. IL FAUT MOBILISER LA NATION. 

 

Des projets mobilisateurs visant la sécurité alimentaire, il en existe plusieurs, dont un qui me trotte dans la tête depuis quelque temps. Que dirait-on d’amener l’agriculture en ville, tout en la fortifiant dans nos campagnes, en vue d’une part, d’augmenter l’offre alimentaire et, d’autre part, stimuler l’économie par la création de micro-entreprises de transformation ? C’est le concept « d’agriculture urbaine », une option qui gagne du terrain dans plusieurs sociétés, notamment au Québec. On verrait alors se développer dans nos villes, des jardins individuels, communautaires et collectifs, où tous les espaces libres et disponibles (arrière-cours, façades de maisons, toits bétonnés, et même à l’intérieur, dans des contenants divers), seraient couverts de plantes légumières et d’arbres fruitiers.

 

Outre l’objectif d’assurer la sécurité alimentaire de la population, une telle aventure pourrait contribuer à la lutte aux changements climatiques (villes plus fraîches), l’amélioration de la qualité de vie des citoyens et de l’environnement, (augmentation de la biodiversité et compostage des résidus biodégradables qui s’amoncèlent dans nos rues et dans nos marchés). Ce serait alors à intégrer dans les approches municipales de planification et de gestion.

 

Ce projet pourrait avoir trois axes principaux de développement, soient : 1) La pratique de la culture et l’élevage de petits animaux par les citoyens sur leurs propriétés; 2) L’offre municipale pour des jardins communautaires et collectifs; 3) L’appui de l’État et du secteur privé aux initiatives citoyennes (financier, technique, matériel, éducatif, etc.). Une aventure où la contribution des médias serait capitale.

 

 

Ernst WECHE

 

Ernst Weche est né à Beaumont (Gd-anse, Haïti), d’un père agriculteur qu’il a souvent suivi dans les champs, durant ses congés scolaires des années d’études primaires et secondaires.  Après des études agronomiques et une expérience de terrain en Haïti, il est arrivé au Québec en 1972, et est reçu membre de l’Ordre des agronomes du Québec. Il a fait carrière dans l'enseignement agricole et environnemental, a été fonctionnaire au ministère de l’agriculture du Québec et à l’Agence canadienne d’inspection des aliments, tout en complétant des études en éducation, environnement et gestion. 

De 1995 à 2000, il a séjourné dans son pays natal à titre de consultant auprès des ministères de la Planification et de la coopération externe, de l’Environnement et de l’Éducation, en relation avec des organisations non gouvernementales internationales (PNUD, FNUAP, ACDI, BID, BANQUE MONDIALE, USAID).  En collaboration avec la SRH (Société pour le reboisement d’Haïti, une ONG canado-haïtienne) basée à Montréal, le R.E.P.I.E (Réseau d’enseignement professionnel et d’interventions écologiques, une ONG locale) et l’association des directeurs d’écoles privées de Port-au-Prince, il a mis sur pied un réseau d’écoles vertes en Haïti. 

 

En tant que consultant en développement des ressources humaines, il a collaboré sur le Plan National d’Actions pour l’Environnement ainsi qu’au programme d’Éducation en matière de population, initiés par le gouvernement haïtien (1995 – 1999). Ses responsabilités professionnelles l’ont alors amené à participer à des séminaires en environnement et éducation à Cuba, au Mexique, en République Dominicaine et au Canada.  Il a quitté Haïti à la fin de sa mission, mais Haïti ne l’a jamais quitté. En dépit des frustrations qu’il nourrit face au destin de ce pays et de continuelles remises en question à propos des chances de s’en sortir, il reste viscéralement attaché à ce pays pour lequel il caresse (presqu'en secret) de grands rêves qu’il aimerait voir se concrétiser un jour. Il croit qu’il n’en tient qu’aux haïtiens de faire de ce pays ce qu’ils veulent qu’il soit.

 

 

 

 

 

 

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