Haïti-Culture : Ovation debout pour le « Gwo Moso » de Billy Elucien à Le Villate

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Le comédien et metteur en scène, Billy Elucien, a réussi son pari, avec la mise en scène de « Gwo Moso », l’une des audiences du feu Maurice Sixto, dont la représentation a fait salle comble à Le Villate (Pétion-Ville), au soir du samedi 29 octobre. Il s’agissait de clôturer le mois de la langue et de la culture créoles, initié par l’Académie du créole haïtien, a constaté un reporter de Haiti Press Network.

Monter un spectacle surtout théâtral en Haïti, n’a jamais été chose facile. Cette démarche reste et demeure un vrai casse-tête pour comédiens et metteurs en scène. Le temps et l’argent constituent généralement deux principaux facteurs qui servent de barrière et d’handicap.

Heureusement, il existe encore des braves et des battants dans le secteur. Billy Elucien, jeune metteur en scène qui y travaille depuis plus de 20 ans, dont 12 à la direction de la compagnie « Foudizè théâtre », est parmi ces figures emblématiques qui, en dépit de tout, se donnent corps et âme pour garder le théâtre, cet art pointilleux de la scène, encore en vie dans le pays.

Les spectateurs qui avaient fait le déplacement ont eu la preuve, le samedi 29 octobre, sur les planches de la salle inappropriée au théâtre de « Le Villate ». Salle comble et ovation debout pour Billy Elucien et son travail artistique avec « Gwo Moso », œuvre colossale de Maurice Sixto, campée suivant sa propre lecture et qui lui a valu, nous dit-il, plus de trois mois de répétitions pour cette adaptation. 

Assisté dans la mise en scène par le comédien Chelson Ermoza et supporté financièrement par la Fondation Maurice Sixto (FMAS), dirigée par Mme Gertrude Séjour, Billy ose et réussit avec brio là où de grosses écuries se sont cassé les dents. Le rendez-vous émotionnel entre acteurs et spectateurs était au rendez-vous. Scénographie, texte et jeux de lumière sont acceptables.

De nombreux spectateurs l’ont admis. Ce n’est d’ailleurs pas pour ses tresses que les spectateurs ont applaudi à vive allure le metteur en scène. Mais plutôt pour son talent de créateur et sa capacité ésotérique de l’imaginaire.

Encore animé d’une passion incommensurable et d’un amour débile pour le théâtre, Billy a en effet réussi son « Gwo Moso », pièce jouée en 2007 et réactualisée en 2016, avec des comédiens qui n’étaient pas pour la plupart, sublimes dans leur rôle certes, mais qui ont su se débrouiller pour incarner le personnage qui leur ont été confié.

Ils sont au total cinq. Dans les rôles de Gwo Moso, marchand de fresco, marchande de cacahouètes et de surettes, petit caporal et petite cireuse de bottes, les comédiens et comédiennes, respectivement Miracson Saint-Val, Johny Zéphyrin, Jenny Cadet, Libonnet Fénélus et Eunice Desmornes ont su tenir l’assistance en haleine jusqu’à fin du spectacle.

Plus d'un félicite Billy Elucien qui doute déjà, faute de sponsors, de la multiplication de ce spectacle à travers d’autres espaces scéniques. Un pari très difficile en Haïti. Il a raison de faire cette tête.  Toutefois, il dit compter faire de son mieux avec « Foudizè théâtre », au cas où la Fondation Maurice Sixto ne lui tienne plus les bras.   

Le fil du spectacle

En en jour, en un lieu, un seul fait accompli en quelques minutes. Le temps ne s’arrête pas. Les créations artistiques et culturelles non plus. Dans un décor simple, mettant en évidence un banc, un pan de fleurs et une boîte à fresco, a démarré le spectacle. Tout se déroule sur une grande place publique (Champ-de-Mars) dans une atmosphère de maquillage à vue au début, qui semblait choquée dans un premier temps, certains spectateurs apparemment un peu mal avisés.

D’autres scènes sont introduites par Billy Elucien autour de l’audience de Sixto telles : la fameuse université du Champ de Mars, la marchande de pistache et de surettes, transformée en une femme résistante, la cireuse de bottes qui ne figure point dans le texte original et le marchand de fresco, converti en un personnage flatteur jusqu’à la fin ou il a fini par faire une courbe de 180 degrés, suite à l’arrestation de « Gwo Moso » par le petit caporal. 

Effleurant un peu la réalité actuelle du pays, cette pièce se veut surtout une véritable satire sociale. Elle invite à la réflexion profonde sur des scènes de vie incongrues que dénonçait déjà de son temps, Maurice Sixto, et qui sont malheureusement, encore d’actualité dans la société.   

Texte et photo : Alix Laroche

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